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Médias - Tous ensemble sur le Web !

Paul Cauchon   17 novembre 2008  Médias
Il arrive que des étudiants me demandent quels sont les plus importants changements à s'être produits dans le journalisme depuis 25 ans. Je réponds toujours la même chose: l'information continue à la télévision et Internet.

Je sens qu'il faudra bientôt raffiner la réponse et ajouter le développement du multimédia. Ou, si vous voulez, le déplacement du contenu sur les multiplateformes. Qui seront vraiment au coeur de plusieurs enjeux journalistiques dans les prochains mois. Et qui seront fort discutées lors du congrès annuel de la Fédération des journalistes professionnels du Québec (FPJQ), qui se tiendra dans trois semaines à Québec.

On en voit une illustration frappante avec l'entente signée au printemps entre les syndicats de La Presse et leur employeur.

L'article 1 de cette entente dit ceci: «Les parties reconnaissent que les employés du service de la rédaction de La Presse Ltée ne travaillent plus exclusivement pour la publication de l'information sous forme de papier traditionnel, mais aussi pour la publication de l'information sur toutes les nouvelles plateformes technologiques de l'information de La Presse Ltée et Cyberpresse inc.»

Sauf erreur, c'est la première fois qu'on lit une telle déclaration d'intention chez un journal québécois. Cette entente a nécessité des mois de difficiles négociations. Elle contient différentes balises (par exemple, le fait que les vidéos tournées lors d'une couverture journalistique et destinées au site Internet devront être faites par les photographes et non par les rédacteurs). On attend de voir comment elle sera appliquée concrètement, et elle rencontrera sûrement des problèmes. Mais elle existe.

Chaud sujet

La façon dont les journaux doivent accélérer le passage à Internet est un sujet chaud. Le Devoir, lui, remporte un grand succès de vente sur Internet, en offrant le contenu du journal à des abonnés payants, mais des débats ont actuellement lieu chez nous sur les orientations à donner au site Internet. Ce sont les mêmes débats qui se tiennent partout, dans tous les journaux: se lancer dans l'information continue? Offrir du multimédia? Offrir plus d'interactivité aux lecteurs? Mettre en ligne de grands dossiers approfondis? Créer des espaces-citoyens? Des podcasts? Des blogues? Bref, vous voyez le genre.

Chez d'autres journaux, les débats sont pas mal plus houleux. Les journalistes de The Gazette ont opté pour un vote de grève le 28 septembre et ils ont lancé des moyens de pression cet automne, dans le cadre de la négociation de leur convention collective. Au Journal de Montréal, les employés viennent de voter pour des moyens de pression alors que s'amorcent les négociations pour leur convention. Dans le cas de ces deux entreprises, le passage à l'univers Internet n'est pas le seul enjeu des discussions, mais c'est un enjeu incontournable, toujours en toile de fond.

Au Journal de Montréal, par exemple, l'entreprise cherche, selon le syndicat, à ouvrir toute grande la machine de la convergence, en permettant au journal d'utiliser le matériel qui provient des autres médias du groupe (TVA, les hebdos, etc.), et en permettant de mieux utiliser sur le site Internet Canoë tout ce qui provient des médias de l'empire. Le fait, pour un journaliste du journal, d'écrire aussi pour le site Internet est également en discussion.

Aux hebdos Transcontinental, où l'entreprise est également en plein virage Internet, les représentants syndicaux, également en négociation, faisaient valoir au début octobre qu'ils étaient «prêts à relever le défi Internet», mais à la condition que l'on ajoute des ressources matérielles et financières pour ce faire, et non en alourdissant la tâche des journalistes.

Une occasion de renouvellement

On n’entrera pas ici dans le détail des relations patronales-syndicales particulières à chaque média. Ce qui est important à retenir, c’est ceci : l’évolution actuelle des médias force les journaux à se «repenser» en terme de multimédia, et bon nombre de journalistes, qu’ils soient patrons, syndiqués ou pigistes, y voient une grande occasion de se renouveler et de relever de nouveaux défis fascinants. Mais beaucoup d’angoisses subsistent, réelles, pour différentes raisons: peur de l’inconnu, crainte de devenir du cheap labour qui alimenterait constamment des sites Web sans avoir le temps de réfléchir au contenu, sérieuses interrogations sur la façon de financer le journalisme de qualité sur le Web, crainte de voir des entreprises fermer parce qu’elles auront mal réussi ce passage délicat d’un journal 100 % papier à un journal papier et en ligne, et ainsi de suite.

Sans parler du contexte économique général, peu propice aux nouveaux investissements. La semaine dernière, l'empire CanWest annonçait la suppression de 560 emplois, soit 5 % de sa main-d'oeuvre, dont 360 de ces emplois dans les journaux du groupe. Mais CanWest prend la peine d'ajouter qu'il évitera les compressions dans les «médias en croissance», soit Internet, la téléphonie et les chaînes spécialisées!

Les journaux québécois regardent évidemment ce qui se passe ailleurs. L’annonce du Christian Science Monitor (CSM) en octobre a fait sensation, lorsque ce journal prestigieux au tirage limité annonçait qu’il abandonnait le papier en avril pour devenir totalement Internet. Dans un plaidoyer pour un contenu journalistique de haute qualité, l’éditrice du journal mentionne que «la méthode de livraison et le format sont secondaires».

Le CSM n’abandonne pas totalement le papier: sa rédaction devra maintenant produire un site Web constamment mis à jour, une édition numérique du journal envoyée par courriel tous les jours aux abonnés, et un magazine hebdomadaire qui, lui, sera imprimé sur papier.

Le CSM avait été précédé plus tôt dans l’année par le U.S. News & World Report, le magazine américain qui, après être passé d’hebdomadaire à bi-mensuel, annonçait qu’il entendait bientôt se concentrer uniquement sur le Web.

Sur Internet, les journaux ne font pas que suivre les lecteurs. Ils suivent également l'argent. Le programme du congrès de la FPJQ de décembre cite une étude sur les dépenses publicitaires par médias aux États-Unis, dont les chiffres sont stupéfiants: selon le Jack Myers Media Business Report, les dépenses publicitaires étaient de 21,1 % dans les journaux en 2006, de 19,4 % en 2007 et elles seraient de seulement 13,2 % en 2010. À l'inverse, la part des dépenses de l'industrie publicitaire sur Internet, qui était de 7,9 % en 2006, atteindrait 14,2 % en 2010. À méditer.
 
 
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  • Yvon Roy
    Abonnée
    lundi 17 novembre 2008 09h24
    bois
    L'avenir est certainement aux copeaux de bois avec messages en ce qui concerne les forestières...

  • Marc Langlais
    Inscrit
    lundi 17 novembre 2008 11h41
    Média sur Internet...
    Un autre effet pernicieux de la publication d'articles sur le net: on peut ajouter des petits compteurs de visite... Il pourrait devenir plus difficile de nier le désintérêt des lecteurs pour certains rédacteurs d'article.
    Encore un peu plus de pression dans notre monde "productif".

  • Pierre Allard
    Inscrit
    lundi 17 novembre 2008 14h35
    Taisez-vous ! On vous parle !
    Le mouvement de la population s'éloignant des médias et allant vers les blogues a un sens précis. La conversation ne doit plus être a sens unique. Vous n'écoutez pas ? On raccroche...

    Ce sont les blogues qui ont battu Harper au Québec et ils vont faire gagner de Charest ou de Marois celui qui va les mettre à profit.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/11/15


    htt

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