Des embûches sur la route de l'information
20 mai 2008
Médias
L'annonce de la fermeture des salles de nouvelles de TQS est la dernière catastrophe d'une longue série qui mine l'exercice de la profession de journaliste au Québec. C'est assez! Beaux discours et vagues promesses doivent céder la place aux actions concrètes de tous pour garantir la survie et l'indépendance de ce rôle-clé de la santé démocratique d'une société.
La vague de sympathie entourant la mise à pied future de 270 employés de TQS masque mal une certaine apathie et un malaise caractérisant l'information au Québec. Les journalistes sont inquiets de la détérioration des conditions dans lesquelles s'exerce la profession, comme le démontre de façon éloquente une enquête du professeur Marc-François Bernier, dévoilée en février au colloque Médias et démocratie organisé par la Fédération nationale des communications (FNC-CSN).
Lors de ce colloque, la question fut lancée: informer est-il toujours d'intérêt public? Oui, disent les journalistes. Mais c'est de plus en plus difficile en raison de la commercialisation, de la concentration et de la convergence des médias, qui nuisent au droit du public à une information de qualité et à la libre circulation des idées, mais qui favorisent, entre autres maux, l'autocensure.
Il ne s'agit pas d'une particularité québécoise — des représentants européen et américain sont d'ailleurs venus témoigner du même malaise. Ce qui est particulier ici, c'est notre difficulté à discuter de ces enjeux sur la place publique et donc à informer la population des tenants et aboutissants de la situation.
Concurrence et corporatisme
La concurrence entre grands groupes de presse, et le corporatisme qui en découle, a affaibli la défense du droit à l'information au sein même des rédactions. Mais il y a aussi le fait que, à chaque sortie publique, les propriétaires répliquent avec un canon: les médias leur appartiennent. N'ayez crainte, madame la marquise, tout va bien dans le meilleur des mondes, nous disent-ils à l'unisson. Pourtant, Quebecor n'a pas hésité à censurer des reportages de TVA sur le lock-out au Journal de Québec, qui dure depuis un an.
Le noeud de la crise actuelle (et la baisse de la qualité de l'information qui en découle) est intimement lié au travail lui-même: manque de temps et multiplication des tâches liées au développement d'Internet; précarité; vedettisation; prédominance du spectacle sur l'information; moins de place à la réflexion et plus à l'opinion tranchée, etc.
Or il importe que les journalistes puissent bénéficier de l'autonomie et des ressources nécessaires pour présenter un éclairage différent sur l'actualité, une information diversifiée et de qualité. La pluralité d'expression est un fondement essentiel de la démocratie.
Devoirs et obligations
Personne ne nie le droit des propriétaires à faire du profit. Mais les patrons de presse doivent comprendre que la propriété d'un média s'accompagne aussi de devoirs et d'obligations envers la société. Surtout en région.
Il serait trop long de dresser ici la liste de tous les exemples entourant la diminution de la qualité de l'information. Il est grandement temps de dire: assez! Les solutions sont nombreuses, mais il y a un strict minimum, que voici:
n le gouvernement fédéral doit faire respecter les exigences de sa réglementation sur les médias électroniques;
- le gouvernement québécois doit adopter une loi-cadre sur le droit à l'information. Il doit aussi doter le Conseil de presse du Québec de pouvoirs étendus et d'un financement adéquat afin de lui donner plus d'autonomie face aux entreprises de presse qui le financent en grande partie;
- la population doit se faire entendre et réitérer son attachement à l'importance d'une information de qualité.
Mais, surtout, les journalistes ne doivent plus avoir peur d'exprimer publiquement leur désarroi afin que tous les secteurs de la société saisissent l'importance de préserver l'indépendance de l'information.
- Ont cosigné ce texte des membres de la salle de rédaction du Soleil et l'exécutif du Syndicat de la rédaction du Soleil (FNC-CSN): Martine Audet, Samuel Auger, Doris Baker, Guy Benjamin, Marc-André Bilodeau, Andréanne Bouchard, Pierre Boulet, Pierre Champagne, Jean-François Cliche, Patricia Cloutier, Pierre Couture, Daphnée Dion-Viens, Anne Drolet, Anne-Marie Dufresne, Jacques Dumais, Élisabeth Fleury, Robert Fleury, Jean-Simon Gagné, Valérie Gaudreau, Louis Gélinas, Monique Hardy, Robert Hardy, Richard Hénault, Nicolas Houle, Isabelle Jinchereau, Christine Jones, Michèle LaFerrière, Louise Lemieux, Louis-Guy Lemieux, Valérie Lesage, Stéphan Lévesque, Isabelle Mathieu, Alexandre Noël, Nina Ouellette, Yves Poulin, Normand Provencher, Paul-Robert Raymond, Jean Saint-Hilaire, Marc Saint-Pierre, Jacques Samson, Louis Tanguay, Richard Therrien, Yves Therrien et Louise Voyer.
La vague de sympathie entourant la mise à pied future de 270 employés de TQS masque mal une certaine apathie et un malaise caractérisant l'information au Québec. Les journalistes sont inquiets de la détérioration des conditions dans lesquelles s'exerce la profession, comme le démontre de façon éloquente une enquête du professeur Marc-François Bernier, dévoilée en février au colloque Médias et démocratie organisé par la Fédération nationale des communications (FNC-CSN).
Lors de ce colloque, la question fut lancée: informer est-il toujours d'intérêt public? Oui, disent les journalistes. Mais c'est de plus en plus difficile en raison de la commercialisation, de la concentration et de la convergence des médias, qui nuisent au droit du public à une information de qualité et à la libre circulation des idées, mais qui favorisent, entre autres maux, l'autocensure.
Il ne s'agit pas d'une particularité québécoise — des représentants européen et américain sont d'ailleurs venus témoigner du même malaise. Ce qui est particulier ici, c'est notre difficulté à discuter de ces enjeux sur la place publique et donc à informer la population des tenants et aboutissants de la situation.
Concurrence et corporatisme
La concurrence entre grands groupes de presse, et le corporatisme qui en découle, a affaibli la défense du droit à l'information au sein même des rédactions. Mais il y a aussi le fait que, à chaque sortie publique, les propriétaires répliquent avec un canon: les médias leur appartiennent. N'ayez crainte, madame la marquise, tout va bien dans le meilleur des mondes, nous disent-ils à l'unisson. Pourtant, Quebecor n'a pas hésité à censurer des reportages de TVA sur le lock-out au Journal de Québec, qui dure depuis un an.
Le noeud de la crise actuelle (et la baisse de la qualité de l'information qui en découle) est intimement lié au travail lui-même: manque de temps et multiplication des tâches liées au développement d'Internet; précarité; vedettisation; prédominance du spectacle sur l'information; moins de place à la réflexion et plus à l'opinion tranchée, etc.
Or il importe que les journalistes puissent bénéficier de l'autonomie et des ressources nécessaires pour présenter un éclairage différent sur l'actualité, une information diversifiée et de qualité. La pluralité d'expression est un fondement essentiel de la démocratie.
Devoirs et obligations
Personne ne nie le droit des propriétaires à faire du profit. Mais les patrons de presse doivent comprendre que la propriété d'un média s'accompagne aussi de devoirs et d'obligations envers la société. Surtout en région.
Il serait trop long de dresser ici la liste de tous les exemples entourant la diminution de la qualité de l'information. Il est grandement temps de dire: assez! Les solutions sont nombreuses, mais il y a un strict minimum, que voici:
n le gouvernement fédéral doit faire respecter les exigences de sa réglementation sur les médias électroniques;
- le gouvernement québécois doit adopter une loi-cadre sur le droit à l'information. Il doit aussi doter le Conseil de presse du Québec de pouvoirs étendus et d'un financement adéquat afin de lui donner plus d'autonomie face aux entreprises de presse qui le financent en grande partie;
- la population doit se faire entendre et réitérer son attachement à l'importance d'une information de qualité.
Mais, surtout, les journalistes ne doivent plus avoir peur d'exprimer publiquement leur désarroi afin que tous les secteurs de la société saisissent l'importance de préserver l'indépendance de l'information.
- Ont cosigné ce texte des membres de la salle de rédaction du Soleil et l'exécutif du Syndicat de la rédaction du Soleil (FNC-CSN): Martine Audet, Samuel Auger, Doris Baker, Guy Benjamin, Marc-André Bilodeau, Andréanne Bouchard, Pierre Boulet, Pierre Champagne, Jean-François Cliche, Patricia Cloutier, Pierre Couture, Daphnée Dion-Viens, Anne Drolet, Anne-Marie Dufresne, Jacques Dumais, Élisabeth Fleury, Robert Fleury, Jean-Simon Gagné, Valérie Gaudreau, Louis Gélinas, Monique Hardy, Robert Hardy, Richard Hénault, Nicolas Houle, Isabelle Jinchereau, Christine Jones, Michèle LaFerrière, Louise Lemieux, Louis-Guy Lemieux, Valérie Lesage, Stéphan Lévesque, Isabelle Mathieu, Alexandre Noël, Nina Ouellette, Yves Poulin, Normand Provencher, Paul-Robert Raymond, Jean Saint-Hilaire, Marc Saint-Pierre, Jacques Samson, Louis Tanguay, Richard Therrien, Yves Therrien et Louise Voyer.
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