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Médias - Un avenir radieux

Paul Cauchon   8 décembre 2008  Médias
Une fois par année, des centaines de journalistes se réunissent lors du congrès annuel de leur fédération, la FPJQ, qui se terminait hier à Québec. Ils assistent sagement à des ateliers, poursuivent d'interminables discussions, se décernent des prix, discutent des derniers potins de la profession (le sujet chaud du week-end, c'était la menace de conflit au Journal de Montréal) et, de façon générale, ils prennent la température de leur profession.

À vue de nez, un grand nombre de participants cette année étaient assez jeunes. Sont-ils inquiets, découragés? Ils sont le plus souvent pigistes ou surnuméraires, ils se font dire que les journaux sont à la veille de fermer, que les médias sont tous en compressions budgétaires, mais que l'on vit quand même une époque formidable, pleine d'occasions pour les plus dynamiques qui veulent se lancer sur Internet, sans trop savoir comment ils pourront ainsi payer leur loyer ou leur hypothèque.

Peut-être un peu masochiste, j'ai particulièrement suivi, lors de ce congrès, les ateliers qui étaient consacrés à l'avenir des médias traditionnels et à l'avenir des nouvelles.

J'ai donc rencontré Philip Meyer. Ce journaliste américain, doublé d'un universitaire, venait expliquer le contenu de son livre The Vanishing Newspaper, paru en 2004. Meyer fait remarquer qu'aux États-Unis c'est en 1922 que le taux de pénétration des journaux dans les foyers américains a atteint un sommet! Le déclin ne date donc pas d'hier. Mais cette lente érosion, causée par l'arrivée successive de la radio et de la télévision, s'est évidemment accélérée depuis l'arrivée d'Internet.

Meyer remarque que chaque nouvelle génération depuis cent ans pouvait renouveler le lectorat, au rythme des décès et des naissances. Mais il se produit actuellement un bouleversement majeur: pour la première fois, la nouvelle génération ne lit plus les journaux. Elle prend ses informations sur Internet. Gratuitement.

Meyer publie dans son livre d'impitoyables graphiques sur le déclin du lectorat, et des chercheurs les ont analysés pour se rendre compte que si le déclin se poursuit au même rythme, on arrivera très précisément en 2043 au point zéro du taux de lectorat, avec un seul lecteur de journal en Amérique...

J'ai demandé à Philip Meyer s'il croyait que les grands journaux de masse comme USA Today (ou Le Journal de Montréal, tiens) avaient un avenir. Sa réponse a fusé, précise comme un balle: non. Je rappelle qu'il ne s'agit pas d'un jeune blogueur qui découvre le monde, mais bien d'un homme de 77 ans, qui a oeuvré 25 ans sur le terrain (par exemple comme correspondant à Washington) et qui vient de quitter la chaire de journalisme d'une université de Caroline du Nord.

Meyer a un seul message: les lecteurs qui étaient les moins intéressés par les nouvelles ont déjà abandonné les journaux. Les journaux qui survivront devront être nécessairement plus petits, soutient-il, plus chers, et s'adresser strictement aux «newsjunkies» affamés d'analyses, d'interprétation et d'enquête, et qui seront prêts à payer le gros prix pour assouvir leur faim.

Dans un autre atelier, on accumulait les signaux rouges: Internet a complètement vampirisé les petites annonces, qui ont déjà représenté 40 % des revenus de certains journaux, et les revenus publicitaires sont en train de massivement migrer vers Internet. On prévoit d'ailleurs qu'aux États-Unis, Internet sera devenu le principal média pour les publicitaires en 2012.

Internet a développé une culture de la gratuité. C'est pourtant une fausse gratuité: l'internaute doit payer son fournisseur Internet, et les informations qu'il lit sur Internet, il a toujours bien fallu qu'une entreprise de presse paye du personnel pour les trouver et les écrire!

Mais le consommateur voit mal pourquoi il payerait un abonnement pour lire des informations de base qu'il trouve gratuitement sur d'autres sites.

Pour survivre, les médias doivent donc trouver de nouvelles sources de revenus. Le congrès de la FPJQ n'a évidemment pas permis de trouver la méthode de financement miracle qui sauverait tout le monde. Nous sommes dans une période de tâtonnements, d'essais-erreurs. «Chez Cossette, explique Pierre Delagrave, un des patrons du Groupe Cossette, nous pensons que l'information sera gratuite dans l'avenir, mais financée par toutes sortes d'applications sur les sites Internet.»

«Il faut cesser d'être des médias, et devenir des entreprises d'information qui développent des produits dérivés» explique Philippe LeRoux de VDL2.

Certaines entreprises développent donc une profusion de blogues, en espérant que la fréquentation de ceux-ci multipliera les pages vues sur Internet, ce qui permettrait, en principe, de vendre plus de publicité.

D'autres font payer pour des dossiers d'information plus substantiels. D'autres développent des services connexes à l'information, par exemple des services d'hyperliens. Et l'on fait remarquer que Google est devenu un monstre milliardaire... en donnant accès à l'information qui est produite par les autres.

Cette «valeur ajoutée» à la nouvelle s'apparente à une sorte de Graal, que les entreprises cherchent frénétiquement pour pouvoir retrouver la prospérité.

On a également beaucoup entendu lors de ce congrès que les médias doivent maintenant partager leur espace avec le citoyen. Le lecteur veut pouvoir participer au média qu'il consomme. Certains croient même que des journaux devraient maintenant offrir des cahiers conçus par les lecteurs eux-mêmes. Les journalistes seraient donc devenus des sortes de passeurs, de dialoguistes.

Remarquez que lorsque l'on voit Remstar acheter TQS et affirmer que les nouvelles dans les émissions d'information seront maintenant livrées par les acteurs sociaux et les acteurs de l'événement eux-mêmes, on peut vraiment se demander à quoi servent les journalistes. Je pourrais facilement répondre: ils servent justement à mettre du sens, du contexte et de l'esprit critique dans tout ce fatras. Mais êtes-vous prêts à les payer pour le faire?

***

pcauchon@ledevoir.com






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  • Brun Bernard
    Inscrit
    lundi 8 décembre 2008 08h01
    Ici aussi...
    « Le Devoir come le Journal de Montreal vont disparaitre. On ne lit pas le journal en lui-même mais ses commentateurs en particulier.De ce point de vue, le journal a disparu comme outil d'information mais il offre tribune à des commentateurs plus informés, plus réfléchis, plus objectifs (s'ils n'ont rien à vendre car parfois ça arrive), plus dans le contemporain et avec plus de recul. En somme mieux formés que les journalistes. Philip Meyer ne pense pas à cette révolution qu'est Internet. »

  • Jean-Serge Baribeau
    Abonné
    lundi 8 décembre 2008 11h05
    Je suis un dinosaure et un fossile: j'aime les journaux et le papier-journal
    « En lisant l'intéressant «PAPIER» de Paul Cauchon, j'ai compris, (il était temps) que je suis en train de devenir un petit vieillard dépassé et plutôt sénile. Moi, le vieux «schnoque» de plus en plus décrépit, je continue à aimer les journaux, les magazines et les revues. J'aime le papier et l'odeur du papier et de l'encre (si odeur il y a!). Cela ne m'empêche pas d'utiliser amplement l'Internet.

    Mais lorsque je veux en savoir plus, lorsque je souhaite une mise en perspective et une «contextualisation» des événements, j'éprouve un plaisir coupable et combien «tripatif» lorsque je m'installe dans mon fauteuil préféré et que je tourne goulûment les pages de mes livres, journaux, magazines et revues.

    Moi qui suis né en 1943, je vais faire mon possible pour vivre ou survivre jusqu'en 2043 et je promets que, s'il le faut, je serai le seul lecteur de journal de toute l'Amérique, une fois que le taux de lectorat aura tragiquement déboulé jusqu'à presquement atteindre le point zéro. Comme il y a un pas vite franchi entre le zéro et le un, j'empêcherai l'humanité de sombrer dans le zéro absolu ou dans le néant totalitaire.

    Les journalistes sont des êtres imparfaits. Mais nous aurons toujours besoin de ces professionnels (dont la compétence est à géométrie variable) pour assumer un sain recul et une essentielle distanciation.

    Recevez donc les salutations d'un petit vieux de plus en plus grabataire, cacochyme et valétudinaire.

    JSB, sociologue des médias »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 8 décembre 2008 14h15
    Objectivité = sans sens et sans esprit critique.
    « Donner un sens à quelque-chose c'est prendre position.

    Ce que l'on observe avec Internet c'est un retour à la transmission de l'information par le récit verbale ou chanté et par la symbolisation par l'image, d'avant l'invention de l'écriture dont l'utilité première fut de préserver l'information verbale tandisque l'art graphique et sculptural préservait déjà l'imgage (Lascaux, poterie, figurines, etc...)

    En plus de la conservation, l'écriture permettait aussi à tous de produire et d'échanger l'information (information à deux sens).

    La radio et la télévision sont des instruments de transmission à un sens et ne permettent pas l'interéchange d'information et non plus la conservation (accessibilité).

    L'internet permet un retour à la communication "naturelle" (conviviale), à deux sens (communication), chez l'humain tout en permettant l'avantage de conservation et accessibilité de l'écriture.

    On comprend mieux et communique mieux le sens complexe d'une situation politique (la nouvelle) par un récit animé de 5 minutes que par un long exposé écrit dont une minorité ont le temps de lire et déchiffrer.

    Je me souviens du temps ou les journeaux avaient leur encart bien fourni de bandes dessinées tout en couleurs la fin de semaine pour les enfants mais aussi pour les plus grands.

    C'est de la même façon que doivent être rejoint les jeunes générations avec l'Internet. Des jeunes moins naïfs qui veulent des récits moins naïfs et plus informants, plus audacieux. »

  • Line Gingras
    Abonné
    lundi 8 décembre 2008 15h50
    Prête
    « Je suis prête à payer les journalistes pour le faire vraiment bien, oui; je suis abonnée au «Devoir» (par Internet). Mais êtes-vous tous prêts, journalistes, et vos patrons sont-ils prêts à toujours mettre le temps et le soin nécessaires? »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 8 décembre 2008 18h07
    Fred Pellerin c'est l'avenir.
    « Fred Pellerin est un artiste et communicateur du temps qui vient. »

  • Alexandre Cayla
    Inscrit
    lundi 8 décembre 2008 23h00
    Les journalistes manque d'autocritique
    « À l'heure actuelle, il y a une chose que les journalistes ont cessé de faire : la réflexion. Ce qu'ils essaient de faire, c'est de vendre de la copie et de pousser des articles. Ceci étant dit, ce n'est pas de mauvaise fois, car souvent ce sont des gens conscientisés qui s'intéressent à la chose publique. Cependant, le cadre dans lequel ils opèrent rend ce « recul » très difficile. Regardez le graphique sur l'intérêt du public et les sujets couverts dans le Report of The News Media 2008. Le clash est clair, la déconnexion aussi.

    D'une certaine manière, lorsque vous dites : « ils servent justement à mettre du sens, du contexte et de l'esprit critique dans tout ce fatras ». Vous répétez un lieu commun qui rend très difficile l'adaptation de la profession. Les journalistes, malheureusement, n'apportent plus cette « valeur ajoutée » et c'est pour cette raison qu'ils sont interchangeables. PC, AP, AFP, ou Le Devoir, la même chose ! En plus, avec Twitter, je l'ai peut-être su en même temps que les journalistes...

    J'invite aussi vos lecteurs à s'enquérir sur la Press Sphere de Jeff Jarvis, professeur à la CUNY, elle présente bien la place de chacun de ces nouveaux « acteurs de l'information » que sont les citoyens. Personnellement, je trouvais sa représentation un peu prématurée, mais je crois que Barack Obama (et sa présidence Youtube) ainsi que les événements de Mumbai viennent de prouver le contraire.

    Finalement, j'en parle rapidement sur mon blogue, mal entretenu, j'en conviens : 4x21.wordpress.com »

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