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Médias - R.I.P. l'imprimé?

Paul Cauchon   23 mars 2009  Médias
Dans les corridors du Devoir, des collègues commencent à regarder le chroniqueur médias d'un air inquiet: «Pas encore un texte sur les problèmes des journaux?»

Je ne veux pas avoir l'air d'enfoncer le clou, mais un des meilleurs ouvrages sur la crise des médias, qui vient tout juste de paraître chez Gallimard, s'intitule justement La Fin des journaux et l'avenir de l'information. Le titre est plutôt brutal.

L'auteur, Bernard Poulet, est rédacteur en chef du magazine économique L'Expansion. En 200 pages bien tassées, il fait le tour des tendances lourdes d'une «industrie sinistrée», dit-il.

Ces tendances sont évidemment connues: chute du tirage, recul des revenus publicitaires, concurrence du gratuit, effondrement du marché des petites annonces, désintérêt des jeunes lecteurs, et ainsi de suite.

Mais, ici, c'est la mise en perspective qui impressionne. Le chercheur Jeffrey Cole fait remarquer que, chaque fois qu'un lecteur de journal papier meurt, il n'est pas remplacé par un nouveau. Le réputé analyste des médias Vin Crosbie prédit, lui, que dans dix ans plus de la moitié des 1439 quotidiens américains n'existeront plus.

Bernard Poulet cite les spécialistes et aligne les statistiques. Aux États-Unis, le nombre d'exemplaires payants de journaux était de 353 pour 1000 habitants il y a 50 ans. Il est maintenant de 183. En France, 59 % des habitants de plus de 15 ans lisaient un quotidien en 1967. Ce chiffre est passé à 34 % en 2005. Aux États-Unis, 39 % des 18-24 ans lisaient un quotidien en 1997. En 2006, ils n'étaient plus que 22 %.

Les trois grands newsmagazines américains, eux, ont perdu 26 % de leurs lecteurs depuis 15 ans.

Quant aux autres revenus, ils s'étiolent. En France, le nombre de pages de publicité a diminué de 32,5 % dans les quotidiens depuis dix ans. Quant aux petites annonces, certains croient que d'ici cinq ans elles auront terminé leur migration sur Internet et auront totalement disparu de la presse écrite américaine.

Modèle brisé

On pourrait aligner de telles statistiques pendant des pages, et Bernard Poulet en recueille aussi pour d'autres pays occidentaux. Mais il va plus loin: c'est tout le modèle économique des journaux qui est maintenant «brisé», dit-il. Pour la première fois depuis l'apparition de la presse de masse au milieu du XIXe siècle, les annonceurs croient qu'ils peuvent se passer des médias traditionnels. Internet a multiplié les moyens d'accéder à un public ciblé.

L'auteur cite en exemple IKEA, qui a créé plusieurs sites Internet de communautés d'intérêts. L'entreprise atteindrait ainsi quelque 90 millions de consommateurs potentiels. En Suède, les éditeurs de journaux croient qu'IKEA est à la veille de pouvoir se passer de publicité dans leurs journaux. Et ce n'est pas un cas unique.

Les journaux s'appuyaient traditionnellement sur deux sources de revenus: ventes (unité et abonnement) et publicité. Non seulement ce modèle est en crise, mais la culture de la gratuité se répand à une vitesse folle. Et les agrégateurs de nouvelles (comme Google News) livrent chaque minute, gratuitement, toutes les informations du jour. En repiquant d'ailleurs allègrement les informations qui ont été trouvées par les médias traditionnels.

La crise du journalisme a moins à voir avec l'endroit où les gens vont chercher leurs informations qu'avec la manière dont ils les paient, rappelle l'auteur.

Vers une information à deux vitesses

Quant à Internet, en soi, ce pourrait être une grande force parce qu'un site Web n'a rien à envier à un journal: on peut jouer avec des images, de la vidéo, accueillir des commentaires, ouvrir des liens qui approfondissent la perspective, et ainsi de suite.

Le problème, c'est que les entreprises n'ont plus les moyens de payer une information de qualité sur le Web, car la crise actuelle les entraîne à réduire les longues enquêtes, les reportages à l'étranger, à éliminer des postes de vérificateurs, de correcteurs, et ainsi de suite.

Dans le dernier chapitre de son livre, Bernard Poulet tente de réconforter les éditeurs, en faisant la liste d'initiatives développées par les plus imaginatifs d'entre eux. Des patrons de presse se lancent dans le commerce électronique pour générer de nouveaux revenus. Certains tentent de fidéliser le lecteur par un abonnement mensuel. Le site Internet du Washington Post trouve sa rentabilité en offrant des services éducatifs, en se transformant en centre de formation permanente. Et ainsi de suite.

Il y a un peu d'espoir, mais la tempête sera très forte. Et l'auteur croit que l'on s'en va vers une information à deux vitesses, une information gratuite diffusée partout, mais peu fouillée, et une information très approfondie «pour les riches», que les internautes intéressés payeront cher.

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Bernard Gervais
    Abonné
    lundi 23 mars 2009 07h53
    Il y a aussi la conccurrence des journaux gratuits...
    On dit souvent que les gens lisent moins les journaux. Pourtant, quand je prends par exemple le métro, je vois toujours un très grand nombre de passagers qui lisent, soit un quotidien ou un hebdomadaire. Mais lesquels ? S'il y a encore beaucoup de lecteurs de journaux payants, le nombre de ceux qui lisent Métro, 24 heures, Voir ou Ici est souvent plus considérable. Un peu normal : ces publications sont gratuites et on en trouve des exemplaires à l'entrée ou à l'intérieur de toutes les stations.

    Malgré tout, je reste convaincu qu'il y aura toujours une place pour une presse payante qui nous propose des textes d'analyse et des reportages vraiment détaillés. C'est bien beau les journaux gratuit, mais l'essentiel de leur contenu se limite souvent à de courtes dépêches d'agences de presse.

    Bien entendu, un presse de qualité et qui couvre l'actualité en profondeur coûtera de plus en plus cher. Cependant, il y a des solutions : comme Le Devoir l'a déjà fait avec succès, faire appel à la générosité de ses lecteurs et, comme le fait également ce journal, créer sur son site Web des incitatifs pour s'y abonner.

    Si, personnellement, j'ai décidé de m'abonner au Devoir, c'est non seulement parce que j'ai toujours apprécié lire ce quotidien, mais également parce que mon abonnement me permet d'avoir accès, sur le Web, à tout son contenu ainsi qu'à de très nombreux textes que comptent ses archives !

  • Robert Henri
    Inscrit
    lundi 23 mars 2009 08h33
    Pas de panique, au contraire...
    Je lis Le Devoir sur Internet. Je ne suis pas abonné. Lorsque des articles particuliers m'intéressent, j'achète le numéro en question version papier. Même chose avec les autres journaux qui m'intéressent. À moins d'une exclusivité ou d'un numéro spécial que j'achète version papier, lorsqu'une nouvelle n'est pas accessible sans abonnement, je retrouve la nouvelle ailleurs avec d'autres sources. Le traitement de la nouvelle, les journalistes le font mais en fin de compte chacun fait son analyse.

    Le papier doit être réservé aux livres de qualité qu'on conserve.

    Je vis dans un bloc de six appartement. Chaque semaine, on vient nous laisser le journal local qui est bien fait mais qu'on peut toujours lire sur Internet. De toute façon, il est livré gratuitement. En plus, tout aussi gratuitement, on vient nous livrer l'affreux journal, local aussi, journal de Québécor qui est tout autant disponible sur Internet. Celui-ci contient autant sinon plus de publicité que de nouvelles en plus d'être rempli de dépliants, quasiment un «publisac». Ça donne quelque-chose comme 10 à 15 livres de journaux par semaine par bloc de six logements qui ne se retrouvent pas tous à la récupération. Récupération en crise en ce moment. Je me demande combien ça fait de papier gaspillé à Baie-Comeau, au Québec, en Amérique, au monde... C'est une excellente chose que la disparition du journal de papier. Sauvons nos forêts en évitant simplement de remplir inutilement nos sites d'enfouissement...

  • L'ex-Canard
    Inscrit
    lundi 23 mars 2009 12h30
    Une société à deux vitesses
    Après la santé, l'éducation, maintenant les médias, la démocratie et pourquoi pas votre langue. Après l'imprimé devenant RIP, vraisemblablement la TV. Et plus à venir...

    Plutôt inquiétant si cela aboutit à RIP pour les moins bien nantis. "Dog eats dog", qu'on dit en angla.

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