Médias - En attendant d'en finir
On voudrait vraiment passer à autre chose, mais on n'arrive pas à s'extirper de ce débat, qui a pris une place insensée dans les médias la semaine dernière. Allons-y encore pour trois réflexions.
Internet a tranché pour tout le monde
Il y a quelques années, une émission était commentée par des critiques de télévision, qui étaient en phase, ou non, avec le public. Un débat pouvait s'en suivre, selon l'émission, par l'entremise des lettres aux lecteurs et des tribunes téléphoniques.
On a presque assisté à un renversement du processus. Dans la nuit du 31 décembre au premier janvier, les commentaires du public ont commencé à déferler sur Internet. La vague avait grossi 48 heures plus tard, lorsque les journaux publiaient leur première édition de l'année. Les commentateurs «officiels» des médias, d'ailleurs, ont exprimé des opinions beaucoup moins tranchées sur ce Bye Bye que le citoyen ordinaire.
À quel point l'avalanche de commentaires négatifs a-t-elle fait boule de neige, comme un monstre qui grossit en s'alimentant lui-même? Cela reste à analyser. En tout cas, une minorité de téléspectateurs, en nombre plus élevé que l'on pourrait le croire, a également écrit des commentaires très positifs sur ce Bye Bye. Mais, sur Internet, ces téléspectateurs s'excusaient presque de penser de façon différente.
Par ailleurs, la perception négative du Bye Bye 2008 était amplifiée par la violence de certains propos lus sur le Net. Les insultes envers Véronique Cloutier et Louis Morissette pleuvaient, on exigeait la fermeture immédiate de Radio-Canada et on appelait presque les scripteurs à être pendus sur la place publique. Sur Internet, nous sommes entrés dans l'ère du «pouvoir à l'utilisateur», pour le meilleur et le pire.
Radio-Canada doit faire son examen de conscience
C'est le message principal de cette crise: il s'y est exprimé un ras-le-bol généralisé envers les dérives de Radio-Canada. À la limite, les réactions à ce Bye Bye dépassaient le contenu réel de l'émission: le Bye Bye 2008 est devenu le prétexte à fustiger le populisme de Radio-Canada en soi, la vulgarité de certaines émissions, le ras-le-bol envers les jokes de cul omniprésentes (y compris à Tout le monde en parle), envers la place exagérée prise par les humoristes sur les ondes, envers les farces plates dans les galas, et même envers des émissions célébrées par l'industrie (par exemple Les Bougon) qui font grimacer une partie du public.
On peut trouver que certaines de ces critiques sont exagérées. Mais Radio-Canada ferait une grave erreur en ne les prenant pas au sérieux. En commentant les déclarations de la directrice des programmes de Radio-Canada, qui affirmait la semaine dernière avoir voulu «tester les limites du public», un lecteur écrit sur le site Internet du Devoir: pourquoi ne pas tester plutôt vers le haut? Ce lecteur a tout résumé.
Tout le monde est en conflit d'intérêts
Plusieurs gags étaient maladroits et ratés, mais on ne peut sérieusement croire que les auteurs étaient véritablement racistes, que ce soit envers les Noirs ou les anglophones. Qu'à cela ne tienne: les médias anglophones se feront un plaisir de faire passer les Québécois pour d'indécrottables racistes, et la Ligue des Noirs du Québec reprendra ces graves accusations en en tirant parti sur la place publique.
Par ailleurs, trop content de voir Radio-Canada s'affaiblir, le groupe Quebecor en a beurré épais, multipliant les reportages aux nouvelles TVA tout au long de la semaine (une analyse serrée démontrera peut-être que l'on a accordé plus de place au Bye Bye qu'à la crise à Gaza).
Et Le Journal de Montréal a consacré sa une de vendredi dernier au coup de gueule de René Angélil, l'homme dont l'opinion est probablement la moins objective qui soit sur le sujet (il dirigera dans trois semaines Star Académie, l'émission qui veut défoncer la concurrence de Radio-Canada cet hiver). Le contenu du Bye Bye lui-même était particulièrement mordant envers TVA. Bref, encore une fois (et ce ne sera pas la dernière fois), la qualité de l'information souffre de la guerre effrénée entre les deux grands groupes médiatiques du Québec.
***
pcauchon@ledevoir.com
Internet a tranché pour tout le monde
Il y a quelques années, une émission était commentée par des critiques de télévision, qui étaient en phase, ou non, avec le public. Un débat pouvait s'en suivre, selon l'émission, par l'entremise des lettres aux lecteurs et des tribunes téléphoniques.
On a presque assisté à un renversement du processus. Dans la nuit du 31 décembre au premier janvier, les commentaires du public ont commencé à déferler sur Internet. La vague avait grossi 48 heures plus tard, lorsque les journaux publiaient leur première édition de l'année. Les commentateurs «officiels» des médias, d'ailleurs, ont exprimé des opinions beaucoup moins tranchées sur ce Bye Bye que le citoyen ordinaire.
À quel point l'avalanche de commentaires négatifs a-t-elle fait boule de neige, comme un monstre qui grossit en s'alimentant lui-même? Cela reste à analyser. En tout cas, une minorité de téléspectateurs, en nombre plus élevé que l'on pourrait le croire, a également écrit des commentaires très positifs sur ce Bye Bye. Mais, sur Internet, ces téléspectateurs s'excusaient presque de penser de façon différente.
Par ailleurs, la perception négative du Bye Bye 2008 était amplifiée par la violence de certains propos lus sur le Net. Les insultes envers Véronique Cloutier et Louis Morissette pleuvaient, on exigeait la fermeture immédiate de Radio-Canada et on appelait presque les scripteurs à être pendus sur la place publique. Sur Internet, nous sommes entrés dans l'ère du «pouvoir à l'utilisateur», pour le meilleur et le pire.
Radio-Canada doit faire son examen de conscience
C'est le message principal de cette crise: il s'y est exprimé un ras-le-bol généralisé envers les dérives de Radio-Canada. À la limite, les réactions à ce Bye Bye dépassaient le contenu réel de l'émission: le Bye Bye 2008 est devenu le prétexte à fustiger le populisme de Radio-Canada en soi, la vulgarité de certaines émissions, le ras-le-bol envers les jokes de cul omniprésentes (y compris à Tout le monde en parle), envers la place exagérée prise par les humoristes sur les ondes, envers les farces plates dans les galas, et même envers des émissions célébrées par l'industrie (par exemple Les Bougon) qui font grimacer une partie du public.
On peut trouver que certaines de ces critiques sont exagérées. Mais Radio-Canada ferait une grave erreur en ne les prenant pas au sérieux. En commentant les déclarations de la directrice des programmes de Radio-Canada, qui affirmait la semaine dernière avoir voulu «tester les limites du public», un lecteur écrit sur le site Internet du Devoir: pourquoi ne pas tester plutôt vers le haut? Ce lecteur a tout résumé.
Tout le monde est en conflit d'intérêts
Plusieurs gags étaient maladroits et ratés, mais on ne peut sérieusement croire que les auteurs étaient véritablement racistes, que ce soit envers les Noirs ou les anglophones. Qu'à cela ne tienne: les médias anglophones se feront un plaisir de faire passer les Québécois pour d'indécrottables racistes, et la Ligue des Noirs du Québec reprendra ces graves accusations en en tirant parti sur la place publique.
Par ailleurs, trop content de voir Radio-Canada s'affaiblir, le groupe Quebecor en a beurré épais, multipliant les reportages aux nouvelles TVA tout au long de la semaine (une analyse serrée démontrera peut-être que l'on a accordé plus de place au Bye Bye qu'à la crise à Gaza).
Et Le Journal de Montréal a consacré sa une de vendredi dernier au coup de gueule de René Angélil, l'homme dont l'opinion est probablement la moins objective qui soit sur le sujet (il dirigera dans trois semaines Star Académie, l'émission qui veut défoncer la concurrence de Radio-Canada cet hiver). Le contenu du Bye Bye lui-même était particulièrement mordant envers TVA. Bref, encore une fois (et ce ne sera pas la dernière fois), la qualité de l'information souffre de la guerre effrénée entre les deux grands groupes médiatiques du Québec.
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pcauchon@ledevoir.com
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