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Internet - Les blogueurs russes défendent leur droit d'expression

15 juillet 2008  Médias
Moscou — Un blogueur russe condamné pour avoir insulté la police a défendu hier son droit d'expression en Russie, où Internet, dernier îlot de liberté, est devenu la cible du ministère de l'Intérieur, soucieux d'accroître le contrôle des sites «subversifs».

«Je ne pense pas que j'ai commis un crime», a déclaré, au cours d'une conférence de presse tenue à Moscou, Savva Terentiev, musicien de Syktyvkar, une ville située dans le nord du pays. Il a été condamné à un an de prison avec sursis après avoir écrit dans son blogue qu'il détestait les policiers, appelant à les brûler vifs «comme à Auschwitz».

Son avocat, Vladislav Kosnynev, a qualifié cette condamnation d'«illégale et infondée». Il a annoncé qu'il en a fait appel hier et se dit prêt à aller jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg, le cas échéant.

Savva Terentiev a reconnu que ses commentaires étaient «assez forts», sans pour autant vouloir revenir sur les termes qu'il avait utilisés.

La police en Russie a la réputation d'être très corrompue et la plupart des Russes disent ne pas lui faire confiance, selon des sondages.

Au procès, le procureur Lada Louzan a qualifié les déclarations de Savva Terentiev d'«acte d'extrémisme, puisque l'objet de l'incitation au crime était des individus exerçant des fonctions qui visent à protéger l'ordre et les lois».

«Personne n'a prouvé en justice que les commentaires [de Savva Terentiev] avaient été dangereux pour la société», a réagi hier Anton Nossik, blogueur et figure d'Internet russe.

Il a par ailleurs dénoncé comme «absurdes» les tentatives de la police de contrôler le Web.

Internet, un média?

Le ministre russe de l'Intérieur, Rachid Nourgaliev, a appelé vendredi les députés à modifier la loi sur les médias pour qu'il soit reconnu qu'Internet est un média, ce qui permettrait de sanctionner les internautes pour la publication d'informations «extrémistes».

«Aujourd'hui, la question de la responsabilité pénale pour incitation à l'extrémisme et au terrorisme dans le Web devient de plus en plus d'actualité», a-t-il déclaré, d'après le site du ministère.

Maria Gaïdar, militante du parti de droite SPS, qui s'est distinguée par une campagne contre le Kremlin extrêmement caustique, menée dans Internet avant les législatives de fin 2007, a également jugé «absurde» d'assimiler Internet et médias, ce qui équivaudrait, dit-elle, à «déclarer comme média de masse toutes sortes de moyens de communiquer, textos, etc.»

Interrogée par l'AFP, elle a cependant souligné que toute personne devait être responsable de ses dires, considérant que la condamnation de Savva Terentiev est «adéquate».

Pour Alexeï Simonov, du Fonds de défense de la Glasnost, la démarche du ministre Nourgaliev a pour but d'envoyer un signal aux blogueurs, qui jouissaient jusqu'à présent d'une «certaine liberté» dans un contexte de verrouillage du paysage audiovisuel et d'absence de toute discussion publique libre sur les sujets politiques.

«Dans la Russie actuelle, tout désaccord avec les autorités exprimé en termes forts peut être taxé d'extrémisme», déplore M. Simonov.

Le Parlement russe a définitivement adopté il y a un an des amendements à la législation sur «l'extrémisme», décriés comme un moyen d'entraver l'action de l'opposition avant l'élection présidentielle de mars 2008 en Russie.

Ces amendements ont introduit notamment dans le code pénal la notion de crimes et délits commis pour «des motifs de haine politique et idéologique», venant s'ajouter à ceux commis par haine raciale ou religieuse.

«C'est bête de considérer Internet comme un média, mais qui a dit que nos autorités sont incapables de faire des bêtises?», s'interroge ironiquement l'expert.
 
 
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