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Médias - Le blues du journaliste

Paul Cauchon   24 novembre 2008  Médias
Le journalisme est un bien beau métier, mais il est très critiqué et il se pratique dans un environnement de plus en plus complexe.

Prenez la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) qui regroupe plus de 2000 journalistes québécois. Elle sent maintenant le besoin de mieux préciser ce qu'est un journaliste.

Lors de son congrès annuel dans deux semaines, elle tentera en effet d'amender ses règlements pour introduire un nouveau critère. Selon la proposition qui sera soumise au vote, pour devenir membre de cette association, un journaliste ou une entreprise de presse devra «prendre un engagement moral à respecter le Guide de déontologie de la FPJQ».

Il s'agit bien là d'un engagement moral: la FPJQ ne créera pas de comité de discipline pour punir les contrevenants.

Cette proposition, qui semble plutôt modeste, veut tenter de répondre à un débat qui couve depuis un certain temps, à savoir comment définir le travail journalistique.

On serait tenté de croire que ce débat a commencé il y a quelques années lorsque Jean-René Dufort avait demandé sa carte de membre de la FPJQ. Infoman était une sorte de fou du roi qui relevait du service des variétés à Radio-Canada, mais qui dénichait des scoops journalistiques véritables (par exemple sur les dérives du système de vote lors d'une précédente campagne électorale). Que fallait-il en faire? La carte de presse lui avait été refusée.

Mais cette histoire, qui avait fait jaser à l'époque, demeure anecdotique. Car la remise en question du rôle du journaliste s'inscrit maintenant dans un contexte beaucoup plus large.

La FPJQ fait elle-même remarquer qu'il devient de plus en plus difficile pour le public de distinguer les journalistes des autres communicateurs. Tous les médias sont envahis de commentateurs en tous genres. Certains sont des journalistes de profession. D'autres viennent des horizons les plus divers et on leur confie l'animation d'émissions d'affaires publiques (que ce soit Stéphane Gendron, Michel Gauthier ou André Arthur).

Internet change également la donne. Les sites citoyens proposent commentaires et analyses des citoyens ordinaires, mais certains textes de citoyens pourraient être écrits par des journalistes professionnels. Et puis il y a les blogues en tous genres, où l'on trouve autant des commentaires vaseux et partiaux que de véritables solutions de rechange au journalisme officiel... sinon de véritables journalistes qui décident d'adopter un ton moins «traditionnellement journalistique».

On avait tendance à considérer qu'un journaliste, c'est quelqu'un qui travaille dans une entreprise de presse reconnue comme telle. Mais la notion d'entreprise de presse est elle aussi en transformation. Le New York Times publiait justement un article la semaine dernière sur les nouveaux médias nés sur Internet, dont un site qui se nomme VoiceofSanDiego.org, où des jeunes hors des médias officiels ont mené des enquêtes journalistiques véritables sur la corruption dans l'administration municipale de San Diego, enquêtes qui ont donné d'ailleurs lieu à la démission de hauts fonctionnaires.

Ce site Internet est d'autant plus différent des médias traditionnels que, sur le plan économique il s'agit d'une organisation sans but lucratif, financée par des fondations, un modèle qui ne peut pas devenir la norme, remarque le New York Times, puisque tout média est aussi une entreprise commerciale qui doit vendre. En principe. Car les journaux gratuits, eux, de plus en plus populaires, sont gratuits, justement...

Évidemment, les cyniques diront que si les commentateurs, les blogueurs et les sites Internet citoyens pullulent, c'est parce que les journalistes «officiels» ne font pas toujours bien leur job. Il y a des moments où l'on a tendance à leur donner raison, comme la semaine dernière lorsque l'on a consacré beaucoup de temps d'antenne et de manchettes de journaux à cette chicane mineure entre Mario Dumont et Guy A. Lepage, et à la marche matinale de Pauline Marois sur le mont Royal, alors que le bilan réel du gouvernement Charest mériterait d'être mieux approfondi, pour le moins. Mais bon, passons.

Pour régler la question de «qui est journaliste», plusieurs ont prôné la création d'un ordre professionnel. On ne semble pas toujours se rendre compte que la création d'un tel ordre est quelque chose de vraiment très compliqué: il faudrait unifier la formation universitaire, définir ce qu'est un «acte» journalistique, créer des comités de discipline pour juger de la qualité de cet acte, bref il me semble plus prometteur de rehausser la qualité journalistique par la persuasion... avec, probablement, un organisme comme le Conseil de presse qui aurait un peu plus de pouvoirs de surveillance.

Certains principes de base du métier journalistiques sont connus et ont toujours avantage à être répétés: la vérification des faits, l'indépendance, l'esprit critique, la rigueur et ainsi de suite.

Mais tous ces beaux principes doivent aussi s'appuyer sur des règles déontologiques claires. Tout le monde aurait avantage à lire le Guide de déontologie de la FPJQ (disponible sur Internet pour n'importe quel citoyen) pour se rendre compte que les médias n'appliquent pas tous ce guide à la lettre. Par exemple, le guide spécifie que les journalistes ne devraient pas accepter de voyages gratuits pour faire des reportages. Le guide mentionne aussi qu'un journaliste devrait absolument s'abstenir de faire des tâches liées aux relations publiques, par exemple en donnant des cours sur la façon de se comporter devant les médias à ceux qui font l'événement. Ce que des journalistes connus ont fait sans problème dans le passé!

Les médias écrits et électroniques sont de grandes tribunes publiques, mais ce sont aussi des objets de consommation, où l'on trouve de tout, le superficiel comme le très profond, la chronique d'humeur comme l'enquête rigoureuse, les horoscopes comme la météo! J'ignore comment évoluera le débat à la FPJQ, mais, quand cette association écrit, en appui à sa proposition, que «l'information produite dans le respect des règles de déontologie des journalistes a davantage de valeur et de crédibilité», il est difficile d'être en désaccord.

***

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Yvon Montoya
    Abonné
    lundi 24 novembre 2008 08h26
    C'est la fin.
    Le journalisme tel qu'il se pratique aujourd'hui est comme la prêtrise telle qu'elle s'est pratiquée depuis la fondation de l'église catholique romaine dans l'hypocrisie. Un souci du comportement sans en recevoir les lumières de la sagesse. Le journalisme, je le fus aussi, est un milieu mesquin qui considère son lecteur comme un imbécile sans éducation et sans savoir; le lecteur comme être "ORDINAIRE". Grâce à l'Internet, tout ceci est terminé car la réponse viendra par un dialogue entre internautes cultivés, argumentés, loin de l'amateurisme intellectuel que nous le percevons dans la lecture des dits journalistes contemporains qui sont fort limités. Phénomène visible partout sur notre planète. J'ai lu beaucoup d'articles de journalistes de Montréal tout en considérant que vous connaissez très bien personnellement l'auteur de ces articles et je peux vous dire que le mensonge n'est pas une denrée rare loin de là. Dire être passionné par Hannah Arendt sans l'avoir jamais lue ni la posséder dans sa bibliothèque est un exemple comme tant d'autres et puis la relecture d'autres articles intégrés dans les lignes du papier du journaleux et cette incapacité à produire une pensée fait de ce métier une calamité contre la démocratie. Ou un autre, à Montréal qui nous parlait d'une certaine RITA Luxembourg, anglaise d'origine qui se battait pour la cause politique alors qu'il fallait dire Rosa Luxemburg allemande communiste de Berlin morte en 1919 assassinée mais non de Londres. C'est un journaliste professionnel qui s'exprimait. On le sait mais on n'y pourra rien. D'ailleurs le phénomène du journalisme véreux n'existe pas depuis aujourd'hui. Alors, il faut en finir avec le journalisme irresponsable et ignorant.

  • Pierre Samuel
    Abonné
    lundi 24 novembre 2008 10h16
    Bonne chance!
    Comment démêler le "vrai" du "faux": programme titanesque! Dommage toutefois que la FPJQ ne possède aucun pouvoir coercitif dans cet immense panier de crabes! Le pire, c'est que, dans nos "sociétés du spectacle" (dixit Guy Debord), "les autres communicateurs" ont souvent plus "d'influence" auprès du public que "l'information produite dans le respect des règles de déontologie"!

  • Zach Gebello
    Inscrit
    lundi 24 novembre 2008 10h27
    Faux-fuyant
    "Les journalistes basent leur travail sur des valeurs fondamentales telles que l'esprit critique qui leur impose de douter méthodiquement de tout, l'impartialité qui leur fait rechercher et exposer les divers aspects d'une situation, l'équité qui les amène à considérer tous les citoyens comme égaux devant la presse comme ils le sont devant la loi, l'indépendance qui les maintient à distance des pouvoirs et des groupes de pression (...)"(FPJQ)

    Voilà la grosse faille dans la "déontologie" du journalisme telle que présentée par la FPJQ.

    C'est une contradiction fondamentale d'affirmer que l'on peut avoir un esprit critique tout en étant impartial et de considérer tous les citoyens égaux lorsque dans les faits ils ne le sont pas.

    C'est la recette idéale pour servir le pouvoir et l'élite.

    "Le rôle essentiel des journalistes est de rapporter fidèlement, d'analyser et de commenter le cas échéant les faits qui permettent à leurs concitoyens de mieux connaître et de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent."(FPJQ)

    Ici on dissocie le citoyen du monde "dans lequel il vit" comme d'une admission à ce que ce monde n'est pas l'oeuvre culturelle du citoyen mais qu'il lui est imposé et doit lui être expliqué pour être compris et connu. Donc, c'est en même temps une admission que ce monde est l'oeuvre d'une élite distincte du citoyen et que c'elle-ci la comprend et la connaît. On vois ici l'absurdité de rechercher l'impartialité.

    "Les journalistes servent l'intérêt public et non des intérêts personnels ou particuliers."(FPJQ)

    Encore une fois, c'est l'abstraction de la culture en tant qu'"intérêt public". Un public inculte et sans identité, complètement passif. Pourtant, le journal et ses journalistes projettent une culture identitaire bien précise afin de cibler sa clientelle qu'elle s'engage à servir les intérêts. Le Devoir est un journal francophone, québécois, qui ne sert pas les intérêts du public en République Dominicaine ou en Chine. The Gazette ne sert pas les intérêts du public québécois francophone.

    Le problème des médias québécois francophones est qu'ils ne servent pas les intérêts du public culturel dont ils se représentent. Cette déontologie contradictoire n'est qu'un pratique faux-fuyant sous couvert de morale ethique.

  • L'ex-Canard
    Inscrit
    lundi 24 novembre 2008 11h03
    Evolution de la profession
    La profession n'a pas évolué selon les moyens de communication&technologie dont nous disposons aujourd'hui. Elle en pait donc les conséquences, i.e. le blues. C'est le cas aussi d'une multitude de "professions". Je doute fort qu'un ordre professionnel ou un code de déontologie soit une solution. Suggérer que ca le soit empirerait-il plutôt la situation?

  • Jean-Serge Baribeau
    Abonné
    lundi 24 novembre 2008 15h04
    Maudite pub, maudite propagande, maudite COM' !
    Intéressant et révélateur est le texte de Martin Cauchon, intitulé «MÉDIAS-le blues du journaliste». Le même jour, Jean-Claude Leclerc présente lui aussi une intéressante réflexion-analyse sur les médias et sur le métier de journaliste. En fait, dans le contexte actuel il n'est guère facile de bien discerner ce qui fait que l'un est un journaliste et l'autre pas.

    JE ME PERMETS DONC DE PRÉSENTER, DANS CE BLOGUE, LE TEXTE QUE J'AI PROPOSÉ DANS MON COMMENTAIRE SUR LE TEXTE DE LECLERC:

    *****Jean-Claude Leclerc (tout comme Martin Cauchon dans un autre article) présente une perspicace analyse susceptible d'expliquer certains des errements des médias. À certains égards l'analyse de Leclerc se rapproche de celle du fameux Noam Chomsky qui, lui aussi, présente la publicité et l'emprise de la publicité comme constituant des facteurs susceptibles de provoquer le silence et la distorsion chez bien des journalistes. Il y a aussi l'idée de savoir à qui appartiennent les médias. Il y a aussi plusieurs facteurs parmi lesquels nous retrouvons l'attitude de certains journalistes qui, souvent paresseux, se fient à la documentation officielle des entreprises et institutions, ce qui ouvre la porte à des données tronquées et distordues, à des analyses partiales et partielles.

    En ce qui me concerne j'ai enseigné, pendant plus de vingt ans, la sociologie des communications. Et c'est l'engouement pour cette vague entité appelée LA COM' qui, dans une large mesure, explique bien des errements. Savoir communiquer, c'est bien et c'est nécessaire. Mais je ne communique pas de la même manière si je suis dans la publicité, dans la propagande, dans les relations publiques ou dans le journalisme, pour ne prendre que ces exemples. Il ne faut pas oublier que publicité et propagande, c'est, à peu de choses près, la même chose. Mais informer en déployant de nombreux efforts exigeants pour maintenir de la rigueur, de l'éthique et de l'intégrité, c'est là une toute autre paire de manches.

    Alain Rey a bien défini cette situation lorsque, dans un livre intitulé LEXI-COM', il a écrit: «Quant à la communication, en devenant massive, grossière, brutale, propagandiste, tyrannique, organisée, instrumentalisée, elle est devenue la com'». Rey parle aussi des «deux rhétoriques qui gouvernent les peuples: publicité et propagande».

    Je termine en remerciant Jean-Claude Leclerc qui, somme toute, nous rappelle l'importance d'une presse indépendante, d'une presse qui ne soit pas soumise aux commanditaires ou aux propriétaires capitalistes, souvent avides de sensationnalisme et de profits rapides (et non mérités).

    Et je souligne que, quant à moi, je me méfie systématiquement de la com'. Enseigner la sociologie des médias a développé chez moi cette prudence essentielle!*****

    JSB, sociologue des médias

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    lundi 24 novembre 2008 23h37
    Bravo! pour la volonté d'amélioration.
    Contrairement à d'autres lecteurs je trouves assez facile à distinguer le bon journaliste parce qu'il a un sujet qui mérite une couverture, du recul, de la rigueur, un esprit critique basé sur du raisonnement et non sur l'émotion, présente des faits, de la recherche et a l'humilité de laisser le lecteur ou l'auditeur réfléchir en prétendant avoir fait le tour au mieux de sa connaissance.
    Par contre je suis d'accord sur ce point : «
    Pour les membres de JPJQ il faudrait deux types de journalistes un qui reçoit une accréditation officielle pour le respect du code de déontologie et les autres soit en devenir ou acceptant différents contrats ou intervention de ses propres visions d'une situation aucunement documenter. Le plus important est le contact avec la population et même sa participation. Vous avez l'art des mots pour exprimer ou répondre aux questionnements des lecteurs. Prendre le temps de trouver un moyen pour une collaboration avec le public qui ne demande pas mieux. En échange comment le public peut vous aidez à renverser la vapeur vis-à-vis les propriétaires des médias. Le public veut des journalistes crédibles et non des guidounnes qui un instant se dit journaliste un instant comme vedette et un instant comme propagandistes un instant comme lobbyiste etc.
    En plus des contraintes au Québec il nous manque des médias à notre image pour les francophones. Même les journaux gratuits ne reflète plus cette indépendance.
    Nous avons le Devoir journal indépendant francophone pour intellos. Des lettres ouvertes provenant encore d'une classe qui parle tous les jours groupe de pression, syndicats, élus ou conseiller politique etc. Le vrai monde, le vrai chercheur, le vrai scientifique, le vrai fonctionnaire qui sont compétents dans des dossiers et qui sont condamnés au silence souvent.
    Certains d'entre-vous avez perdu toute crédibilité à mes yeux pour avoir traité inhumainement André Boisclair (opinion non pour le parti), relève des pires bassesses jamais vue et je vois encore vos faces ou j'entends encore vos voix. Jamais je ne l'oublierai

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