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Questions d'image - Guerre de clans, guerre de clics

Jean-Jacques Stréliski   3 novembre 2008  Médias
À quelques heures de l'élection la plus médiatisée de la planète, des centaines de millions d'Américains, et probablement quelques milliards d'autres humains, retiennent leur souffle. Demain, dans la soirée, nous saurons lequel, d'entre John McCain et Barack Obama, aura remporté le titanesque combat que représente l'élection à la présidence des États-Unis d'Amérique. Guerre des visions, guerre des idées et des valeurs, guerre des partis et des clans, mais bien évidemment guerre des images et des médias. Sans oublier désormais une autre guerre impitoyable: la guerre des clics.

Tout au long de la course à la Maison-Blanche, on aura pu constater combien les partis en lice ont usé — et parfois fort habilement — de cette nouvelle arme mise à leur disposition pour atteindre un électorat sans aucun doute plus jeune et moins consommateur de médias traditionnels. Ce qui frappe d'emblée en analysant le phénomène, c'est d'abord combien on a fait preuve d'ingéniosité pour utiliser toute la sophistication, à savoir toute la puissance du multimédia instantané déployée sur des terminaux de tout acabit, avec ou sans fil. Notons que tout le monde s'entend pour affirmer qu'à ce chapitre, le clan Obama aura été le plus prompt et le plus novateur dans l'utilisation de la nouvelle technologie et de ses multiples plateformes.

Sur le plan des contenus, la chose est saisissante. Internet est autant un langage qu'un média. Et pour s'en convaincre, il suffit de passer une heure ou deux devant son ordinateur à surfer sur la Toile pour savourer quelques petits bijoux de créativité et de pertinence. Vidéos publicitaires, clips, blogues, podcasts, jeux vidéo, tout a été mis en oeuvre pour que vous puissiez vivre cette course en totale interactivité et en parfaite cyberautarcie. C'est-à-dire seul, mais en lien avec la planète, les partis et les candidats eux-mêmes.

Un courriel reçu d'un ami m'a particulièrement interpellé. À quelques jours du scrutin, et devant l'urgence de faire sortir le vote, en particulier celui des plus jeunes — plus enclins traditionnellement à bouder les urnes —, il s'agit d'allier stratégie et efficacité. Pour ce faire, côté Obama, on n'a pas lésiné. On vient de réaliser et de diffuser un clip sur le Web, qui proclame la victoire de John McCain par une voix, une voix seulement: la vôtre. Donc, vous recevez d'un ami, un courriel — avec ce clip en pièce jointe — qui vous cite nommément, comme étant celui ou celle qui a fait échouer Obama et triompher McCain. Les télévisions du monde, à commencer par CNN, annoncent en effet, qu'elles viennent de découvrir le responsable, celui qui a fait changer le cours de l'histoire. Vous êtes soudain l'impie. De quoi se sentir mal! Vous y êtes taillé en pièces par les supporters d'Obama et louangé, bien entendu, par ceux de McCain, et même par George Bush. C'est extrêmement habile, mais surtout très convaincant pour inciter les gens à se déplacer le jour du vote. (Vous pourrez trouver facilement ce clip sur YouTube en tapant: Obama loses by one vote )

En deux jours, des centaines de milliers d'internautes l'avaient déjà visionné, sans compter les 11 millions d'autres qui ont fait suivre le courriel, en ayant pris soin de changer le nom du responsable de cet échec pour celui de leur destinataire.

Un autre message sur le Web a retenu toute mon attention. Et pas que la mienne, puisqu'en cinq jours, il a suscité trois millions de clics. Vous le trouverez également sur YouTube à la rubrique : Wassup 2008.

Peut-être vous souvenez-vous, si vous êtes amateur de Superbowl, de ce message publicitaire pour la bière Budweiser qui remporta en son temps toutes les faveurs du public et la plupart des concours publicitaires internationaux que compte la planète pub. On y découvrait une bande de copains, déconnant au téléphone en se lançant la célèbre tirade. Le «What's up» était devenu «wassup» et même «whazza» et «whazzabi». La saga dura des années et clamait l'authenticité de ce type de comportements très loufoques et donc très biéreux, des chums du monde entier. TRUE était la signature. La version 2008 de ce remake se veut tragico-comique. On y retrouve les mêmes copains, toujours au téléphone, mais cette fois, en proie aux pires affres de l'Amérique de George Bush. L'un, militaire appelle depuis l'Irak, un autre consulte sans conviction les offres d'emploi dans son journal confiant au passage qu'il est chômeur et qu'il a perdu sa maison, un troisième contemple les cours de la Bourse s'effondrer en lâchant au téléphone un cri de désespoir qui ressemble à s'y méprendre au célèbre Wassup, etc. La fin du message est similaire à celle de l'original, elle dédouane Budweiser de toute participation à cette initiative, mais signe de la même façon: TRUE... Change.

Change. Comme le slogan de toute la campagne de Barack Obama. Efficace, le Net. Très efficace.

Au terme de l'une des plus passionnantes courses à la Maison-Blanche de l'histoire, le monde connaîtra demain le nom du 44e président des États-Unis d'Amérique. À en croire les sondages, il sera noir, jeune, érudit, porteur de tous les espoirs et de tous les rêves. Officiellement élu, il fera parvenir à des millions d'internautes un courriel de remerciements. Ils cliqueront, une fois de plus. À l'évidence, ce président sera branché.

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