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Charlie Hebdo de nouveau dans la tempête

Isabelle Porter   22 juillet 2008  Médias
Le directeur de l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, Philippe Val
Photo : Agence France-Presse
Le directeur de l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, Philippe Val
Québec — Il y a deux ans, le directeur de l'hebdomadaire français Charlie Hebdo, Philippe Val, plongeait dans la controverse après avoir publié les caricatures de Mahomet. Or le revoilà de nouveau dans la tourmente parce qu'on lui reproche d'avoir censuré puis licencié l'une de ses plus célèbres plumes.

Plongé dans l'une de ces violentes polémiques dont les Français avaient le secret jusqu'à l'arrivée de Paul McCartney en Amérique, Val dit qu'il ne commentera plus cette affaire. Si Le Devoir a pu lui en parler hier, c'est parce qu'une entrevue était déjà prévue en prévision de son passage, du 12 au 16 août, à l'université d'été de l'Institut du nouveau monde (INM).

L'affaire a éclaté à la suite de la publication, le 2 juillet, d'un texte de Siné sur les amours du jeune Jean Sarkozy avec Jessica Darty, l'héritière d'une chaîne de magasins d'électroménagers. «Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l'UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe! Il faut dire que le plaignant est arabe!», écrivait le caricaturiste. «Ce n'est pas tout: il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit!»

Pour Val, ces propos respiraient l'antisémitisme. «Le propos était insupportable. Il fallait que Siné lève l'ambiguïté, il a refusé de le faire et je lui ai dit "Tu ne travailles plus à Charlie". Chez nous, c'est l'affaire Dreyfus qui se répète toujours, avec d'un côté cette gauche antisémite qui, au nom de la lutte des classes, ne défend pas le juif quand il est attaqué parce qu'il est riche», lance-t-il.

Il ne voit pas en outre de contradiction entre cette affaire et sa position dans le dossier des caricatures de Mahomet. «Cette caricature s'attaque à l'islam en tant qu'idéologie fondamentaliste et qui, de surcroît, sert de discours justificatif à des terroristes. Ça n'a rien à voir avec le fait de dire du mal des musulmans.» Rappelons qu'à l'époque Charlie Hebdo avait publié les dessins danois qui avaient fait scandale dans tout le monde musulman. Il avait en prime publié en une un dessin de son cru sur lequel on voyait Mahomet en pleurs déclarant «C'est dur d'être aimé par des cons!».

Une affaire qui a pris tant d'ampleur qu'elle a plongé le journal dans un long procès. Un compte rendu des audiences fera même l'objet d'un nouveau livre, dont la parution chez Grasset est prévue cet automne.

Apologie du doute et de la discussion

Fondée ou pas, sa décision divise beaucoup et une pétition en appui au dessinateur a récolté près de 2000 signatures, dont celles de Philippe Geluck, des dessinateurs Willem, Pétillon et Pichon ainsi que du philosophe Michel Onfray. Dans une lettre transmise à l'AFP, l'humoriste Guy Bedos accuse Philippe Val d'être à l'hebdomadaire «ce que Sarkozy est à la France».

Siné, lui, soutient tout simplement que Val et ceux qui pensent comme lui sont «tous des tarés» et que son intervention n'avait rien à voir avec l'antisémitisme. Il accuse même Val de l'avoir écarté pour des motifs n'ayant rien à voir avec cette affaire, soit son soutien à un journaliste qui a fouillé le dossier de blanchiment d'argent Clearstream. Il ne manque pas depuis de rappeler que l'avocat qui représente Charlie Hebdo dans l'affaire des caricatures de Mahomet est le même qui représente les intérêts de Clearstream.

Des allégations que Val s'empresse de ridiculiser: «La presse est aujourd'hui dans un tel état qu'elle a laissé la porte ouverte à toutes les théories de complot. Comme quoi je me serais rangé dans l'affaire Clearstream ou que je serais aux ordres du président! Ce qui est aberrant! Je suis sans doute l'éditorialiste en France qui a fait les textes les plus violents sur Sarkozy, mais jamais à ce niveau-là.»

Auteur de plusieurs ouvrages dont le dernier — plus philosophique — s'intitule Traité de savoir-survivre par temps obscurs, Philippe Val situe la crise actuelle dans un contexte beaucoup plus large. «Je pense que le conflit israélo-palestinien s'est exporté avec une grande violence un peu partout. [...] Le fait de vouloir séduire l'électorat d'origine musulmane a rendu encore plus dynamiques les prises de position en faveur des Palestiniens. L'antisionisme s'est transformé en antisémitisme au sein d'une certaine gauche.» Un phénomène bien illustré, croit-il, par la décision de Dieudonné de faire de Jean-Marie Le Pen le parrain de son enfant.

Fait intéressant, ce chroniqueur réputé pour ses coups de gueule déplore le déclin de l'information au profit de l'opinion. «Le problème, bien souvent, c'est que l'opinion remplace l'information. [...] Même si elle vient en contradiction avec nos pensées, l'information doit toujours être prise en compte. Il faudrait pouvoir dire aux gens: "Vous ne venez pas pour écouter quelque chose qui va vous convaincre de ce que vous savez déjà, mais vous participez à la discussion pour être modifié".» C'est d'ailleurs ce qu'il attend d'événements comme l'école d'été de l'INM, soit une rencontre où les gens sont prêts à mettre leurs certitudes dans la balance. Quand on lui demande de donner l'exemple d'une question sur laquelle il a changé de position, il répond qu'en général, quand il fait un édito, c'est qu'il a «changé de position sur quelque chose». Et de donner en exemple un édito récent sur le thème de la politesse. «On peut penser d'abord que la politesse, c'est surtout une question de conformisme, un carcan dans la société, etc. Et après, on se rend compte que c'est peut-être ce qui ménage un espace de débat pour se toucher les uns les autres. C'est le temps qu'on met à entendre l'autre. C'est le moment où on prête à l'autre l'intelligence qu'on a soi-même.» Et d'ajouter que «c'est très facile de se convertir à une religion ou à une secte. La conversion la plus difficile, c'est celle de se convertir à la réalité.»

Quand on lui demande quelle question il aimerait qu'on lui pose en guise de conclusion, Val nous laisse avec cette réponse qui n'en est pas une: «Je ne sais pas quelle question manque, mais ce que je peux dire, c'est qu'il manque toujours une question parce que, finalement, la question, c'est le mouvement même de la pensée, et la réponse, au fond, on s'en fout un peu. [...] Ce mouvement qui nous pousse à vouloir comprendre et savoir, il est beaucoup plus important que la satisfaction d'être dépositaire d'une opinion.»






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  • Dominic Pageau
    Abonné
    mardi 22 juillet 2008 01h46
    Les raccourcis idéologiques des sionismes.
    « Ce monsieur démontre très bien que toutes allusions aux juifs ou à la juiverie est proscrite et que toutes critiques d'Israel devrait aussi l'être.

    La liberté d'expression en France?

    On peut voir le double standard d'Ardisson ici

    http://www.dailymotion.com/video/x3khwj_liberte-dexpression-ditesvous_politics »

  • Olivier Grau
    Abonné
    mardi 22 juillet 2008 09h17
    La nouvelle chasse aux sorcières
    « Il faut lire le délire du "philosophe" autoproclamé BHL dans Le Monde hier et heureusement, la réaction quasi unanime des lecteurs, qui ne cèdent plus au rouleau compresseur de la propagande sioniste, qui après l'Amérque, pervertit tout discous en France aujourd'hui. Casser de l'Arabe, no problem, mais égratigner un criminel de geurre sioniste, c'est tabou! »

  • Aziz Djaout
    Inscrit
    mardi 22 juillet 2008 09h19
    Deux poids deux mesures !
    « Quoi qu'il puisse dire, les évènements viennent de confirmer (encore une fois) la règle qui régit le rapport d'un certain journalisme occidental à la liberté d'expression.

    On peut bien tenir des propos islamophobes et offonser un milliard de musulmans de par le monde : ce n'est que la liberté d'expression.

    Mais touche pas à Sarko et à sa famille; ils sont trop riches et puissants pour se les mettre à dos.

    Bravo à Val et à Hebdo pour leur "deux poids deux mesures". On s'attendait pas à moins de leur part.

    Aziz »

  • Aziz Djaout
    Inscrit
    mardi 22 juillet 2008 09h42
    Un texte qui présente (et analyse) le discours de Val !
    « Pour mieux connaître jusqu'à quel point rien n'étonne dans cette affaire...

    http://lmsi.net/spip.php?article668

    Aziz »

  • Rino St-Amand
    Inscrit
    mardi 22 juillet 2008 09h55
    Proposition d'une question
    « Est-ce que le concept de la liberté d'expression, valeur si chérie par l'occident, est un concept défendable sur le plan philosophique? Ce qui m'amène à poser cette question, c'est que de façon récurrente, on se scandalise de voir des gens en faire usage d'une façon qui dépasserait les limites de l'acceptable. D'un côté, on aime s'enorgueillir de notre supposée absence de contrainte à l'expression de chacun, de l'autre, on déplore que certains ne sachent pas s'auto restreindre pour exprimer leurs opinions.

    Cette idée de marier « expression » et « liberté » pour en faire un concept, ne serait-elle pas avant tout motivée, inconsciemment, par notre volonté de marquer notre désaccord envers la répression et le control de l'opinion politique dans plusieurs pays dictatoriaux, tels que la Chine, l'Iran, Cuba, pour ne nommer que ceux-là?

    Liberté et civilisation

    L'homme s'est extirpé de l'animalité et de la loi de la jungle en se donnant la civilisation. Pour passer de la loi de la jungle à la civilisation, l'homme a dû s'auto discipliner en mettant certaines balises à ses libertés, afin de rendre la vie communautaire moins périlleuse. S'il accepte de grever sa pleine liberté avec un certain nombre d'interdits (homicide, vol, fraude, etc.), c'est avant tout par souci de se prémunir contre les comportements les plus préjudiciables de ses semblables et ainsi créer les conditions nécessaires à une vie plus agréable. Sans ces balises, la civilisation s'effondrerait tout simplement, car la loi de la jungle ne tarderait pas à s'imposer et à nous ramener à l'animalité.

    Bien que la restriction de certaines libertés soit un mal nécessaire pour le mieux être d'une collectivité, pousser ces restrictions au-delà d'un certain point tend à diminuer la qualité de vie individuelle et/ou collective. Cependant, une liberté consentie par une majorité de la population d'une collectivité donnée, peut parfois s'avérer très préjudiciable pour certains individus. On n'a qu'à penser à la persécution des juifs en Allemagne nazie. Ou encore, pour prendre un exemple plus anodin mais bien de chez-nous, qu'on songe au Québécois d'origine Terre-neuvienne qui a dû encaisser toutes ces histoires de newfies, il y a quelques années. Comme en font foi ces deux exemples, il faut admettre que la volonté de la majorité ne saurait être à tout coup un guide absolument infaillible pour tendre vers une civilité optimale.

    Les libertés répressibles et irrépressibles de l'homme

    L'homme est un être pensant et agissant. Fondamentalement, il ne peut rien faire d'autre que penser et agir! Mais en général, il fait les deux en même temps. Pour exprimer ses pensées, par exemple, il doit activer ses lèvres et cordes vocales (pour parler), ou activer ses doigts (pour écrire). Or, aucune contrainte ne saurait empêcher l'homme de penser. On peut, avec la torture par exemple, faire dire à un homme le contraire de ce qu'il pense, mais on ne peut le contraindre à lui faire penser le contraire de ce qu'il pense. Pour cette raison, les contraintes à la liberté n'ont de sens que si elles s'adressent à l'agir potentiel de l'homme. Comme mentionné plus haut, dans une société où l'on vise le mieux être de tous et chacun, on tendra donc à limiter les agissements producteurs de plus d'inconvénients que d'avantages dans le bilan des facteurs responsables de la qualité de vie en général, et de chaque individu en particulier.

    Pour revenir au concept de la liberté d'expression, il convient de préciser que là où le bât blesse, c'est que ce concept implique à la fois la pensée (l'opinion) et l'action. Et comme nous l'avons vu, il est impossible de laisser libre cours à toutes les actions potentielles de l'homme sans fragiliser la civilisation.

    Illustrons à l'aide d'un exemple. Supposons que je déteste souverainement Jacques B. Que faire? Je peux me limiter à me regarder dans le miroir tout en disant à haute voix : « Le monde ne se porterait que mieux si Jacques B. était fusillé ». Je peux aussi prendre le téléphone, composer le numéro de Jacques B. et lui transmettre cette même affirmation de vive voix. Je peux également profiter d'une émission de ligne ouverte pour exprimer la même opinion, tout en prenant soin de bien identifier la personne visée par ma haine. Mais si je suis le moindrement ambitieux, je peux bien sûr acheter de l'espace publicitaire dans les médias pour ainsi diffuser mon vilain message. Mais comme je suis une brute qui ne sait trop quoi faire de ses millions et de son temps, j'achète un magazine populaire, j'y introduis une chronique hebdomadaire intitulée Mille raisons pour détester Jacques B., dans laquelle j'invite les gens à s'inscrire, via un site Internet, dans le club des gens qui détestent Jacques B. Une seule pensée, cinq façons d'agir pour l'exprimer. Il est clair que ces cinq modes d'action ne sont pas équivalents. Nous sommes passé d'un geste insignifiant à une action d'envergure qui consiste en une propagande bien structurée. On peut s'imaginer que face à une telle propagande, Jacques B. devra être bien solide pour ne pas céder au suicide.

    Heureusement, nous ne vivons pas dans une société qui permettrait à quiconque une action aussi vicieuse et mal intentionnée. Mais curieusement, nous avons la sacro-sainte formule de la liberté d'expression qui incite les gens à aller dans cette direction. Et on y va de plus en plus, afin de se prévaloir de cette liberté qu'on défend et porte avec fierté. Nous n'avons qu'à écouter certaines radios et lire certaines chroniques dans les revues et journaux pour le constater.

    Pour revenir à plus de civilité, il serait d'abord souhaitable d'arrêter de se leurrer avec ce concept pompeux de la liberté d'expression, qui ne fait que donner une image hypertrophiée de nos véritables valeurs collectives. Il est faux de laisser croire que tous les moyens sont admissibles pour faire valoir n'importe quelle opinion. Nous tenons à notre liberté d'exprimer nos opinions politiques, notre droit de remettre en cause l'objectivité de certains historiens, de critiquer les valeurs véhiculées par nos institutions, ainsi que la façon dont les individus à l'intérieur de celles-ci s'acquittent de leurs mandats, mais qui demande à ce que la place publique devienne une foire d'empoigne, mettant en scène des individus en mal d'abattre celui, celle ou ceux en qui il ne peut se reconnaître? Je ne crois pas qu'ils soient nombreux, mais le malheur c'est que la plupart d'entre eux sont déjà à l'oeuvre sur cette place publique, souvent encouragés par leurs patrons qui croient que tout peut être sujet à exploitation.

    Puisque toutes libertés existent tant qu'il n'y a pas de mécanisme pour les contraindre, il serait plus approprié de mettre l'accent sur ces contraintes que nous jugeons nécessaires pour que nos comportements s'ajustent à nos valeurs, plutôt que de brandir le fanion de la liberté d'expression pour épater d'autres peuples, au détriment de notre propre cohésion sociale. Enfin, pour éviter que la place publique redevienne l'arène des combats de coqs, il incombe à leurs gardiens d'en contrôler l'utilisation. Ces gardiens sont en très grande partie ces gens qui oeuvrent dans les médias de communication et qui ont pour fonction de contrôler la qualité du produit. À défaut de s'acquitter raisonnablement de cette tâche, l'organisme chargé de réglementer ces organisations ne devrait pas hésiter à sévir. »

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mardi 22 juillet 2008 11h07
    il faut dire mais il ne faut pas dire...
    « Tous les juifs ne sont pas sionistes (Jewish Fellowship for Peace qui milite pour un Etat bi-national, entre autres.) et les sionistes ne sont pas tous des fondamentalistes d'extreme-droite... M.Pageau, vous devriez bannir le terme "juiverie" de votre vocabulaire car Ca, c'est de l'antisemitisme "crasse". »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    mardi 22 juillet 2008 12h12
    Liberté . Égalité . Fraternité
    « Il y en a qui sont plus libres que d'autres.
    Il y en a qui sont plus égaux que d'autres.

    Ils ne méritent pas la Fraternité. »

  • Louis Desrosiers
    Inscrit
    mardi 22 juillet 2008 16h24
    Laisser le fait divers et réfléchir à la conclusion
    « Le dernier paragraphe avance quelque chose de bigrement intéressant et c'est beaucoup plus important que le sujet porté par le titre de l'article. »

  • Dominic Pageau
    Abonné
    mardi 22 juillet 2008 17h10
    Vous avez raison madame Paulette sur toute la ligne
    « Ce n'est pas tous les juifs qui sont sionistes, ce ne sont pas tous les sionistes qui sont juifs, l'exemple le plus flagrant c'est la droite chrétienne américaine qui est en grande partie sioniste et la juiverie est désormais à connotation péjorative depuis le régime de Vichy.

    Je voulais l'utiliser pour faire référence aux affaire en lien avec le peuple et la religion juive. »

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