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Médias - Crise rue Frontenac

Paul Cauchon   26 janvier 2009  Médias
Alors, voilà, c'est fait, Le Journal de Montréal est en lock-out. Le fossé était tel entre les deux parties que le conflit était inévitable. Il l'était d'autant plus que, pour la direction de l'entreprise, cette négociation n'avait rien de classique ou de «normal». La vice-présidente aux communications de Quebecor, Isabelle Dessureault, l'avait clairement expliqué au Devoir avant Noël. C'est cette année qu'il faut prendre un virage historique, disait-elle en substance, et pas question d'attendre dans trois ans, au prochain renouvellement de la convention collective.

Car c'est maintenant que Le Journal de Montréal peut encore investir dans le produit, alors que, dans trois ans, la situation économique des journaux pourrait être encore plus difficile, ajoutait-elle.

Samedi, l'éditrice du Journal de Montréal, Lyne Robitaille, disait sensiblement la même chose. «Nous n'avons plus de marge de manoeuvre pour évoluer», écrivait-elle dans un long texte, accusant la convention collective des employés du journal d'être un carcan.

Pour la direction, les conditions de travail des employés correspondent à «un monde qui n'existe plus», dit-elle. La direction veut adapter le travail de ses journalistes à la nouvelle réalité de l'information continue livrée sur plusieurs plates-formes (journal papier, Internet, téléphone mobile), ce qui lui semble impossible, affirme-t-elle, avec l'actuelle convention collective.

Les journalistes du Journal de Montréal ont les meilleures conditions de travail de la profession, c'est connu, mais ces conditions exceptionnelles ont été négociées honnêtement, de bonne foi. Et, faut-il le rappeler, l'entreprise gagnait beaucoup d'argent.

Les syndiqués soutiennent que le journal fait encore des profits de 50 millions par année, et ils rappellent que le président de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, s'est voté une augmentation de salaire de 29 % l'année dernière. Ils ne sont donc pas très disposés à sabrer radicalement leurs conditions de travail.

L'entreprise soutient que le chiffre de 50 millions est totalement faux. Mais elle refuse de révéler le niveau réel de ses profits. Il est donc assez difficile d'évaluer cet argument. C'est d'ailleurs un problème récurrent au Québec: les médias cachent leur budget (sauf Le Devoir, puisque l'on me permettra de rappeler que, une fois par année, au printemps, Le Devoir dévoile publiquement ses revenus et ses dépenses...).

Le fossé semble d'autant plus grand entre les parties que le climat dans la boîte semble plutôt pourri. À la fin de la semaine dernière, un courriel des dirigeants syndicaux envoyé aux journalistes de l'entreprise rendait compte de ce malaise. Ce courriel fustigeait les «cadres médiocres qui détruisent, jour après jour, la crédibilité de notre journal. Comment? En publiant des conneries provenant des autres plates-formes de l'empire». Le courriel évoquait, par exemple, la couverture de l'élection fédérale ainsi que celle des Jeux olympiques de Pékin par des textes repris des journaux anglophones de la filiale Sun Media de Quebecor.

Car, au coeur de ce conflit, on trouve la nouvelle réalité d'un grand groupe qui possède plusieurs médias et plusieurs plates-formes de diffusion, et qui veut se donner les moyens de mieux faire circuler les contenus d'une plate-forme à l'autre.

Jusqu'où cette intégration doit-elle aller? Jusqu'où faut-il faire jouer la convergence sans que les médias individuellement perdent leur personnalité? Une grande salle de nouvelles intégrée au sein du même groupe de presse pour alimenter plusieurs plates-formes, c'est intéressant pour autant que cela puisse enrichir la couverture journalistique, que cela crée plus d'informations exclusives, plus de points de vue, plus de choix démocratique. Le citoyen ne gagne pas grand-chose si cette convergence sert plutôt à répéter ad nauseam les mêmes informations sur de nouveaux supports, et si cette information est superficielle et peu fouillée parce que l'on aura privilégié la vitesse de livraison à la réflexion.

Les syndiqués, eux, se disent «amèrement déçus par les sites Internet de nouvelles mis en place par l'empire Quebecor, comme celui du journal 24 heures». De façon très provocante, ils veulent prouver leur capacité à travailler dans le contexte des nouvelles technologies en lançant ce week-end un site Internet d'information et d'actualité, «ruefrontenac.com» (la rue où est situé le journal).

Tout est donc en place pour un très long conflit. Les journalistes veulent prouver qu'ils peuvent prendre le virage numérique avec leur nouveau site, mais la direction veut prouver qu'elle peut continuer à publier son journal sans eux. Elle l'a fait pendant un an et demi à Québec avec Le Journal de Québec, sans que celui-ci s'effondre. Dans le fond, c'est le public qui aura le dernier mot, en décidant dans les prochaines semaines s'il continue, ou non, à acheter un Journal de Montréal produit sans l'apport de ses principaux artisans.
 
 
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  • Gisèle Delisle
    Inscrite
    lundi 26 janvier 2009 08h12
    En réponse à....crise rue Frontenac !
    J'ai toujours pensé qu'avoir un syndicat en place et ce au sein d'une entreprise, c'est comme s'il y avait "deux patrons" dans la boîte.

    Quand on entend les employés du Journal de Montréal qui disent être prêts pour "la guerre", je sursaute et surtout je n'en reviens pas. Prêts pour "la guerre" c'est grave !

    Ces gens savent-ils qu'ici au Québec, la semaine de 30 hres existe pour très peu de gens...Je pourrais donner de nombreux exemples, je m'abstiendrai car mon commentaire serait sans fin.

    Ces gens du Journal de Montréal savent-ils qu'ici au Québec, les salaires qu'ils touchent, les semaines de vacances auxquels ils ont droit, encore une fois peu y ont droit dans notre belle province.

    Ces gens du Journal de Montréal disent que le patron s'est voté une augmentation l'an dernier, bien qu'est ce que ça peut bien faire, le Journal de Montréal appartient à sa famille depuis belle lurette...

    Pourquoi ne pas faire un effort afin de trouver un terrain d'entente et non pas un terrain de "guerre".

    Les citoyens du Québec ne sont pas fous, c'est certain qu'ils continueront d'acheter le Journal de Montréal surtout quand ils liront tous les avantages sociaux reliés aux emplois des gens du Journal.

    Je fais partie des personnes qui seraient bien contentes d'avoir de telles conditions de travail...

  • Henri Goulet
    Abonné
    lundi 26 janvier 2009 08h18
    Suis-je un scab?
    Bonjour Paul,

    Puisque Le Devoir est livré par Québécor, suis-je un scab en lisant mon journal ce matin?

    Félicitations pour tes articles,
    Henri Goulet

  • Bruno Giroux
    Abonné
    lundi 26 janvier 2009 09h01
    Des enfant (très) gâtés
    Je n'ai aucune sympathie pour les employés du Journal de Montréal en lock-out.

    Quand on gagne 88 000 $ par années avec six semaines de vacances payées à temps et demi, une semaine de travail de 30 heures en 4 jours et un très généreux régime de retraite, je me demande de quoi on peut se plaindre.

    L'employeur a raison de dire que les conditions qui prévalaient dans les années 1970 ne sont plus les mêmes et que des concessions sont nécessaires. Même avec ces concessions, les conditions de travail seraient parmi les plus généreuses au Québec, sinon au Canada.

    Quant aux demandes de l'employeur qui ont trait au multi-plateformes pour l'information, il faudrait que les employés prennent conscience que nous sommes en 2009 et que nous, «lecteurs» avons accès à de multiples sources d'information, la plupart gratuites. Il n'est que normal que le propriétaires de divers médias veuillent utiliser la matière première - l'information - sur ces plateformes s'il veut survivre.

    Je ne suis nullement un fanatique des conglomérats mais dans le cas qui nous concerne, je trouve pleinement justifiées les demandes de l'employeur. Les employés en lock-out devraient regarder ce qui se passe ailleurs, dans le secteur de l'information mais aussi dans les autres secteurs de l'économie. Ils verraient que même avec les concessions demandées, ils demeureraient de grands choyés de la société.

    Enfants gâtés, plutôt que de monter la garde sur des lignes de piquetage, organisez plutôt des séances d'information où l'on vous apprendra ce qu'est la réalité d'aujourd'hui et la vraie vie de la plupart des travailleurs québécois.

  • Hélène Nadeau
    Abonné
    lundi 26 janvier 2009 11h11
    en réponse à madame Delisle
    Madame Delisle, vous nous dites : "Ces gens du Journal de Montréal disent que le patron s'est voté une augmentation l'an dernier, bien qu'est ce que ça peut bien faire, le Journal de Montréal appartient à sa famille depuis belle lurette..."

    Je crois utile de rappeler que la société Québécor inc. est une compagnie publique depuis belle lurette. Il n'est pas inapproprié de s'interroger sur les salaires des hauts dirigeants des sociétés publiques, particulièrement en cette période de perturbations économiques.

    D'autre part, je ne connais pas l'exacte teneur des demandes de l'employeur, ni de celles du syndicat. Toutefois, est-ce que le syndicat ne veut que protéger ses acquis et l'employeur augmenter ses profits ? J'en douterais. Les enjeux sont plus complexes.

    La qualité de l'information est difficile à quantifier. Les questions que posent monsieur Cauchon sont fort pertinentes. je souhaite vivement qu'elles fassent partie de ces négociations.

  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 26 janvier 2009 11h23
    L'énigme Jacques Demers
    Comme Jacques Demers peut-il écrire dans le plus grand quotidien français d'Amérique alors qu'il ne sait pas écrire????

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