Journaliste, une espèce en voie de disparition
Les journalistes sont malmenés ces temps-ci au Québec. Tous ne réagissent pas de la même façon devant les difficultés que vit la profession. Il y a ceux que ça laisse complètement indifférents, car leurs salaires sont élevés, leurs plans de pension blindés et ils attendent tranquillement la retraite dorée qu'ils estiment avoir bien méritée. Et il y a les autres, ceux qui croient dur comme fer qu'ils sont un rouage important de la démocratie telle qu'on la connaît ici et qui estiment qu'ils ne peuvent plus remplir librement leur mission qui consiste, d'abord et avant tout, à bien informer le public.
Il est difficile d'émouvoir le public à notre époque, car il a fini par se désensibiliser pour survivre. Sollicité de toutes parts, ciblé par la publicité, le monde ordinaire n'a pas une vie qui ressemble à un jardin de roses. Pensez aux catastrophes qu'on nous annonce chaque jour, au prix de l'essence qui ne cesse de grimper, au prix du panier d'épicerie, à la difficulté qui correspond au fait d'élever des enfants de nos jours à travers le laisser-aller qui est souvent présenté comme une sorte de liberté, et vous aurez compris que la fermeture de la salle des nouvelles de TQS n'a fait pleurer personne. Et pourtant! La perte d'une source d'information, quelle qu'elle soit, est un deuil pour une société démocratique.
Surtout qu'au Québec, nous vivons en ce moment, dans le domaine de l'information, une situation qui est en train de tourner au cauchemar. Nous sommes témoins d'une sorte de guerre civile dans laquelle s'affrontent deux ennemis dont l'objectif est de détruire l'autre par n'importe quel moyen. Nous assistons, pratiquement impuissants, au combat farouche que se livrent Gesca et Quebecor pour le contrôle de l'information, toutes plateformes confondues. La Presse et Le Journal de Montréal mènent la lutte, mais la guerre n'épargne personne et elle atteint tout le territoire. Tout le Québec est touché.
Il y a quelques jours à peine, des journalistes du Soleil de Québec lançaient dans Le Devoir un véritable appel au secours en dénonçant cette approche qui n'est plus seulement celle d'une saine concurrence, mais qui devient absolument malsaine quand on est forcé de l'alimenter.
De leur côté, les journalistes du Journal de Québec sont en lock-out depuis plus d'un an. Ce n'est pas rien! Mais malgré cette situation déstabilisante pour tous les journalistes, ils sont toujours seuls sur le trottoir. Aucun autre journaliste ne les a rejoints et tout doucement, le silence s'est fait autour des raisons qui les ont conduits dehors, même si ce qu'ils subissent risque de se répéter et de déterminer les normes du métier pour longtemps.
Faire taire les journalistes
C'est le rêve de tout pouvoir. Pour le comprendre, il suffit de regarder la performance des premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest dans ce domaine. Priver les journalistes des renseignements qu'ils demandent, cultiver le mystère et souvent le mensonge, apprendre à ne pas répondre aux questions, ignorer les journalistes. Les traiter en minables pour les remettre à leur place plutôt que de les traiter comme des représentants du public à la recherche de la vérité. Sans les journalistes, notre monde nous paraîtrait plus tranquille au jour le jour, mais nous aurions une drôle de surprise quand nous découvririons tout ce qui nous a été caché et que nous aurions dû savoir pour prendre les bonnes décisions.
Le métier de journaliste est tentant. Il exige une culture générale importante, le goût des défis et un sens élevé de la responsabilité. La liberté de la presse est en danger au Québec, il faut leur faire comprendre. La trop grande concentration de la propriété de la presse n'est certainement pas une garantie d'équilibre en information. Il est d'autant plus important que les journalistes qui vont y oeuvrer soient exigeants par rapport à leur liberté de parole et au respect des écrits qu'ils vont signer.
La menace s'étend aussi à la radio et à la télévision. Gesca et Radio-Canada par exemple auraient signé une entente pour leur permettre d'élargir un peu plus leur présence face à Quebecor. On n'a pas fini de voir des journalistes de Radio-Canada interviewant des journalistes de La Presse comme s'ils étaient des spécialistes hautement qualifiés dans leurs domaines.
On n'a pas fini, non plus, d'entendre des journalistes de Radio-Canada faire «un détour en calèche» pour ne pas avoir à parler sérieusement de la souveraineté du Québec, de l'identité québécoise ou du désir des Québécois de sortir de l'Afghanistan. Les journalistes de Radio-Canada sont neutres... comme ceux de La Presse. Tout le monde doit le croire.
Il fut un temps au Québec où le propriétaire d'un journal pouvait être de l'allégeance politique qu'il voulait sans que ça teinte son journal. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il suffit d'avoir des yeux pour lire. Certains journalistes sont devenus comme ces mercenaires qui font la guerre du patron.
Certains journalistes n'auront pas d'autre option que de se regarder dans les yeux en se demandant s'ils sont encore dignes d'exercer ce métier. Un questionnement essentiel et urgent. Il en va de la crédibilité de ce métier.
Il est difficile d'émouvoir le public à notre époque, car il a fini par se désensibiliser pour survivre. Sollicité de toutes parts, ciblé par la publicité, le monde ordinaire n'a pas une vie qui ressemble à un jardin de roses. Pensez aux catastrophes qu'on nous annonce chaque jour, au prix de l'essence qui ne cesse de grimper, au prix du panier d'épicerie, à la difficulté qui correspond au fait d'élever des enfants de nos jours à travers le laisser-aller qui est souvent présenté comme une sorte de liberté, et vous aurez compris que la fermeture de la salle des nouvelles de TQS n'a fait pleurer personne. Et pourtant! La perte d'une source d'information, quelle qu'elle soit, est un deuil pour une société démocratique.
Surtout qu'au Québec, nous vivons en ce moment, dans le domaine de l'information, une situation qui est en train de tourner au cauchemar. Nous sommes témoins d'une sorte de guerre civile dans laquelle s'affrontent deux ennemis dont l'objectif est de détruire l'autre par n'importe quel moyen. Nous assistons, pratiquement impuissants, au combat farouche que se livrent Gesca et Quebecor pour le contrôle de l'information, toutes plateformes confondues. La Presse et Le Journal de Montréal mènent la lutte, mais la guerre n'épargne personne et elle atteint tout le territoire. Tout le Québec est touché.
Il y a quelques jours à peine, des journalistes du Soleil de Québec lançaient dans Le Devoir un véritable appel au secours en dénonçant cette approche qui n'est plus seulement celle d'une saine concurrence, mais qui devient absolument malsaine quand on est forcé de l'alimenter.
De leur côté, les journalistes du Journal de Québec sont en lock-out depuis plus d'un an. Ce n'est pas rien! Mais malgré cette situation déstabilisante pour tous les journalistes, ils sont toujours seuls sur le trottoir. Aucun autre journaliste ne les a rejoints et tout doucement, le silence s'est fait autour des raisons qui les ont conduits dehors, même si ce qu'ils subissent risque de se répéter et de déterminer les normes du métier pour longtemps.
Faire taire les journalistes
C'est le rêve de tout pouvoir. Pour le comprendre, il suffit de regarder la performance des premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest dans ce domaine. Priver les journalistes des renseignements qu'ils demandent, cultiver le mystère et souvent le mensonge, apprendre à ne pas répondre aux questions, ignorer les journalistes. Les traiter en minables pour les remettre à leur place plutôt que de les traiter comme des représentants du public à la recherche de la vérité. Sans les journalistes, notre monde nous paraîtrait plus tranquille au jour le jour, mais nous aurions une drôle de surprise quand nous découvririons tout ce qui nous a été caché et que nous aurions dû savoir pour prendre les bonnes décisions.
Le métier de journaliste est tentant. Il exige une culture générale importante, le goût des défis et un sens élevé de la responsabilité. La liberté de la presse est en danger au Québec, il faut leur faire comprendre. La trop grande concentration de la propriété de la presse n'est certainement pas une garantie d'équilibre en information. Il est d'autant plus important que les journalistes qui vont y oeuvrer soient exigeants par rapport à leur liberté de parole et au respect des écrits qu'ils vont signer.
La menace s'étend aussi à la radio et à la télévision. Gesca et Radio-Canada par exemple auraient signé une entente pour leur permettre d'élargir un peu plus leur présence face à Quebecor. On n'a pas fini de voir des journalistes de Radio-Canada interviewant des journalistes de La Presse comme s'ils étaient des spécialistes hautement qualifiés dans leurs domaines.
On n'a pas fini, non plus, d'entendre des journalistes de Radio-Canada faire «un détour en calèche» pour ne pas avoir à parler sérieusement de la souveraineté du Québec, de l'identité québécoise ou du désir des Québécois de sortir de l'Afghanistan. Les journalistes de Radio-Canada sont neutres... comme ceux de La Presse. Tout le monde doit le croire.
Il fut un temps au Québec où le propriétaire d'un journal pouvait être de l'allégeance politique qu'il voulait sans que ça teinte son journal. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Il suffit d'avoir des yeux pour lire. Certains journalistes sont devenus comme ces mercenaires qui font la guerre du patron.
Certains journalistes n'auront pas d'autre option que de se regarder dans les yeux en se demandant s'ils sont encore dignes d'exercer ce métier. Un questionnement essentiel et urgent. Il en va de la crédibilité de ce métier.
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