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Création littéraire - Une tradition profondément ancrée

Martine Letarte   22 novembre 2008  Médias
En cette ère dominée par la dictature du profit, les revues littéraires qui rejoignent un public très ciblé n'ont pas toujours la vie facile. On s'en doute bien. Or certaines existent depuis quelques décennies et sont bien ancrées dans le paysage littéraire du Québec.

Cinquante-quatre ans. C'est l'âge vénérable de la doyenne des revues littéraires québécoises, Les Écrits. Le secret de sa longévité?

«Les Écrits est une revue libre qui publie des textes sans tenir compte de l'âge des auteurs, de leur expérience, de leur orientation idéologique ou des thèmes qu'ils abordent. Nous publions des poèmes, des essais, des nouvelles et des extraits de roman, mais pas de comptes rendus ni de chroniques», affirme Naïm Kattan, directeur de la revue et collaborateur du Devoir depuis plus de 50 ans.

Ce type d'ouverture semble aussi bien réussir à Liberté, qui fêtera son 50e anniversaire l'an prochain. «Bien que nous aimions bien demander à des écrivains de tout genre de se pencher sur des questions politiques et sociales qui touchent le Québec pour rédiger des essais, nous sommes aussi ouverts aux autres genres de création. Nous publions donc de la poésie, des nouvelles, des extraits de roman ou des pièces de théâtre», explique Pierre Lefebvre, son rédacteur en chef. La revue a aussi la spécificité de publier des textes de gens qui ne baignent pas directement dans le monde de la littérature, mais qui sont près, d'une certaine façon, du milieu des lettres. On pense par exemple à des hommes de théâtre et de cinéma.

Si ses numéros sont tous thématiques, Moebius publie aussi différents types de textes et ne s'identifie pas à une idéologie particulière. «Nous voulons publier de bons textes, pas nécessairement des noms connus. Nous encourageons l'enthousiasme des gens, la passion, la curiosité», affirme Robert Giroux, directeur de la revue, qui n'en est pas non plus à ses premières armes. Elle a en fait été fondée en 1977.

Sans thème

Quelques années plus tard, au milieu des années 80, une revue littéraire a vu le jour sur la rive nord de Montréal, à Laval. Fondée par la Société littéraire de Laval, Brèves est une revue non thématique qui publie différents genres de textes écrits par ses membres et d'autres collaborateurs.

«C'est évident que nous sommes très proches de nos membres qui sont de vrais amoureux de littérature, mais, tout de même, nous n'avons pas l'esprit de chapelle. Lorsque nous recevons un bon texte, nous trouvons toujours le moyen de le publier», précise Patrick Coppens, président et fondateur de la revue qui a pour mission de contribuer à l'animation de la vie culturelle de Laval.

Ces publications éclectiques qui ne datent pas d'hier laissent toutefois de la place pour de nouveaux venus. Par exemple, la revue Jet d'encre, fondée en 2002 à l'Université de Sherbrooke, a su faire sa place dans ce petit marché.

«Nous publions tous les genres littéraires, que ce soit de la poésie, de la nouvelle, des essais. En fait, ce qui nous intéresse surtout, c'est la forme du texte plutôt que le débat d'idées ou la prise de positions. Nous cherchons des voix singulières qui sont bien ancrées dans l'époque contemporaine», affirme Jean-Sébastien Huot, membre du comité de lecture de Jet d'encre.

Cette recherche de l'innovation se retrouve aussi dans l'aspect visuel de la revue, qui surprend au départ par sa forme trapézoïdale. «Depuis le début, nous avons le même graphiste audacieux et nous trouvons ça important de nous démarquer des autres aussi par la présentation visuelle», ajoute M. Huot.

Inscrire le Québec dans la francophonie

Si le Québec a parfois la réputation d'être davantage intéressé par les réalisations de ses citoyens plutôt que par celles des autres, ça ne semble pas être le cas des revues littéraires. Évidemment, pour des questions de subventions, elles doivent publier une bonne part de contenu québécois et canadien, mais chacune d'elles publie aussi des textes d'auteurs étrangers.

La revue Les Écrits publie environ 20 % de contenu étranger provenant de la francophonie. «C'est très important pour nous d'inscrire la littérature québécoise dans l'universalité francophone. Pas pour nous comparer, mais pour en être un joueur», affirme M. Kattan.

D'ailleurs, le rédacteur en chef de Liberté aimerait publier davantage de textes d'auteurs étrangers et il déplore les exigences de contenu canadien et québécois des différents paliers gouvernementaux. «Cette règle de contenu avait son utilité dans les années 60, lorsqu'il se publiait très peu de choses québécoises, mais je crois que nous avons maintenant atteint une certaine maturité au Québec qui nous permet maintenant de dialoguer avec les écrivains étrangers, de tisser des liens avec eux, de nous ouvrir et même d'aller chercher chez eux un regard extérieur sur nos problématiques québécoises.»

***

Collaboratrice du Devoir






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