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Revue de presse - Un pays sur la corde raide

Manon Cornellier   6 décembre 2008  Médias
Harper joue avec le feu en agitant le spectre de l'unité nationale pour attaquer la coalition du PLC et du NPD. L'idée est revenue sans arrêt cette semaine dans certains éditoriaux canadiens-anglais, mais d'autres sont venus lui fournir des renforts.

Le Toronto Star affiche son irritation devant l'insistance de Harper de parler d'«une coalition séparatiste». «C'est une tactique dangereuse car elle risque d'animer un ressentiment contre le Canada au Québec et des sentiments anti-Québec dans le reste du pays. On pourrait se retrouver avec une crise d'unité nationale en plus d'une crise économique.» Le Star ne peut croire que le premier ministre ait tenté d'effrayer les citoyens en parlant d'une «trahison envers le pays» de la part des libéraux. Favorable à la coalition malgré ses nombreuses faiblesses, le quotidien rappelle que la coopération et la concertation avec tous les partis en présence devraient être la norme dans un Parlement minoritaire. «Suggérer que la coalition est une conspiration pour briser le Canada est non seulement faux, mais une insulte à l'intelligence des Canadiens.»

Tout aussi indigné, le Halifax Chronicle-Herald rappelle comment les conservateurs se sont moqués de Stéphane Dion durant la campagne, après que celui-ci eut dû reprendre plusieurs fois l'enregistrement d'une entrevue. Ils avaient alors dit qu'une fois au gouvernement, on n'avait pas la possibilité de se reprendre. Or, indique le quotidien, c'est exactement ce que le premier ministre a fait en demandant à la gouverneure générale de proroger la session parlementaire. Le Herald a conseillé à la gouverneure générale de ne pas accepter cette requête destinée uniquement à protéger le gouvernement de la défaite. L'accepter, prédisait le quotidien, ne ferait que plonger le pays dans deux mois d'instabilité et d'attaques vicieuses. «Soyons crus. M. Harper lui-même est devenu une force erratique et entêtée porteuse d'instabilité.» Selon le Herald, Harper personnifie la crise actuelle.

On s'enflamme

Le ton dans les six principaux journaux de la chaîne SunMedia était tout autre. Les éditoriaux uniques, signés par différents chroniqueurs, invitaient à monter aux barricades pour défendre le gouvernement conservateur et s'opposer à l'alliance entre libéraux, néodémocrates et bloquistes. Jose Rodriguez parlait même de coup d'État. «Ce trio agit plus ou moins comme une junte d'Amérique centrale, les jolis uniformes et les fusils en moins.» Son collègue, Lorrie Goldstein, s'est chargé de fournir aux lecteurs de tous les journaux de la chaîne les coordonnées de la gouverneure générale afin qu'ils lui demandent d'accepter la requête de M. Harper de proroger la session. Selon lui, la coalition a toujours voulu un vote de confiance rapide afin de ne pas laisser aux Canadiens le temps de faire entendre leur opposition. Goldstein a commencé la semaine en disant être persuadé qu'il y a eu une entente secrète entre le PLC, le NPD et le Bloc, «des séparatistes déterminés à détruire le Canada». Selon lui, «notre souveraineté est en jeu», rien de moins, et les politiciens jouent «à la roulette russe avec le Canada».

Selon le National Post, il fallait proroger. Le temps n'est pas venu pour des élections et il ne faut surtout pas confier le pouvoir à la coalition, surtout avec les bloquistes dans les parages. Le Post est revenu sur le sujet à maintes reprises. «Ceci est une tache permanente sur l'héritage politique d'un homme dont, autrement, on se serait souvenu comme d'un ardent défenseur du fédéralisme.» Dans un autre texte, le Post parle d'une «outrageante trahison». Le Post rejette l'accusation de coup d'État mais s'interroge sur la légitimité d'un gouvernement formé de partis qui viennent tout juste de mordre la poussière. En plus, il craint que le Bloc ne gagne ainsi en importance au Québec tout en accroissant les tensions avec le reste du pays. «La coalition pourrait être le plus gros présent jamais reçu par les séparatistes. Cela constitue en soi une raison suffisante pour tuer le projet dans l'oeuf.»

Aux urnes

S'il ne s'en était tenu qu'au Winnipeg Free Press, le premier ministre aurait été forcé de tendre la main à l'opposition avant lundi. Sinon, de faire face au vote de confiance qui s'annonçait. Pas question de prorogation pour gagner du temps. Le WFP convient que donner le pouvoir à la coalition aurait offensé bien des Canadiens qui n'ont jamais cru voter pour cela. Par conséquent, en cas de défaite du gouvernement, le quotidien aurait recommandé un retour aux urnes afin de laisser aux Canadiens une chance de se prononcer. Car pour le Free Press, la coalition reste une «collection d'opportunistes en quête de pouvoir». Il ajoute: «Le coût et les inconvénients d'une élection est un faible prix à payer pour servir la démocratie.»

Le Vancouver Sun était tout aussi prêt à des élections, advenant un refus de la gouverneure générale de proroger la session et une défaite du gouvernement lundi. Tout, dit le Sun, sauf la coalition, cette «alliance impie». «Ne reste-t-il pas un seul patriote canadien au sein des caucus libéral et néodémocrate?», demande le quotidien, qui les soupçonne de souffrir d'une trop grande soif de pouvoir.

L'Edmonton Journal n'adopte pas du tout le ton virulent de la plupart des médias de l'Ouest. Il reconnaît que cette coalition représente un risque, mais sûrement pas un coup d'État puisque les trois partis contrôlent la majorité des sièges aux Communes. Le Journal rappelle que ce n'est pas parce qu'un parti a plus de sièges qu'il contrôle le gouvernement, mais bien parce qu'il a la confiance de la majorité des élus. Selon le Journal, refuser de se plier à la volonté de la majorité de la Chambre, comme le fait Harper, pose davantage de questions sur le plan constitutionnel. Ça n'empêche pas le quotidien d'approuver la tentative de Harper de gagner du temps, à condition que ce soit pour corriger le tir et adoucir le ton.
 
 
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  • Georges Paquet
    Abonné
    samedi 6 décembre 2008 07h14
    Et la presse internationale? Qu'en est-il de l'image du Canada?
    Peut-être que ce n'est pas dans le mandat de notre chroniqueuse préférée de raliser une revue de la presse étrangère, mais si elle l'avait faite, elle aurait découvert que la réputation du Canada au niveau international, déjà si peu reluisante dans le domaine de l'environnement, a été ravalée au niveau d'un pays sous-développé.

    Les manchettes des grands media ne sont pas loin de ressembler à celles que se méritent certains pays à la démocratie douteuse et au respect des droits humains plutôt mince.

    Voyez, comment la manoeuvre de Stephen Harper pour affaiblir durablement ses adversaires et rivaux politiques, et pour se maintenir au pouvoir à tout prix a été perçue dans le monde entier.

    Le réseau CNN écrit: Le leader du Canada ferme temporairement le Parlement afin de demeurer au pouvoir"

    Le International Herald Tribune écrit: "Le Parlement canadien a été fermé dans l'espoir de garder Harper au pouvoir"

    Le New York Times écrit: "Le leader politique du Canada ferme le Parlement...afin d'échapper à un vote de non confiance"

    Si vous substituez le nom de certains pays du Tiers-monde malheureusement trop souvent soumis à ce genre de soubresauts, vous constaterez que le Canada fait désormais partie du même club, et qu'il sera dorénavant plutôt mal placé pour leur donner des leçons de bonne gouvernance et de démocratie.

  • Robert Henri
    Inscrit
    samedi 6 décembre 2008 07h36
    Rien de vraiment nouveau sous le soleil
    Harper joue avec le feu... La seule unité nationale est celle des Canadians contre le Québec, son peuple, notre vraie Nation. Il n'y a qu'à écouter la météo. La merde vient toujours de l'ouest.

  • Yvon Roy
    Abonnée
    samedi 6 décembre 2008 08h51
    théâtre
    Mon royaume pour un cheval. Macbeth

  • Pierre Allard
    Inscrit
    dimanche 7 décembre 2008 10h26
    Je veux trahir: où dois-je signer ?
    Il y a bien plus de 30 ans que je dis que l'indépendance du Québec n'est ni nécessaire ni souhaitable. http://nouvellesociete.org/707.html

    Je lis les commentaires des journaux du ROC et je crois devoir réévaluer la situation. Au lieu de nous apporter la masse critique pour maintenir une identité distincte des USA, l'Ouest de ce pays est devenu une extension de cette vision du monde à l'américaine dont je ne veux pas être partie prenante.

    Ils sont d'autant plus dangereux qu'ils sont "en dedans" et pourrissent ces institutions même qui ont été le facteur rédempteur de la tutelle anglaise sur notre société. Ce n'est plus une culture britannique qui se développe à l'ouest de la Gatineau, mais autre chose auquel je ne vois pas l'intérêt de nous associer plus qu'il ne faut

    La crise qui vient va créer une nouvelle dynamique au Québec. La façon dont Harper veut la gérer va aggraver la fracture. Il va falloir prendre nos distances avec intelligence. Les blogues auront un rôle important à jouer dans ce réalignement. Les 150 000 visiteurs qui passent chaque année sur mon blogue et mon site y trouveront désormais un message différent.

    Pierre JC Allard

  • André/Andrés 71
    Inscrit
    dimanche 7 décembre 2008 23h20
    La coalition est légitime
    La COALITION est LÉGITIME

    Dans tout ce débat sur la légitimité de la coalition (NPD-PLQ & BQ vs le PCC) dénoncée par les conservateurs du ROC de Stephen Harper, il me semble que certains citoyens ont oublié que, dans notre système parlementaire d'inspiration britanique TOUS les DÉPUTÉS démocratiquement ÉLUS au Parlement ont pour mandat de choisir le GOUVERNEMENT. Comme on a eu peu de gouvernements de coalition au Canada, on a traditionnellement offert le gouvernement au groupe/parti qui a obtenu le plus de sièges - non la majorité des votes - aux Parlements tant québécois que canadien. Donc la réaction des groupes « anti-coalition » se comprend ou s'explique par leur étroitesse d'esprit ou leur soif du pouvoir. Démocratiquement, juridiquement et légitimement parlant, la coalition est possible et ne devrait pas être repoussée du revers de la main... Espérons qu'elle survivra jusqu'au 26 janvier 2009 et donnera de beaux fruits de démocratie dans l'avenir.

    Le problème vient aussi du fait que le PLC d'envoyer au front le mal-aimé Stéphane Dion (réélu dans ce Parlement de 2008) alors que ce parti est en pleine course au leadership et doit renflouer ses coffres. Harper le dictateur, ne pouvait faire mieux que de tenter d'abolir le financement public des partis politiques, mais il n'a pas encore dit son dernier mot pour garder le pouvoir malgré tout en gagnant du temps et ne rien faire dans l'immédiat pour affronter les effets de la crise financière... en complicité avec la Gouverneure Générale, cette reine-nègre comme l'a déjà qualifiée un certain VLB.

    Autre point non souvent mentionné dans les médias est que le Québec n'a JAMAIS signé la Constitution Canadienne de 1982... Logiquement les Québécois ont déjà un pied en-dehors du Canada, n'étant ainsi qu'étrangers, intrus ou considérés comme tels par le ROC. L'assimilation sournoise guette les Québécois au sein du Canada... Le problème, à mon avis, c'est que tous hélas! n'en sont pas encore conscients... Les Québécois sont comme ces ados qui refusent de quitter la maison jusqu' à ce que leurs parents les « poussent hors du nid pour éprouver leur autonomie et qu'ils apprennent à voler de leurs propres ailes » d'où leurs hésitations à se prononcer politiquement en élisant le Bloc Québécois à Ottawa et possiblement les libéraux au Québec, le PQ se retrouvant dans l'opposition selon les dernières estimations des médias.

    Le ROC anglophone ne sera JAMAIS d'accord avec un Québec francophone car depuis la fondation du Canada, l'IDÉOLOGIE de droite « orangiste » veut que le Canada soit « WASP i.e. WHITE - ANGLO-SAXON & PROTESTANT... » Les protestations actuelles du ROC face à cette coalition révèlent bien la vraie nature des Canadiens conservateurs traditionnels de l'ouest canadien. Pensons également comment le ROC résiste toujours fort à respecter la Loi Canadienne des Langues Officielles ... le beau rêve de Trudeau qui ne s'est jamais matérialisé.

    Que serait le Québec linguistique en 2008 sans la Charte de la Langue Française (Loi 101) malgré qu'on lui ait enlevé bien des dents depuis son adoption en 1977? CE N'EST PAS AVEC JEAN CHAREST ET LES LIBÉRAUX QUE LA SITUATION VA S'AMÉLIORER... bien au contraire!

    Stephen Harper, qui m'est toujours apparu comme un dictateur potentiel, est en train de nous montrer son vrai visage méprisant pour le Québec appuyé en cela par la droite religieuse et les riches provinces de l'ouest qui contribuent le plus - à contre-coeur il faut bien l'avouer - à la peréquation et à l'équilibre financier du Canada... et au maintien politique de la Fédération canadienne.

    La solution, revenir aux origines de la Confédération en redonnant à chaque province et territoires TOUS LES POUVOIRS actuellement récupérés de gré ou de force par le gouvernement central au fil des ans et que chaque région économique - 5-6 maximum : Maritimes, Québec, Ontario, Man-Sask-Alberta, Colombie Canadienne & TNO - décident chacune quels pouvoirs elles veulent confier au Gouvernement central et récupèrent leurs taxes en conséquence. Le déséquilibre fiscal est le talon d'Achille du Canada actuel; que les provinces et régions qui le souhaitent se retirent de cette Fédération de Cons !

    Qui a dit que la potitique canadienne & québécoise manquait de piquant en regard de celle de nos voisins du sud avec Barack Obama?

    André Lacombe-Gosselin
    <andre_lacombe@yahoo.com>

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