mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 00h09


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Médias - Le vrai départ de Bernard Derome

Paul Cauchon   13 décembre 2008  Médias
Bernard Derome au Téléjournal en 1973
Bernard Derome au Téléjournal en 1973
Cette fois-ci est la vraie. Après un faux départ il y a cinq ans, suivi d'un retour imprévu au Téléjournal, Bernard Derome tire sa révérence pour vrai jeudi prochain.

Et cette fois on peut véritablement parler de la fin d'une époque. L'époque des chefs d'antenne vedettes.

Bernard Derome est d'accord avec ce point de vue. «J'ai vécu l'âge d'or de cette époque», dit-il. Pourquoi s'agit-il d'une époque terminée? Parce que le grand téléjournal du soir n'est plus ce qu'il était, n'est plus le même rendez-vous phare, ici comme aux États-Unis ou en France.

«Il existe maintenant plusieurs rendez-vous, dit-il, sur les chaînes d'information continue et sur Internet. Cela touche l'information et cela touche la façon de traiter l'information, ceux qui la font et ceux qui la présentent. Tout le monde est touché. Une campagne électorale, par exemple, comprend maintenant des points de presse tout le long de la journée.»

Puisque la vitesse de l'information s'accélère, «on commence à réduire [la qualité de l'information], explique-t-il, et cette réduction m'inquiète beaucoup. En télévision, on est plus vulnérables à cette réduction. J'appelle ça l'information BlackBerry».

Bernard Derome constate aussi que la charge de travail a augmenté pour les journalistes sur le terrain, qui doivent alimenter différents bulletins de nouvelles et sites Internet, tout comme elle a augmenté pour le chef d'antenne. Lui-même devait maintenant présenter, ces dernières années, un deuxième téléjournal, à 21h sur RDI en plus du 22h sur la chaîne principale. Bernard Derome soutient d'ailleurs que «les décideurs regardent le 21h. Je le sais par les réactions et les courriels reçus».

La tentation de l'opinion

Cette époque du chef d'antenne vedette, elle avait commencé en 1970 pour Bernard Derome, alors que, jeune journaliste de 26 ans, on lui avait confié la présentation du téléjournal à l'automne. Mais il est entré en ondes alors que le Canada était plongé dans un des pires drames de son histoire, la Crise d'octobre. «Pour la première fois les caméras sont entrées directement dans la salle des nouvelles, dit-il. Nous dormions presque sur place, c'était du RDI avant le temps.»

Bernard Derome constate d'ailleurs que «Radio-Canada avait pris une maudite chance» avec lui. «C'est presque impossible que quelqu'un arrive aujourd'hui à un tel poste à 26 ans.» À l'époque, un annonceur et un journaliste, ce n'était pas la même chose. Le téléjournal était présenté par un annonceur, et l'annonceur avait aussi l'habitude de faire des publicités en tous genres. Bernard Derome se rappelle qu'après la Crise d'octobre, Chevrolet lui avait offert 50 000 $ (somme considérable à l'époque) pour faire de la publicité. Une publicité particulièrement malvenue lorsqu'on se souvient que le corps du ministre Pierre Laporte avait été retrouvé dans le coffre d'une Chevrolet...

C'est à ce moment que Bernard Derome avait entrepris une bataille pour que les annonceurs soient reconnus comme journalistes, ce qui impliquait des changements syndicaux. Le chef d'antenne, c'était aussi celui vers qui on se tournait lors des grands événements, comme ce fut le cas en 1991 lors de la guerre du Golfe, pendant laquelle Bernard Derome entrait constamment en ondes. C'était avant RDI, bien sûr.

Depuis son retour au Téléjournal, on a remarqué que le ton adopté par Bernard Derome était différent, plus familier, plus «parlé». C'était voulu. «Nous faisons un métier de communication, explique-t-il. Il faut trouver le ton, la façon d'être plus accessibles, et être compris du premier coup. Les Français ont d'ailleurs inventé l'expression "journal parlé"».

Mais en même temps, Bernard Derome se méfie au plus haut point de l'opinion. «L'analyse et l'opinion, ce sont deux choses très différentes, dit-il. Il faut faire attention, et la tentation de l'opinion est le plus grand danger qui nous guette aujourd'hui. Je trouve qu'il y a trop d'humeurs dans le journalisme.»

Après 24 soirées électorales et référendaires, et plus de 35 années de téléjournal, il serait bien difficile pour Bernard Derome de demeurer tranquille chez lui à cultiver son jardin. Après la période des Fêtes, il s'attaquera à la production de quatre émissions spéciales de 30 minutes pour le printemps, des émissions dont le concept ne semble pas encore très clair. «L'idée, c'est de partir de ce que j'ai vécu et des archives pour proposer une réflexion sur certains thèmes.» Puis, en juillet, «il me faudra décider quel lien je conserve avec Radio-Canada, si je deviens agent libre. Mais il est certain que je veux continuer à faire des choses».

En attendant, les internautes peuvent exprimer leurs «souvenirs de Bernard Derome» sur le site Internet www.radio-canada.ca/derome. Et jeudi prochain, après un Téléjournal écourté de 30 minutes où il prononcera son dernier Bonsoir, place à une émission spéciale d'une heure dans laquelle il se confiera à Michel Desautels.

***

Bonsoir Bernard Derome, à Radio-Canada, le jeudi 18 décembre à 22h30.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Michelle Bergeron
    Abonné
    vendredi 12 décembre 2008 23h49
    Un pro! un exemple d'éthique et d'intégrité
    « Le seul à ma connaissance qui a toujours refuser d'animer dans des colloques ou autres rencontres pour certains groupes. Chapeau M. Delorme! Peut-être que vous êtes moins riche mais vous auriez perdu ça dans les grosses banque... tandis que votre réputation et tout le respect que les québécois vous porte en incalculable. Au plaisir de vous voir dans des projets. »

  • Richard Brin
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 06h19
    départ
    « le vrai départ c'est quand tu es mort, maintenant tu vis tu peux partir revenir tu peux décider ou sera la prochaine étape. adieu 1 adieu 2 adieu 3 pourquoi? si tu aimes ton métier prendre un peu de recul ça fait du bien quand tu reviens tu as un autre vision de ton travail. dire adieu à son travail c'est définitif dire au revoir c'est mieux ça laisse une porte ouverte si on veut revenir. c'était juste mon opinion.
    p.s. merci BERNARD DEROME
    richard brin ste-adèle »

  • Denis Lussier
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 06h52
    Partisanerie
    « L'erreur monumentale et dévastatrice de Bernard Deromme ainsi que de plusieurs "Journalistes" de Radio-Canada (Télévision Publique CANADIENNE) est de laisser percevoir sa tendance politique lors de certains interviews, non seulement des questions qu'il posait, mais que plusieurs fois ces questions étaient tendancieuses, au point même que nous les auditeurs nous demandions s'il ne nous prenait pas pour des cruches.
    Sa crédibilité en a pris pour un rhume, et il en est toujours ainsi pour la majorité des journalistes, chefs d'antenne et commentateurs de Radio-Canada. Dommage !
    Le pire dans tout celà, c'est qu'ils pensent que l'on ne s'en aperçoit pas. Radio-Canada est un nid de séparatistes, ce qui réduit l'impartialité de leurs commentaires. »

  • Armand Dubois
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 08h32
    Merci...
    « Le départ de Bernard Derome du Téléjournal survient au moment où l'information traverse une crise profonde. L'arrivée ces dernières années des chaînes d'information continue a bouleversé profondément la manière de traiter et de livrer l'information. L'opinion trône en maître aux dépens hélas de l'analyse du contenu. La sensation et l'émotion ont pris la place de la raison et de la réflexion. J'ai exercé ce métier pendant de nombreuses années à titre de reporter, chef d'antenne et directeur de l'information pour les deux principaux réseaux (Radio-Canada et TVA) et on ne soulignera jamais assez la valeur de la contribution de Bernard Derome non seulement au plan de la rigueur, mais aussi à celui de la démocratisation du contenu: il a rendu accessible la compréhension d'événements complexes en nous présentant les reportages de ses collègues de manière conviviale et avec un souci constant d'accorder l'importance au contenu plutôt qu'au contenant.
    Il faut maintenant tourner la page sur cette présence familière, crédible et à la fois rassurante.
    Utiliser un temps d'antenne public demeurera toujours un immense privilège et Bernard Derome aura influencé un grand nombre de gens de ma génération qui ont exercé ce métier à se surpasser et à cultiver le respect du public. Merci Bernard Derome pour cette contribution exceptionnelle dans le champ de l'intérêt public. »

  • william morris
    Abonné
    samedi 13 décembre 2008 10h15
    Pas parfait...
    « Bonjour,

    M. Derome est presque...parfait. Il lui est arrivé ces derniers temps de faires une petite erreur de lecture, de loin en loin.

    Par ailleurs, il a commencé à faire du favoritisme, expédiant rapidement un journaliste qui ne lui plaît pas et comblant de signes de politesse un autre qu'il trouve bien, par exemple, M. Filion qui fait des comptes rendus sur l'économie.

    De plus, il faisait visiblement peur à des jeunes journalistes de région et cela se voyait sur leurs visages.

    Il est temps qu'il quitte...

    Il a tout de même été bon dans son poste. Mais pas la merveille du siècle.

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com »

  • Michel Bérubé
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 12h38
    Enfin
    « Par contre souvenir mémorable de la réponse de M. Chartrand à son "human interest". Moins mémorable son avis sur ce qui fait l'essence des femmes : la maternité. »

  • Jacques_Morissette
    Abonné
    samedi 13 décembre 2008 14h12
    L'analyse, l'opinion, c'est du pareil au même, ce sont des humains qui la font ou qui la donnent.
    « L'analyse n'empêche pas les humeurs ou l'objectivité de ceux qui la font; comme l'opinion n'empêche pas l'objectivité ou la subjectivité de celui ou ceux qui la défendent. J'imagine mal des gens qui analysent en faisant fi de leur subjectivité, de même pour l'opinion, à moins d'être des robots. Je regrette monsieur Derome, mais ce que vous dites est une façon un peu fourre-tout de défendre un point de vue.

    JM »

  • André Brière
    Inscrit
    samedi 13 décembre 2008 14h28
    Réponse à Denis Lussier
    « Monsieur vous ne regardez pas le même film que moi. J'ai 65 ans et vus, vécus toutes forme d'information. Maintenant je ne regarde plus les infos, télévisées. Pourquoi ?? en 2008 l'actualité doit être convivial et animer et non pas lus avec une face plate. Avec le départ de Mongrain les infos.ont perdus leurs sens et maintenant c'est Derome qui quitte le navire.

    André Brière »

  • marie-t trachy
    Inscrite
    dimanche 14 décembre 2008 08h13
    Bravo pour une vie honnête .
    « EN EFFET,VOUS AVEZ TOUJOURS ÉTÉ HONNETE AVEC LES TÉLÉSPECTATEURS. JE VOUS VOYAIS SOUVENT AU
    MÉTRO CHEVREFILS,MAIS JE NAI J¸AMAIS OSÉ VOUS PARLER,
    de peur de vous déranger.Cest bien un homme qui fait lépicerie entre 2 bulletins.Profitez de votre retraite pendant que vous etes toujours en santé,le plus important dans la vie,pas largent,ni la notoriété.,mais la SANTÉ. »

  • Michel Asselin
    Inscrit
    dimanche 14 décembre 2008 12h32
    Avec compétence,sérieux,talent et professionalisme...merci!
    « Mon cher Bernard, permettez-moi de vous appeler par votre prénom car il me semble que l'on se connait depuis le temps que je vous regarde et surtout ayant atteint le même âge ou presque...... En effet je fus et suis toujours un fidèle du Téléjournal de 22hre ou de 21 hre à RDI. Et j'entend bien continuer de même avec votre successeure Céline mais en vous regrettant quand même un peu. Je veux tout d'abord vous remercier pour votre professionalisme et votre objectivité même si certains en doutent......Ce que vous dites dans l'article du Devoir est juste. En ces temps modernes on est accablé de nouvelles à toutes les minutes sans pour autant être bien informé. Car on a sacrifié la qualité au nom de la sacro sainte quote d'écoute.Pub exige!...Sans oublier les chats écrasés de TVA,TQS et tous les autres à la CNN. De plus est, on a de plus inventé la fameuse CON/vergeance et la CON/centration de la presse écrite.... Et dire que l'on se croit mieux informer à cause de tous ces nouveaux média comme internet. Le Devoir fait encore exception heureusement.
    C'est vrai on a la quantité mais au dépend de la qualité.
    Mais que voulez vous "such is life" la seule stabilité de nos jours se retrouve dans le changement perpétuel bon ou mauvais; faut que ca change si non ........on zap.
    Ca prend du Fast-food de nouvelles....mais ca écoeure à la longue.
    Merci encore et bonne retraite ou autre.....
    Mais comme disait mon grand-père né en 1875, "n'oublies pas mon ti-gars qu'on a jamais vu un coffre-fort suivre un corbillard.
    Michel Asselin
    Québec, La Capitale Nationale,
    Montréalais d'origine mais absent depuis 38 ans.
    Pas fonctionaire mais homme d'affaires.....
    p.s vous nous manquerez à toute la famille. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
10 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009