Médias - Aucune trêve à l'horizon
Les positions semblent se durcir dans le conflit au Journal de Montréal. Jour après jour, Ruefrontenac.com, ce site Internet publié par les syndiqués en lock-out, analyse avec un malin plaisir le contenu actuel du Journal de Montréal, en relevant les fautes de grammaire ainsi que les imprécisions dans le contenu.
Les syndiqués soutiennent également que, devant la multiplication de textes traduits des journaux anglophones de Sun Media, c'est «l'identité québécoise» du Journal de Montréal «qui est remise en question».
Mais il y a plus. Le 26 février, Ruefrontenac.com publiait une recherche intitulée Quebecor encaisse des millions de dollars par année. On avait compilé les différentes subventions publiques accordées aux émissions de TVA, aux magazines et aux éditeurs du groupe Quebecor, pour conclure que, depuis deux ans, ces subventions totalisaient au moins 23,7 millions.
Le 1er mars, le site publiait, sous le titre Vidéotron déteste ses clients, l'analyse d'un professeur de l'Université d'Ottawa, qui critiquait un passage du mémoire soumis par Quebecor au CRTC dans le cadre de l'actuelle audience sur les nouveaux médias.
Le même jour, une chronique télévision intitulée Un mauvais week-end pour René Angelil s'amusait à commenter la parodie que Marc Labrèche avait faite du gérant de Céline Dion lors de 3600 secondes d'extase. «Au fond, il en fallait, du culot, pour rire de la sorte de René Angelil, considéré ici, tout comme Céline Dion, comme une vache sacrée», écrit la journaliste. Un commentaire écrit alors que ce même René Angelil, avec son autobiographie, son rôle comme directeur de Star Académie et ses critiques sur le Bye Bye de Radio-Canada, fait les manchettes comme jamais au Journal de Montréal depuis quelques semaines.
Le sommet a été atteint mercredi dernier, alors que des journalistes de Ruefrontenac.com ont enquêté sur la firme Ikotel, qui gère actuellement une campagne d'abonnement pour le Journal de Montréal. Un journaliste s'est même fait embaucher incognito par la firme!
On y apprenait que la firme agirait «illégalement», soutient le site, puisqu'elle n'est pas enregistrée au Registraire des entreprises du Québec. L'article identifie des pratiques douteuses: par exemple, le fait de travailler au noir, ou encore le fait de proposer un abonnement gratuit au journal pour six mois, pour ensuite demander une contribution de 3 $ par semaine pour le camelot et offrir un cadeau de 20 $ aux nouveaux abonnés.
Guerre d'usure à l'horizon
Quelques questions viennent à l'esprit: les journalistes agissent-ils par vengeance, ou doit-on comprendre qu'ils rêvaient depuis longtemps d'enquêter sur leur propre entreprise et qu'ils ne pouvaient le faire? Et puis, si Ruefrontenac fait preuve d'esprit critique devant René Angelil ou Star Académie... ce même esprit critique s'exerce-t-il pleinement lorsque les journalistes ne sont pas en lock-out? Et si ce n'est pas le cas, pourquoi?
Plus le temps passe, plus on s'inquiète des conséquences du conflit et de la capacité des parties à trouver un terrain d'entente. Si le hasard met en présence, lors d'une couverture journalistique, des syndiqués et des cadres du journal, ces collègues de travail s'ignorent superbement ou se détestent cordialement, comme ont pu le constater des témoins.
Ce conflit va vraisemblablement se transformer en une guerre d'usure, dans laquelle chacun espère épuiser l'adversaire. Tous les jours, la direction du journal fait la preuve qu'elle peut malgré tout faire paraître le journal sans ses employés réguliers, comme l'ont appris à leurs dépens les syndiqués du Journal du Québec. Il semble d'ailleurs que les résultats financiers des journaux de Quebecor n'ont pas trop souffert du conflit récent d'un an et demi dans la capitale.
Par ailleurs, la direction du groupe teste en temps réel une convergence inédite entre toutes ses constituantes, en reprenant dans les pages du journal les textes publiés sur les différents sites Internet de Quebecor, par l'entremise de son agence QMI. À TVA, on s'indigne de retrouver dans l'actuel Journal de Montréal des textes qui avaient été écrits pour le site Web de la chaîne numérique Argent. Mais on cherche encore le levier qui permettrait de contester cette pratique par voie juridique.
Dans le numéro du Trente qui sort ces jours-ci, les responsables du magazine écrivent que, pour Quebecor, l'information est vue comme une dépense à contrôler plutôt que comme un investissement. Ils lancent donc une sorte de défi aux syndiqués: et si ceux-ci tentaient de revoir leurs excellentes conditions de travail en exigeant, en échange, des garanties supplémentaires «pour protéger l'indépendance rédactionnelle de leurs membres et envoyer paître cette damnée convergence»? Vaste projet.
****
pcauchon@ledevoir.com
Les syndiqués soutiennent également que, devant la multiplication de textes traduits des journaux anglophones de Sun Media, c'est «l'identité québécoise» du Journal de Montréal «qui est remise en question».
Mais il y a plus. Le 26 février, Ruefrontenac.com publiait une recherche intitulée Quebecor encaisse des millions de dollars par année. On avait compilé les différentes subventions publiques accordées aux émissions de TVA, aux magazines et aux éditeurs du groupe Quebecor, pour conclure que, depuis deux ans, ces subventions totalisaient au moins 23,7 millions.
Le 1er mars, le site publiait, sous le titre Vidéotron déteste ses clients, l'analyse d'un professeur de l'Université d'Ottawa, qui critiquait un passage du mémoire soumis par Quebecor au CRTC dans le cadre de l'actuelle audience sur les nouveaux médias.
Le même jour, une chronique télévision intitulée Un mauvais week-end pour René Angelil s'amusait à commenter la parodie que Marc Labrèche avait faite du gérant de Céline Dion lors de 3600 secondes d'extase. «Au fond, il en fallait, du culot, pour rire de la sorte de René Angelil, considéré ici, tout comme Céline Dion, comme une vache sacrée», écrit la journaliste. Un commentaire écrit alors que ce même René Angelil, avec son autobiographie, son rôle comme directeur de Star Académie et ses critiques sur le Bye Bye de Radio-Canada, fait les manchettes comme jamais au Journal de Montréal depuis quelques semaines.
Le sommet a été atteint mercredi dernier, alors que des journalistes de Ruefrontenac.com ont enquêté sur la firme Ikotel, qui gère actuellement une campagne d'abonnement pour le Journal de Montréal. Un journaliste s'est même fait embaucher incognito par la firme!
On y apprenait que la firme agirait «illégalement», soutient le site, puisqu'elle n'est pas enregistrée au Registraire des entreprises du Québec. L'article identifie des pratiques douteuses: par exemple, le fait de travailler au noir, ou encore le fait de proposer un abonnement gratuit au journal pour six mois, pour ensuite demander une contribution de 3 $ par semaine pour le camelot et offrir un cadeau de 20 $ aux nouveaux abonnés.
Guerre d'usure à l'horizon
Quelques questions viennent à l'esprit: les journalistes agissent-ils par vengeance, ou doit-on comprendre qu'ils rêvaient depuis longtemps d'enquêter sur leur propre entreprise et qu'ils ne pouvaient le faire? Et puis, si Ruefrontenac fait preuve d'esprit critique devant René Angelil ou Star Académie... ce même esprit critique s'exerce-t-il pleinement lorsque les journalistes ne sont pas en lock-out? Et si ce n'est pas le cas, pourquoi?
Plus le temps passe, plus on s'inquiète des conséquences du conflit et de la capacité des parties à trouver un terrain d'entente. Si le hasard met en présence, lors d'une couverture journalistique, des syndiqués et des cadres du journal, ces collègues de travail s'ignorent superbement ou se détestent cordialement, comme ont pu le constater des témoins.
Ce conflit va vraisemblablement se transformer en une guerre d'usure, dans laquelle chacun espère épuiser l'adversaire. Tous les jours, la direction du journal fait la preuve qu'elle peut malgré tout faire paraître le journal sans ses employés réguliers, comme l'ont appris à leurs dépens les syndiqués du Journal du Québec. Il semble d'ailleurs que les résultats financiers des journaux de Quebecor n'ont pas trop souffert du conflit récent d'un an et demi dans la capitale.
Par ailleurs, la direction du groupe teste en temps réel une convergence inédite entre toutes ses constituantes, en reprenant dans les pages du journal les textes publiés sur les différents sites Internet de Quebecor, par l'entremise de son agence QMI. À TVA, on s'indigne de retrouver dans l'actuel Journal de Montréal des textes qui avaient été écrits pour le site Web de la chaîne numérique Argent. Mais on cherche encore le levier qui permettrait de contester cette pratique par voie juridique.
Dans le numéro du Trente qui sort ces jours-ci, les responsables du magazine écrivent que, pour Quebecor, l'information est vue comme une dépense à contrôler plutôt que comme un investissement. Ils lancent donc une sorte de défi aux syndiqués: et si ceux-ci tentaient de revoir leurs excellentes conditions de travail en exigeant, en échange, des garanties supplémentaires «pour protéger l'indépendance rédactionnelle de leurs membres et envoyer paître cette damnée convergence»? Vaste projet.
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