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Médias - Tirer la chaîne ou non

Paul Cauchon   5 mai 2008  Médias
Avec le mois de mai arrive également la saison télévisuelle printemps-été. L'écoute des chaînes spécialisées augmente en flèche, puisque les grands réseaux remisent leurs gros canons au congélateur.

Mais, depuis quelques années, Radio-Canada propose une véritable programmation printemps-été, distincte de la saison automne-hiver.

On retrouvera donc dans les prochaines semaines les ineffables Kiwis du matin, des jeux-questionnaires à ne plus savoir qu'en faire, un talk-show gentil et inoffensif tous les soirs (Bons baisers de France), trois séries américaines, bref rien pour se rouler à terre d'excitation. Heureusement que surnage l'excellente série historique Tout le monde en parlait. On regardera avec curiosité la version française de La Petite Mosquée dans la prairie en juin, qui avait tant fait jaser à CBC l'année dernière. Et l'on pourra voir une dizaine de grands documentaires fort prometteurs le dimanche soir à 20 h.

Pourquoi, d'ailleurs, les grands documentaires sont-ils habituellement relégués en fin de soirée pendant la saison ordinaire?

C'est une question que se posent sûrement les collaborateurs de la revue Argument. Ce périodique de débats sur la politique, la société et l'histoire, haut lieu de réflexion de quelques universitaires québécois, consacre son numéro du printemps à Radio-Canada, avec le titre suivant: Faut-il tirer la chaîne?

En éditorial, Marc Chevrier, professeur de sciences politiques à l'UQAM, décrit ainsi l'univers télévisuel actuel: «des pitreries, des fanfaronnades, des grossièretés, du culte du cru, du franglais "tabernacal", des fosses aux valeurs, du voyeurisme en direct, des "démissions" de variétés, des olympiades du slogan, des grands-messes sur le plateau, des intronisations du vécu, des foires aux opinions, des défilés d'ego, des petits massacres entre vedettes à claques [...] que les chaînes publiques, telles que Radio-Canada, au même titre que les privées, se piquent d'offrir à des spectateurs qui prétendument en redemandent».

La citation est un peu longue, mais elle fait son effet.

Cette chronique a déjà évoqué les critiques émises par plusieurs téléspectateurs envers Radio-Canada, que ce soit sur le site Internet du Devoir ou sur différents blogues des autres médias. Ce numéro d'Argument, lui, témoigne de la déception (le mot est faible) des intellectuels envers une entreprise publique qui fut un fleuron de la culture québécoise, et qui serait censé l'être encore.

Les collaborateurs y tracent le portrait d'une entreprise qui, selon eux, a vendu son âme à la religion des cotes d'écoute, où le divertissement et l'obsession du rirent règnent en maîtres, où la vulgarité et la facilité sont encouragées, où la réflexion la moindrement structurée est évacuée au profit de l'émotion brute, où le discours savant et intellectuel est traité comme une maladie honteuse, et où, d'un point de vue politique, triomphe la canadianisation des ondes.

Avant de les accuser de sombrer dans le «Radio-Canada bashing», on prendra note que certains d'entre eux avouent un certain malaise à critiquer ainsi Radio-Canada. Comme l'écrit le rédacteur en chef de la revue, François Charbonneau, «aussi mauvais que soient de plus en plus souvent ses choix de programmation en télévision, ils sont rarement (mais ça arrive!) aussi abrutissants que ceux présentés sur les deux autres chaînes généralistes francophones du Québec».

Évidemment, ce n'est pas Radio-Canada qui a consacré 25 minutes dans un bulletin de nouvelles la semaine dernière (montre en main, je le jure) à la capture du lionceau égaré à Maniwaki. C'est LCN.

Mais on pourrait résumer le propos d'Argument ainsi: Radio-Canada fait mieux que les autres, mais ne fait pas ce que l'on devrait s'attendre d'elle.

De façon générale, il est toujours de bon ton de critiquer les intellectuels qui critiquent la télévision. On sait bien, «ils méprisent le peuple et ne s'intéressent pas à ce qui intéresse le vrai monde».

C'est le genre d'argument, empreint d'un faux populisme, que je ne suis plus capable d'entendre. D'abord, les intellectuels sont «du vrai monde» aussi (pour autant que le concept de vrai monde veuille dire quelque chose, ce qui reste à prouver), et ils payent les mêmes impôts que les autres pour financer Radio-Canada.

Ensuite, à une certaine époque, Radio-Canada était un lieu où se retrouvaient aussi les chercheurs, les penseurs, les intellectuels et les grands créateurs, et son succès était justement de mieux rendre accessible à l'ensemble de la population les grandes oeuvres, les créations les plus novatrices, les recherches les plus originales. Le fossé entre le milieu intellectuel et Radio-Canada semble se creuser d'une année à l'autre, et c'est un phénomène dont on parle très peu.

Enfin, on rappellera que les critiques à l'encontre de Radio-Canada viennent également de citoyens de tous les milieux, qui ne sont ni universitaires ni grands acteurs culturels, excédés eux aussi par les scènes de cul dans les séries dramatiques, par les sacres dans les talk-shows, par les propos lénifiants et les «plogues» promotionnelles dans les émissions de variétés, et qui ne comprennent toujours pas ce que le Gala des Olivier peut bien faire sur les ondes de la télévision publique la semaine prochaine.
 
 
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  • Angéline Joseph
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 00h58
    Les mots pour le dire...
    J'endosse entièrement le propos de cette chronique.
    Vous avez les mots pour écrire ce que plusieurs pensent... tout bas.
    Depuis l'arrivée d'un certain directeur de la programmation à la télévision de Radio-Canada, les choses continuent de se détériorer.
    Vivement un retour à la mission première de la Société d'État où l'obsession des cotes d'écoute sera reléguée aux oubliettes.
    La société québécoise à besoin qu'on l'amène un peu plus haut et non qu'on nivelle par le bas.

  • Lapirog
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 06h49
    La SRC et le délire du hockey de la NHL du CH en particulier.
    Très heureux de voir le CH éliminé pour enfin stopper ce délire médiatique qui affligeait la Sainte SRC et ses chroniqueurs-publicitaires à gogo.On se questionne sur tout ce verbiage redondant et ce nationalisme-chauvinisme cheapo qui s'empare des médias durant cette période de l'année.
    C'est RDS qui doit se bidonner de profiter ainsi de toute cette publicité gratuite de la SRC qui en beurre beaucoup plus épais que ces concurrents en souhaitant peut être de remettre un jour la main sur ce gros beurrier.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 08h06
    C'est qui le vrai monde dans ce milieu
    C'est le monde de la publicité qui paie dans la mesure où chaque dollar investi est rentable. D'autre part, les émissions de qualité, normalement, ne sont pas données. Par contre, il y a les émissions qui coûtent moins cher à produire.

    Par conséquent, pour ceux dont l'intérêt principal est de faire des sous, les vraies émissions sont celles qui ne coûtent pas chers et qui attirent le plus de monde.

    Entre les deux, la publicité tire son épingle du jeu et son but est de faire en sorte que le plus de monde possible voit son message. Et la boucle est bouclée, la publicité paie pour ce qui est rentable...

    Bref, pour tout ce beau monde, le vrai monde est la masse des gens. Sans jeu de mots, à court terme, le pêcheur y gagne à tendre sa ligne là où il y a le plus de poissons.

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 08h53
    Pardieu, un peu de respect pour les bonzes!
    Plus que surpris qu'il puisse y avoir une telle lucidité et une telle indépendance à l'UQAM, personne mieux que Marc Chevrier, n'a jamais si précisément résumé Radio Canada, jusqu'à ce jour. Un tel potentiel de synthèse ne pouvait passer sous silence. Avec, comme seul cliché parmi tant d'épreuves, l'envahissant thuriféraire Lepage et son pitre qui, dimanche après dimanche, célèbrent les vêpres de la consécration de leur gigantesque ego et qui picolent une piquette commanditée, ça donne le ton à l'émergence de l'insignifiance glorifiée, à la «société des tas».

    Même si ça fait du bien de le dire, il demeure que Radio Canada a ses intouchables bonzes qui font leurs lois et qui jamais ne tiendront compte de l'opinion de qui que ce soit. À plus d'un titre, ils commandent tous les $$$respects$$$, comme le font, d'ailleurs, aussi bien sinon mieux qu'eux, tant d'autres pachas, magnats et poussahs richards de la Société Québécoise...

    Gerry Pagé
    Ville de Québec

  • Pierre Samuel
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 09h11
    Le CRTC: organisme "bidon"???
    Si les "citoyens de tous les milieux" désapprouvent à ce point la "dégradation" de la SRC, comment se fait-il que les dirigeants de "l'illustre Société" persistent, envers et contre tous, dans leur "entreprise de démolition"? A ce compte, quel est le véritable "pouvoir" du CRTC sinon celui de ménager "la chèvre et le chou" et de "préserver" les clans!

  • André Racicot
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 09h16
    Tout le monde en bave...
    Un petit mot sur le pape du dimanche soir. Celui qui picosse, invite des bizarroïdes à son émission, est obsédé par le sexe et cherche à susciter des émotions déplacées chez ses invités. Pensons à Sylvie Bernier, hier. Il aborde la question de son neveu qui s'est noyé devant elle... Comment éviter une telle tragédie? Sylvie Bernier est saisie devant cette question saugrenue. Silence. Gros plan sur son visage en espérant - en vain - que les larmes vous couler. Zut, c'est raté.

    Et que dire de ce reportage du Téléjournal sur les Canadiens le lendemain de leur élimination? Mêmes entrevues avec des fans pour la plupart débiles. Ils achètent des produits dérivés et espèrent pour l'an prochain... Édifiant. En tête d'affiche du Téléjournal en plus.

    Et on pourrait continuer la liste...

  • martin dubois
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 09h18
    les intellos bidons
    Pour ma part, je préfèrerais de beaucoup que radio-canada continue à faire des pitreries et des émissions grand public, en autant qu'elle cesse de faire de la propagande pan-canadienne à chacune de ses émissions d'information comme c'est le cas maintenant.
    Ça c'est vraiment indigeste. Mais comme d'habitude, les prétendus intellectuels se préoccupent plus de la grande philosophie que de la réalité concrète. C'est exactement la raison pour laquelle cet appel à plus de contenu intelligent me laisse de glace. C'est une énormité de penser que radio-canada puisse jamais être un reflet décent de la culture québécoise. Si on se prétend intellectuel, on devrait être assez brillant pour comprendre que la chaîne française de radio-canada est un outil politique d'acculturation. Lui demander de se transformer en flambeau culturel relève d'une abyssale naïveté.
    Ce qui prouve qu'effectivement le petit peuple est loin d'avoir le monopole de la bêtise. Les intellectuels québécois seront toujours l'objet de dédain des québécois, et avec raison, parce qu'ils n'on aucun courage pour s'en prendre aux puissants qui nous manipulent, et préfèrent toujours s'attaquer à leur propre peuple déjà affaibli.
    L'intellectualisme au Québec, c'est essentiellement le royaume de la lâcheté.

  • marieclaude333
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 11h12
    100% d'accord!
    En fait, il est difficile de trouver une émission intéressante à la télé, que ce soit à Radio-Canada ou ailleurs... tant et si bien que je commence à me demander pourquoi je paie un abonnement au câble! Si ce n'était des informations et de quelques reportages bien ficelés - quoique pas toujours très objectifs - j'aurais tiré la "plogue" depuis longtemps!

  • Jacques Lalonde
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 11h42
    CELA VA SANS DIRE, MAIS...
    CELA VA SANS DIRE, MAIS CELA VA MIEUX EN LE DISANT. Si je peux affirmer que j'ai toujours été un inconditionnel de la SRC (ce qui ne m'empêchait pas de regarder les bonnes émissions de Télé-Québec ou de TVA) force m'est de reconnaître aujourd'hui que mon degré d'inconditionnalité a chuté considérablement, sauf pour les émissions de nouvelles et d'affaires publiques. Merci à l'auteur de cette chronique !

    Jacques Lalonde
    Gatineau

  • Pierre-Paul Roy
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 16h51
    Note à monsieur Martin Dubois
    Cher monsieur,
    Critiquer les intellectuels de votre façon - et remarquez, cela est votre droit - c'est tomber exactement dans le piège des responsables de la programmation de la SRC, c'est exactement leur point de vue. De plus l'anti-intellectualisme au Québec est toujours rampant: il y des gens dans les chambres de commerce qui disent aux jeunes: pourquoi t'instruire, tu peux gagner 200 mille piasses dans l'immobilier.
    Quelques intellectuels, tels Georges Leroux, Jean Larose, André Major et quelques autres ont été très actifs dans leur critique de la disparition de la chaîne culturelle de Radio-Canada.
    Pierre-Paul Roy
    Un vieil auditeur de la radio et de la télé de 76 ans.

  • Michel Handfield Societas Criticus
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 22h17
    Il y a un boutton sur ma télé...
    Qui s'appèle "POWER". Quand c'est plate, je ne prend pas de notes, je ferme! J'écoute la radio de Radio-Canada ou France inter! Si les côtes d'écoute baissent, la valeur de la pub baisse... et les gestionnaires comprennent vite, car c'est le langage de la gestion! Quand même on dirait que c'est plate et qu'ils pouraient faire mieux, si l'audimat dit que vous l'écoutez, ils continueront dans le même sens. 2 millions d'autitoires pour une télérélaité par exemple, même si c'est pour dire le lendemain que c'était bien effrayant, ça vend! 200 personnes pour le même programme, ça ne vend pas! C'est ça la réalité. Alors, moi, avoir été invité à écrire dans ce collectif, j'aurais laissé une belle page planche avec les mots suivants:

    ON/OFF
    Vous avez le pouvoir de faire que vos actes suivent votre parole!


    Michel Handfield, M.Sc.
    Délinquant intellectuel pour penser autrement!
    www.societascriticus.com

  • Martin Landry
    Inscrit
    lundi 5 mai 2008 22h45
    LA vraie question et le cas français
    La vraie question à se poser est celle-ci : Accepteriez-vous que les subventions annuelles accordées à CBC/Radio-Canada soit significativement augmentées, et qu'en contre partie, Radio-Canada ne diffuse plus de publicités ? Tant que la société d'état devra compter sur les revenus des annonceurs pour financer une partie de son budget, elle devra s'assurer d'avoir un nombre suffisemment élevé de téléspectateurs pour rentabiliser ses émissions et financer ses opérations. Si vous répondrez OUI à la question, à quel endroit ces sommes seront prélevées ? En augmentant les impôts ? En coupant au Conseil des arts ou dans des programmes du ministère du Patrimoine ?

    D'autre part, malgré le virage populiste des dernières années, la télévision de Radio-Canada consacre plus de 50% de sa programmation à des émissions que je considère être de ''service public'' (émissions jeunesse, documentaires, fiction, information, affaires publiques). Ce qui est une proportion semblable à celle des deux grandes chaînes publiques françaises (France 2 et France 3), qui diffusent peut-être Thalassa et Envoyé spécial, mais aussi Les z'amours (un quiz racolleur et inintéressant), Connaissez-vous les paroles ? (version française du jeu américain Do You Know The Lyrics), une panoplie de séries américaines diffusées chez nous à Séries+, la débilante série jeunesse Samantha et Plus belle la vie, un feuilleton quotidien à la ''Virginie'' se déroulant à Marseille. Alors qu'on arrête d'idéaliser sur la télévision française. C'est la crème des émissions qu'on voit à TV5.

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