Le couperet tombe à Radio-Canada
La société d'État élimine 800 emplois pour combler son déficit
Les employés savaient que Radio-Canada était en crise, mais le choc a été brutal hier, avec l'annonce de 800 mises à pied dans l'ensemble du pays, soit environ 8 % du personnel, la plus importante opération de rationalisation depuis 1995.
La haute direction évoque un manque à gagner de 171 millions, à cause de la perte de revenus publicitaires, et la difficulté de financer les hausses de salaire déjà prévues aux conventions collectives.
«Contrairement aux années 90, la crise actuelle est déclenchée par la crise financière générale et par les changements dans l'industrie, et non par un désengagement de l'État», soutient Sylvain Lafrance, vice-président des services français de Radio-Canada.
Néanmoins, tant dans la classe politique que chez les syndicats, on fustige aussi l'attitude du gouvernement conservateur, qui a refusé d'aider Radio-Canada à traverser cette période difficile.
Le gouvernement Harper a «imposé des compressions déguisées», soutient le Syndicat des communications de Radio-Canada, en refusant une demande de prêt de la société publique, et «le CRTC doit accepter la demande des chaînes généralistes d'avoir accès aux redevances des abonnés [du câble et du satellite]», ajoute Alex Levasseur, président du syndicat.
Dans l'immédiat, il faut toutefois gérer la crise, et c'est le p.-d.g. de Radio-Canada, Hubert T. Lacroix, qui a directement livré les mauvaises nouvelles à tous ses employés hier midi, par vidéo interne.
Pour la prochaine année financière, le manque à gagner est donc de 171 millions, et Radio-Canada doit mettre à pied 400 employés au secteur anglais et 335 au secteur français.
La télévision écope le plus, avec 86 % des compressions, contre 13,5 % pour la radio. Les régions sont relativement protégées.
Pas question d'imposer de la publicité à la radio, précise Hubert Lacroix, et pas question non plus de fermer des stations régionales, même si plusieurs de ces stations subiront une diminution de ressources.
Radio-Canada cherche également à vendre pour 125 millions d'actifs, non déterminés pour le moment.
Les salaires des hauts dirigeants, eux, sont gelés et les primes au rendement, réduites de 50 %.
L'opération de rationalisation s'appuie sur un programme incitatif de mises à la retraite qui doit être approuvé par le gouvernement. Radio-Canada proposera aux employés proches de la retraite un an de salaire. Mais si la réponse à ce programme est moins grande que prévu, les compressions de personnel pourraient être encore plus élevées.
Pour le moment, «on croit qu'une centaine de personnes pourraient prendre leur retraite, sur les 300 postes à couper», soutient Sylvain Lafrance.
En entrevue au Devoir, ce dernier a ainsi expliqué la répartition des compressions au secteur français.
Au total, la télévision française «a 34 millions à aller chercher», dit-il, mais le manque à gagner était encore plus élevé puisque «on a déjà coupé 17 millions en demandant aux producteurs indépendants de réduire les coûts», ajoute-t-il. L'abolition du Match des étoiles faisait d'ailleurs partie de cette première opération.
Le secteur de l'information fait face à des compressions de 12 millions de dollars, et à 85 mises à pied.
Pour la télévision générale, la compression est de 18 millions de dollars, avec 14 mises à pied. En radio, on parle de trois millions et de 33 mises à pied. En région, il faut réduire de 4,6 millions, avec 42 postes de moins.
Quant à l'ensemble de la production technique, elle fait face à 90 mises à pied.
«Nous voulons protéger les émissions aux heures de grande écoute, soutient Sylvain Lafrance, et nous voulons protéger notre capacité de développement sur Internet.»
La crise à Radio-Canada aura également un effet sur l'ensemble de la production télévisuelle privée, puisque «pour chaque poste perdu chez nous, trois sont perdus chez les producteurs indépendants, soutient Hubert Lacroix. Cela peut avoir un impact spectaculaire».
***
Avec Stéphane Baillargeon
La haute direction évoque un manque à gagner de 171 millions, à cause de la perte de revenus publicitaires, et la difficulté de financer les hausses de salaire déjà prévues aux conventions collectives.
«Contrairement aux années 90, la crise actuelle est déclenchée par la crise financière générale et par les changements dans l'industrie, et non par un désengagement de l'État», soutient Sylvain Lafrance, vice-président des services français de Radio-Canada.
Néanmoins, tant dans la classe politique que chez les syndicats, on fustige aussi l'attitude du gouvernement conservateur, qui a refusé d'aider Radio-Canada à traverser cette période difficile.
Le gouvernement Harper a «imposé des compressions déguisées», soutient le Syndicat des communications de Radio-Canada, en refusant une demande de prêt de la société publique, et «le CRTC doit accepter la demande des chaînes généralistes d'avoir accès aux redevances des abonnés [du câble et du satellite]», ajoute Alex Levasseur, président du syndicat.
Dans l'immédiat, il faut toutefois gérer la crise, et c'est le p.-d.g. de Radio-Canada, Hubert T. Lacroix, qui a directement livré les mauvaises nouvelles à tous ses employés hier midi, par vidéo interne.
Pour la prochaine année financière, le manque à gagner est donc de 171 millions, et Radio-Canada doit mettre à pied 400 employés au secteur anglais et 335 au secteur français.
La télévision écope le plus, avec 86 % des compressions, contre 13,5 % pour la radio. Les régions sont relativement protégées.
Pas question d'imposer de la publicité à la radio, précise Hubert Lacroix, et pas question non plus de fermer des stations régionales, même si plusieurs de ces stations subiront une diminution de ressources.
Radio-Canada cherche également à vendre pour 125 millions d'actifs, non déterminés pour le moment.
Les salaires des hauts dirigeants, eux, sont gelés et les primes au rendement, réduites de 50 %.
L'opération de rationalisation s'appuie sur un programme incitatif de mises à la retraite qui doit être approuvé par le gouvernement. Radio-Canada proposera aux employés proches de la retraite un an de salaire. Mais si la réponse à ce programme est moins grande que prévu, les compressions de personnel pourraient être encore plus élevées.
Pour le moment, «on croit qu'une centaine de personnes pourraient prendre leur retraite, sur les 300 postes à couper», soutient Sylvain Lafrance.
En entrevue au Devoir, ce dernier a ainsi expliqué la répartition des compressions au secteur français.
Au total, la télévision française «a 34 millions à aller chercher», dit-il, mais le manque à gagner était encore plus élevé puisque «on a déjà coupé 17 millions en demandant aux producteurs indépendants de réduire les coûts», ajoute-t-il. L'abolition du Match des étoiles faisait d'ailleurs partie de cette première opération.
Le secteur de l'information fait face à des compressions de 12 millions de dollars, et à 85 mises à pied.
Pour la télévision générale, la compression est de 18 millions de dollars, avec 14 mises à pied. En radio, on parle de trois millions et de 33 mises à pied. En région, il faut réduire de 4,6 millions, avec 42 postes de moins.
Quant à l'ensemble de la production technique, elle fait face à 90 mises à pied.
«Nous voulons protéger les émissions aux heures de grande écoute, soutient Sylvain Lafrance, et nous voulons protéger notre capacité de développement sur Internet.»
La crise à Radio-Canada aura également un effet sur l'ensemble de la production télévisuelle privée, puisque «pour chaque poste perdu chez nous, trois sont perdus chez les producteurs indépendants, soutient Hubert Lacroix. Cela peut avoir un impact spectaculaire».
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Avec Stéphane Baillargeon
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