Médias - Le vrai départ de Bernard Derome
Bernard Derome au Téléjournal en 1973
Cette fois-ci est la vraie. Après un faux départ il y a cinq ans, suivi d'un retour imprévu au Téléjournal, Bernard Derome tire sa révérence pour vrai jeudi prochain.
Et cette fois on peut véritablement parler de la fin d'une époque. L'époque des chefs d'antenne vedettes.
Bernard Derome est d'accord avec ce point de vue. «J'ai vécu l'âge d'or de cette époque», dit-il. Pourquoi s'agit-il d'une époque terminée? Parce que le grand téléjournal du soir n'est plus ce qu'il était, n'est plus le même rendez-vous phare, ici comme aux États-Unis ou en France.
«Il existe maintenant plusieurs rendez-vous, dit-il, sur les chaînes d'information continue et sur Internet. Cela touche l'information et cela touche la façon de traiter l'information, ceux qui la font et ceux qui la présentent. Tout le monde est touché. Une campagne électorale, par exemple, comprend maintenant des points de presse tout le long de la journée.»
Puisque la vitesse de l'information s'accélère, «on commence à réduire [la qualité de l'information], explique-t-il, et cette réduction m'inquiète beaucoup. En télévision, on est plus vulnérables à cette réduction. J'appelle ça l'information BlackBerry».
Bernard Derome constate aussi que la charge de travail a augmenté pour les journalistes sur le terrain, qui doivent alimenter différents bulletins de nouvelles et sites Internet, tout comme elle a augmenté pour le chef d'antenne. Lui-même devait maintenant présenter, ces dernières années, un deuxième téléjournal, à 21h sur RDI en plus du 22h sur la chaîne principale. Bernard Derome soutient d'ailleurs que «les décideurs regardent le 21h. Je le sais par les réactions et les courriels reçus».
La tentation de l'opinion
Cette époque du chef d'antenne vedette, elle avait commencé en 1970 pour Bernard Derome, alors que, jeune journaliste de 26 ans, on lui avait confié la présentation du téléjournal à l'automne. Mais il est entré en ondes alors que le Canada était plongé dans un des pires drames de son histoire, la Crise d'octobre. «Pour la première fois les caméras sont entrées directement dans la salle des nouvelles, dit-il. Nous dormions presque sur place, c'était du RDI avant le temps.»
Bernard Derome constate d'ailleurs que «Radio-Canada avait pris une maudite chance» avec lui. «C'est presque impossible que quelqu'un arrive aujourd'hui à un tel poste à 26 ans.» À l'époque, un annonceur et un journaliste, ce n'était pas la même chose. Le téléjournal était présenté par un annonceur, et l'annonceur avait aussi l'habitude de faire des publicités en tous genres. Bernard Derome se rappelle qu'après la Crise d'octobre, Chevrolet lui avait offert 50 000 $ (somme considérable à l'époque) pour faire de la publicité. Une publicité particulièrement malvenue lorsqu'on se souvient que le corps du ministre Pierre Laporte avait été retrouvé dans le coffre d'une Chevrolet...
C'est à ce moment que Bernard Derome avait entrepris une bataille pour que les annonceurs soient reconnus comme journalistes, ce qui impliquait des changements syndicaux. Le chef d'antenne, c'était aussi celui vers qui on se tournait lors des grands événements, comme ce fut le cas en 1991 lors de la guerre du Golfe, pendant laquelle Bernard Derome entrait constamment en ondes. C'était avant RDI, bien sûr.
Depuis son retour au Téléjournal, on a remarqué que le ton adopté par Bernard Derome était différent, plus familier, plus «parlé». C'était voulu. «Nous faisons un métier de communication, explique-t-il. Il faut trouver le ton, la façon d'être plus accessibles, et être compris du premier coup. Les Français ont d'ailleurs inventé l'expression "journal parlé"».
Mais en même temps, Bernard Derome se méfie au plus haut point de l'opinion. «L'analyse et l'opinion, ce sont deux choses très différentes, dit-il. Il faut faire attention, et la tentation de l'opinion est le plus grand danger qui nous guette aujourd'hui. Je trouve qu'il y a trop d'humeurs dans le journalisme.»
Après 24 soirées électorales et référendaires, et plus de 35 années de téléjournal, il serait bien difficile pour Bernard Derome de demeurer tranquille chez lui à cultiver son jardin. Après la période des Fêtes, il s'attaquera à la production de quatre émissions spéciales de 30 minutes pour le printemps, des émissions dont le concept ne semble pas encore très clair. «L'idée, c'est de partir de ce que j'ai vécu et des archives pour proposer une réflexion sur certains thèmes.» Puis, en juillet, «il me faudra décider quel lien je conserve avec Radio-Canada, si je deviens agent libre. Mais il est certain que je veux continuer à faire des choses».
En attendant, les internautes peuvent exprimer leurs «souvenirs de Bernard Derome» sur le site Internet www.radio-canada.ca/derome. Et jeudi prochain, après un Téléjournal écourté de 30 minutes où il prononcera son dernier Bonsoir, place à une émission spéciale d'une heure dans laquelle il se confiera à Michel Desautels.
***
Bonsoir Bernard Derome, à Radio-Canada, le jeudi 18 décembre à 22h30.
Et cette fois on peut véritablement parler de la fin d'une époque. L'époque des chefs d'antenne vedettes.
Bernard Derome est d'accord avec ce point de vue. «J'ai vécu l'âge d'or de cette époque», dit-il. Pourquoi s'agit-il d'une époque terminée? Parce que le grand téléjournal du soir n'est plus ce qu'il était, n'est plus le même rendez-vous phare, ici comme aux États-Unis ou en France.
«Il existe maintenant plusieurs rendez-vous, dit-il, sur les chaînes d'information continue et sur Internet. Cela touche l'information et cela touche la façon de traiter l'information, ceux qui la font et ceux qui la présentent. Tout le monde est touché. Une campagne électorale, par exemple, comprend maintenant des points de presse tout le long de la journée.»
Puisque la vitesse de l'information s'accélère, «on commence à réduire [la qualité de l'information], explique-t-il, et cette réduction m'inquiète beaucoup. En télévision, on est plus vulnérables à cette réduction. J'appelle ça l'information BlackBerry».
Bernard Derome constate aussi que la charge de travail a augmenté pour les journalistes sur le terrain, qui doivent alimenter différents bulletins de nouvelles et sites Internet, tout comme elle a augmenté pour le chef d'antenne. Lui-même devait maintenant présenter, ces dernières années, un deuxième téléjournal, à 21h sur RDI en plus du 22h sur la chaîne principale. Bernard Derome soutient d'ailleurs que «les décideurs regardent le 21h. Je le sais par les réactions et les courriels reçus».
La tentation de l'opinion
Cette époque du chef d'antenne vedette, elle avait commencé en 1970 pour Bernard Derome, alors que, jeune journaliste de 26 ans, on lui avait confié la présentation du téléjournal à l'automne. Mais il est entré en ondes alors que le Canada était plongé dans un des pires drames de son histoire, la Crise d'octobre. «Pour la première fois les caméras sont entrées directement dans la salle des nouvelles, dit-il. Nous dormions presque sur place, c'était du RDI avant le temps.»
Bernard Derome constate d'ailleurs que «Radio-Canada avait pris une maudite chance» avec lui. «C'est presque impossible que quelqu'un arrive aujourd'hui à un tel poste à 26 ans.» À l'époque, un annonceur et un journaliste, ce n'était pas la même chose. Le téléjournal était présenté par un annonceur, et l'annonceur avait aussi l'habitude de faire des publicités en tous genres. Bernard Derome se rappelle qu'après la Crise d'octobre, Chevrolet lui avait offert 50 000 $ (somme considérable à l'époque) pour faire de la publicité. Une publicité particulièrement malvenue lorsqu'on se souvient que le corps du ministre Pierre Laporte avait été retrouvé dans le coffre d'une Chevrolet...
C'est à ce moment que Bernard Derome avait entrepris une bataille pour que les annonceurs soient reconnus comme journalistes, ce qui impliquait des changements syndicaux. Le chef d'antenne, c'était aussi celui vers qui on se tournait lors des grands événements, comme ce fut le cas en 1991 lors de la guerre du Golfe, pendant laquelle Bernard Derome entrait constamment en ondes. C'était avant RDI, bien sûr.
Depuis son retour au Téléjournal, on a remarqué que le ton adopté par Bernard Derome était différent, plus familier, plus «parlé». C'était voulu. «Nous faisons un métier de communication, explique-t-il. Il faut trouver le ton, la façon d'être plus accessibles, et être compris du premier coup. Les Français ont d'ailleurs inventé l'expression "journal parlé"».
Mais en même temps, Bernard Derome se méfie au plus haut point de l'opinion. «L'analyse et l'opinion, ce sont deux choses très différentes, dit-il. Il faut faire attention, et la tentation de l'opinion est le plus grand danger qui nous guette aujourd'hui. Je trouve qu'il y a trop d'humeurs dans le journalisme.»
Après 24 soirées électorales et référendaires, et plus de 35 années de téléjournal, il serait bien difficile pour Bernard Derome de demeurer tranquille chez lui à cultiver son jardin. Après la période des Fêtes, il s'attaquera à la production de quatre émissions spéciales de 30 minutes pour le printemps, des émissions dont le concept ne semble pas encore très clair. «L'idée, c'est de partir de ce que j'ai vécu et des archives pour proposer une réflexion sur certains thèmes.» Puis, en juillet, «il me faudra décider quel lien je conserve avec Radio-Canada, si je deviens agent libre. Mais il est certain que je veux continuer à faire des choses».
En attendant, les internautes peuvent exprimer leurs «souvenirs de Bernard Derome» sur le site Internet www.radio-canada.ca/derome. Et jeudi prochain, après un Téléjournal écourté de 30 minutes où il prononcera son dernier Bonsoir, place à une émission spéciale d'une heure dans laquelle il se confiera à Michel Desautels.
***
Bonsoir Bernard Derome, à Radio-Canada, le jeudi 18 décembre à 22h30.
Haut de la page

