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Colère dans la presse après la perquisition à Auto Plus

N/A ZZZN/A   17 juillet 2008  Médias
Paris — La perquisition au siège parisien du magazine spécialisé Auto Plus et la garde à vue d'un de ses reporters ont suscité hier de vives protestations et relancé le débat sur la protection des sources journalistiques.

L'instruction judiciaire a été ouverte en août 2007 après une plainte contre «X» du constructeur automobile Renault, qui réagissait selon la société à la publication à l'été 2007 de photos et d'informations sur un projet de Twingo censé être commercialisé trois ans plus tard.

La police judiciaire de Versailles a saisi des disques durs d'ordinateurs, des documents, des photos, copié des courriers électroniques lors de la perquisition, qui a duré huit heures et demie mardi au siège de l'hebdomadaire. Après sa garde à vue à la police judiciaire, prolongée hier et qui devrait durer jusqu'à ce matin, le reporter Bruno Thomas, arrêté chez lui mardi peu après 6h du matin, devrait être présenté à un juge d'instruction en vue de sa mise en examen.

Un employé de Renault, qui serait sa source, a été mis en examen la semaine dernière, selon RTL.

«En accédant aux ordinateurs de nos journalistes, ils accèdent à toutes nos sources, ça pose un vrai problème pour notre façon de travailler de manière indépendante et non liée aux constructeurs. Il faut savoir ce qu'on veut comme presse», a dit à Reuters Laurent Chiapello, directeur de la rédaction d'Auto Plus.

«Les intérêts commerciaux de Renault ne nous paraissent pas relever de l'intérêt public, la liberté d'informer et d'être informé, si», a déclaré le syndicat FO des journalistes.

Reporters sans frontières (RSF) a demandé la remise en liberté immédiate du reporter et la restitution du matériel saisi. «La protection du secret des sources journalistiques est l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse. Une fois encore, ce principe est violé», souligne l'organisation.

Le député-maire Vert de Bègles, Noël Mamère, a vivement protesté contre la perquisition, qui démontre selon lui l'«inutilité» de la loi votée le 15 mai sur la protection du secret des sources des journalistes.

«Jusqu'où seraient allés les policiers sans la nouvelle loi?», s'est-il interrogé devant la presse, remerciant avec ironie la garde des Sceaux, «Mme Dati».

«Quand on parle de protection renforcée, et d'impératif prépondérant d'intérêt public, il ne faut pas oublier que l'on se trouve dans le contexte de la nouvelle république bananière mise en place progressivement par notre cher président», a-t-il dit à propos de Nicolas Sarkozy.

Lagarde soutient l'action judiciaire

Un porte-parole de Renault a précisé que la plainte du constructeur ne visait pas un article publié en 2007 sur le modèle de Mégane qui sera présenté en septembre prochain, mais des informations sur un projet de véhicule à plus long terme, ce qui serait «inhabituel» et irait «trop loin». «Cela tue la création. Autant qu'on donne nos modèles aux journaux et aux concurrents! Ça sert à quoi de faire la recherche? On met la clef sous la porte. L'idée n'est pas d'attaquer Auto Plus, mais de couper le tuyau qui alimente, de trouver la source chez nous», a dit ce porte-parole. Dans un communiqué, le constructeur souligne que «le secret industriel est un avantage concurrentiel que Renault se doit de protéger en tant qu'industriel responsable».

Tout en soulignant son intérêt pour la liberté de la presse, la ministre de l'Économie, Christine Lagarde, a estimé que les secrets des sociétés relevaient de l'intérêt public. «Le capital intellectuel généré par toutes les entreprises de France et qui permet le dépôt de brevets, de marques, d'inventions et leur protection, ça relève de l'intérêt collectif», a-t-elle dit hier.

La perquisition dans un organe de presse est un acte rare en France, la liberté de la presse étant protégée. En mai 2007, une perquisition avait échoué au Canard enchaîné. En décembre 2007, le journaliste Guillaume Dasquié a été placé en garde à vue et mis en examen pour avoir publié un document «secret-défense».

Un projet de loi, qui doit être examiné en deuxième lecture à la rentrée au Sénat, interdit en théorie toute perquisition dans une entreprise de presse ou au domicile d'un journaliste. Mais des exceptions sont prévues dans les cas d'«impératif prépondérant d'intérêt public», de crime ou délit grave, et si cela est absolument nécessaire à l'enquête.

***

Avec Claude Canellas à Bordeaux






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