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Médias - Vedettariat, mélange des genres et opinions journalistiques

Paul Cauchon   22 septembre 2008  Médias
En pleine campagne électorale, on pourrait presque croire que l'ombudsman de Radio-Canada l'a fait exprès. Dans son rapport annuel publié la semaine dernière, Julie Miville-Dechêne s'élève contre la tendance chez les journalistes en général à confondre information et opinion.

L'information à Radio-Canada doit être fidèle à ses trois principes de base, rappelle-t-elle: exactitude, intégrité et équité.

Les journalistes de Radio-Canada ont-ils violé ces principes? Julie Miville-Dechêne ne l'affirme pas ouvertement. Mais elle a quand même estimé qu'à quelques occasions certaines interventions journalistiques s'apparentaient plus à de l'opinion qu'à de

l'information.

De façon générale, l'ombudsman remarque que, sur Internet, «où tout le monde y va de son blogue et de ses opinions, les normes éthiques sont diluées, voire ignorées».

Elle remarque aussi que pour répondre au défi posé par les blogues, les médias traditionnels n'hésitent pas à accorder de plus en plus d'importance à l'opinion. Elle affirme «qu'on a assisté à la multiplication des columnists, des chroniqueurs et autres "grandes gueules" dans les journaux de Gesca et de Quebecor ou dans les radios parlées». Il existe une «véritable mise en marché des journalistes qu'on tente de transformer en vedettes», ajoute-t-elle.

Une évolution au goût du public

Ces commentaires traduisent la réalité mouvante du journalisme actuel. Et la présence de blogues plus ou moins personnels sur les sites Internet des médias brouille les cartes.

Mais c'est aussi une évolution qui correspond à un goût du public, dans un contexte où la profession de journaliste n'est pas toujours très bien cotée et où les médias traditionnels peinent à renouveler leur public.

Dans son rapport, l'ombudsman fait état d'une plainte précise reçue d'un candidat de Québec solidaire, qui critiquait le passage de Bernard Derome à Tout le monde en parle.

Dans une atmosphère évidemment plus conviviale que le téléjournal, et interrogé sur le sujet par Guy A. Lepage, Bernard Derome avait indiqué que Bernard Drainville «va aller loin en politique».

Le plaignant estimait qu'il s'agissait là d'un commentaire partisan. L'ombudsman a dit non, mais elle a retenu la plainte en partie, parce que le commentaire du chef d'antenne «relevait de l'intuition, de l'opinion; il s'agissait d'une prédiction non vérifiable», dit-elle, et cela allait à l'encontre des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

L'opinion de l'ombudsman me laisse perplexe. Car enfin, veut-on que les journalistes de Radio-Canada soient complètement constipés? Bernard Derome n'a encouragé personne à voter pour Drainville.

Mais Julie Miville-Dechêne met ici le doigt sur une contradiction. Car elle invite la direction de Radio-Canada «à faire preuve de prudence quand elle dépêche des artisans dans des émissions où il y a un mélange des genres».

Ce que veut Radio-Canada?

Ici, il faudrait savoir ce que l'on veut. Radio-Canada est la première à jouer le jeu du vedettariat en mettant en valeur ses têtes d'affiche de l'information sur de grands panneaux publicitaires, en donnant leur nom à des titres d'émission de radio, en les faisant défiler à Bons baisers de France, justement pour mieux attirer le public et créer une identification avec ses journalistes.

Si l'on accepte cette façon de faire, il faut alors accepter que le journaliste puisse discuter plus librement. Si cette façon de procéder ne convient pas, Radio-Canada doit revoir ses campagnes de promotion!

On conviendra que la frontière à établir entre information et commentaire n'est pas toujours d'une clarté limpide. Prenons un autre exemple. Sur son site Internet, Radio-Canada propose des carnets écrits par une dizaine de journalistes, qui mettent en contexte des événements d'actualité.

La semaine dernière, dans un des carnets, Alain Gravel racontait comment les autorités responsables du pont Champlain à Montréal lui ont mis des bâtons dans les roues pour son reportage sur la dégradation du pont, et comment le ministre des Transports, Lawrence Cannon, a refusé de lui parler.

Constatant que tout le monde se renvoyait la balle, il écrit: «C'est à se demander si ce n'est pas une stratégie pour éviter au ministre Cannon d'être éclaboussé par ce dossier en pleine campagne électorale.»

L'ombudsman jugera-t-elle qu'il s'agit ici d'une opinion personnelle, d'un fait non prouvé? Je crois plutôt qu'il s'agit d'une mise en contexte et que le carnet permet justement au public de mieux montrer le processus de fabrication de l'information. Le public veut mieux savoir comment travaillent les journalistes. Si l'on crée un carnet, c'est pour permettre au journaliste de s'exprimer de façon plus libre, d'aller plus loin que l'information la plus neutre possible.

Il est quand même utile que l'ombudsman rappelle certaines règles, quitte à être trop puriste. On aimerait bien voir ce qui arriverait si TVA se dotait d'un ombudsman similaire, alors que la semaine dernière un chef d'antenne comme Pierre Bruneau n'hésitait pas à discuter joyeusement avec la chroniqueuse culturelle des nouveaux candidats d'Occupation double. Le genre d'information dont, vraiment, on n'a rien à cirer dans un téléjournal.

***

pcauchon@ledevoir.com






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  • Michel Samson
    Abonné
    lundi 22 septembre 2008 09h13
    D'abord informer, ensuite...
    « ...si la chose vous démange vraiment, opiner...

    Julie Miville-Deschesne, l'Ombudsman de la SRC, a parfaitement raison de rappeler cette règle incontournable de la pratique journalistique. Le journaliste respecte son lecteur, son auditeur ou son téléspectateur de même que son mandat lorsqu'il lui propose d'abord les faits entourant un événement, un sujet, tous les faits connus, en en vérifiant l'exactitude.

    Déjà choisir ces faits les dénature, ce qui impose la plus grande circonspection de la part d'un journaliste à reconstituer l'événement, le sujet : l'exigence en est une d'objectivité, de fidélité aux faits.

    Par la suite et si cela est vraiment nécessaire, on peut s'avancer dans le territoire de l'opinion, en identifiant bien ce véhicule distinct de la pratique journalistique qui sera toujours ultérieur à l'énoncé des faits. Évidemment ce territoire est plus prestigieux, plus flamboyant, plus "M'as-tu vu ?". Sauf que l'opinion sans les faits est un corps sans ossature, à la limite sans fondement apparent.

    Merci, Mme Miville-Deschènes, de rappeler ces prescriptions à vos journalistes radio-canadiens. De toute façon, ils et elles sont loin d'être les plus délinquants sous ce rapport. Le secteur privé de l'information mériterait de se faire rappeler quotidiennement ces règles . »

  • Jerome Letnu
    Inscrit
    lundi 22 septembre 2008 11h53
    Pendant du côté de la CBC...
    « Pendant ce temps, les journalistes du côté de la CBC peuvent s'en donner à coeur joie, en particulier lorsqu'il est question d'unité nationale.

    Sur ce point, les Anglos ont droit de véhiculer leurs opinions, d'aroser le sujet traité de sacarsmes et de sous-entendus, après n'avoir retenu des faits que des morceaux choisis.

    Les francos, eux, ne peuvent même pas dire, dans une émission de variété, qu'un des leurs a de l'avenir en politique.

    Chercher l'erreur. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 22 septembre 2008 11h57
    Et vlan pour Radio-Canada!
    « Bravo monsieur Cauchon pour ce texte que je partage, surtout quand il dénonce le vedettaria à la société. Mais j'estime qu'il faut aller plus loin en ce qui concerne la critique de cette institution. J'estime que Radio-Canada, par sa politique de vedettaria et de l'omniprésence des artistes dans sa programmation, applique l'Indirect rule en achetant l'allégence de son personnel et des élites qui y paradent car, en agissant ainsi (tout à l'artiste) l'on s'assure que ceux-ci ne mordront pas la main qui les nourri et qu'ils prennent toute la place enlevée à nos élites intellectuelles.

    Claude L'Heureux, Québec »

  • Lorraine Dubé
    Abonnée
    mardi 23 septembre 2008 02h24
    @ Jerôme Letnu
    « Lors d'un bulletin de nouvelles, nous désirons être informés des faits et non de l'opinion du journaliste. Nous sommes aptes à penser par nous-mêmes, pas besoin de nous expliquer la nouvelle comme dirait Mongrain! J'en ai assez de ceux qui sous-estiment notre intelligence. Messieurs Samson et Cauchon mentionnent l'absurdité de la plainte contre Bernard Derome et je suis en accord. Ce même plaignant n'aurait sans doute pas levé le petit doigt si monsieur Derome avait complimenté un candidat de son parti. Comme l'attitude des adversaires du Bloc Québécois présentement qui osent questionner sa pertinence, malgré qu'il soit élu légitimement et démocratiquement. Quel mépris pour la démocratie, pour leur électorat! Empêcher ceux qui ne pensent pas comme eux de s'exprimer! Pour ma part, je boycotte Radio-Canada en ce qui concerne les nouvelles. La couverture médiatique se fait de manière sélective, je l'ai constaté à maintes reprises lors d'évènements auquels j'avais assisté.
    Petite parenthèse qui s'éloigne du sujet, Monsieur Letnu, votre argument me fait penser que la société d'état offre à CBC une couverture du hockey des Canadiens alors que les francophones doivent payer, avoir le câble pour y accéder dans leur langue. »

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