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TV5 Monde sauvegarde son autonomie

La France s'est rendue aux arguments de ses partenaires francophones

Christian Rioux   30 avril 2008  Médias
Le nouveau président de TV5 Monde, Alain de Pouzilhac, est aussi président de la chaîne d’information continue France 24, dont il présentait les bureaux en novembre 2006.
Photo : Agence France-Presse
Le nouveau président de TV5 Monde, Alain de Pouzilhac, est aussi président de la chaîne d’information continue France 24, dont il présentait les bureaux en novembre 2006.
Paris — Alors qu'elle avait essayé de passer en force il y a deux semaines à peine, la France a finalement fait volte-face et accepté de préserver l'autonomie de TV5 Monde. Réuni hier à Paris, le conseil d'administration de la chaîne de télévision francophone a accepté le compromis politique intervenu à la toute dernière minute et que réclamaient depuis des semaines la Suisse, la Belgique, le Québec et le Canada.

Comme prévu, c'est donc Alain de Pouzilhac, le président de la nouvelle Société de l'audiovisuel extérieur français (SAEF), qui a été nommé président de TV5 Monde. Mais ses pouvoirs seront considérablement limités, ainsi que le réclamaient les partenaires, par la nomination d'un directeur général indépendant qui ne sera pas un simple adjoint. Celui-ci tiendra son mandat directement du conseil d'administration, où siègent le Québec, le Canada, la Suisse et la Belgique. TV5 Monde ne sera donc pas une simple filiale de la SAEF, bien que celle-ci détienne 49 % de son capital.

Même si le nom de l'actuel vice-président de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, a longtemps circulé, c'est finalement Marie-Christine Saragosse qui a été élue directrice générale à l'unanimité des voix, sauf une abstention. Cette ancienne vice-présidente de TV5 avait assumé avec succès l'intérim en 2004, après le décès de l'ancien président Serge Adda. Très estimée des gens du milieu, elle entretient aussi de très bons contacts au Québec.

Hier, à la sortie du conseil d'administration, les représentants de la Suisse, de la Belgique, du Québec et du Canada criaient victoire. Tous avaient le sentiment d'avoir sauvé la mise. L'épisode vient clore plusieurs mois d'un véritable bras de fer qui opposait la France à ses partenaires francophones depuis que le président Nicolas Sarkozy avait entrepris de placer l'audiovisuel extérieur français, y compris TV5 Monde, sous la coupe d'un holding chargé de faire entendre la «voix de la France» dans le monde. Plusieurs proches du dossier prêtaient à France 24 — fondée par Alain de Pouzilhac, qui est devenu président du nouveau holding — l'intention d'accaparer les réseaux de diffusion de TV5 Monde, qui sont parmi les meilleurs au monde.

Hier après-midi, Alain de Pouzilhac s'est adressé au conseil d'administration de TV5 Monde sur un ton contrit. Il a affirmé avoir finalement «compris» quelle était la mission spécifique de TV5 Monde. Le 16 avril, il avait tenté de se faire nommer président de la chaîne sans plus de discussion. Il s'était présenté à la réunion du conseil avec sa directrice générale, Christine Ockrent, épouse du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Plusieurs sources attribuent à cette dernière des propos virulents contre les «petits pays» francophones qui ont finalement forcé ce compromis. Christine Ockrent a tout de même été nommée membre du conseil d'administration de TV5 Monde.

«C'est le triomphe du bon sens, dit Frantz Vaillant, représentant syndical (Force ouvrière) des employés de TV5. La France a compris que l'arrogance ne menait à rien. Elle ne voulait probablement pas que le conflit s'envenime à quelques mois du sommet de la Francophonie.» Certaines sources attribuent cette volte-face au bureau de François Fillon, premier ministre français. On cite aussi le nom du conseiller de l'Élysée, l'ancien ambassadeur David Levitte. Il y a plusieurs jours, le président de l'Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, avait sommé les pays membres de TV5 de ne pas saboter, avec leur différend, le sommet de la Francophonie qui se tiendra à Québec en octobre prochain.

Les partenaires de la France ont aussi obtenu l'engagement que les émissions suisses, belges, québécoises et canadiennes occuperont au moins 25 % de la programmation et éventuellement 30 %. En cas de conflits entre eux, des comités pourront êtres créés afin de parvenir à des solutions négociées. Reste à savoir si TV5 Monde aura les moyens de ses ambitions, dit Vaillant. Actuellement, la France assume 80 % des coûts de la chaîne.

À Québec, la ministre des Communications, Christine Saint-Pierre, s'est félicitée du «front commun qui s'est instauré entre la Belgique, le Québec, le Canada et la Suisse dès le départ. Tout le monde a parlé d'une même voix et tout le monde a tenu à négocier avec fermeté pour faire en sorte que nous puissions avoir une séparation des pouvoirs.»

«Cet accord constitue un succès pour TV5 Monde. C'est aussi une étape très importante de la réforme de l'audiovisuel extérieur de la France», a déclaré le Quai d'Orsay dans un communiqué.

Rejointe à Lyon, Louise Beaudoin, ancienne ministre des Relations internationales du Québec, a estimé que «c'est la fermeté qui a finalement payé». Elle attribue d'abord cette victoire à la détermination de la Suisse et de la Belgique, alors que, dit-elle, «le Québec a beaucoup tourné autour du pot». Contrairement au Québec et au Canada, la Suisse et la Belgique avaient menacé publiquement de se retirer d'une chaîne soumise à la seule volonté de la France.

Collaborateur du Devoir

Avec la participation d'Antoine Robitaille
 
 
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  • Marcelin Gélinas - Inscrit
    30 avril 2008 05 h 49
    M. Jean Charest : Le déshonneur comme seconde nature
    M. Jean Charest : Le déshonneur comme seconde nature
    Ou l'aplat-ventrisme d'un premier ministre accompagné de ses Christine de service

    L'Aplat-ventrisme du premier ministre actuel du Québec et de son gouvernement, en particulier quand il s'agit de dossiers vitaux tels que la Langue, la Culture, l'Identité nationale ainsi que la Liberté politique du Québec de manière générale, m'amène à un sentiment. Un seul. Entier et balayant sur son passage tout autre jugement :

    Le dégoût.

    Avec des « mains » comme celles-là s'occupant des rênes de l'État québécois, il ne faut pas s'étonner, en effet, et en revanche, que Mme Christine Ockrent qualifiât (de hautaine manière) « ses » alliés des : « petits pays »...

    Cela dit, madame Ockrent (on croirait entendre un vieux « mâle » de la IIIe République, sinon de l'Empire britannique d'autrefois) vient tout de même de perdre à vie un capital immense de sympathie, qu'elle détenait jusque-là, j'en suis persuadé, auprès de l'ensemble de ces dits « petits pays ».

    Un peu comme Mme Christine St-Pierrre, d'ailleurs, notre ministre québécoise de la Culture et des Communications (et responsable en titre de la Charte de la Langue française, quoique désormais surtout spécialiste de la langue de bois - du "Maple" en particulier), depuis qu'elle a passé le Rubicon du journalisme vers la politique.

    Car enfin, « entrer » en politique pour avaliser l'aplatissement systématique du Québec mis à exécution par cet usurpateur qui nous fait office de premier ministre, eh bien avouons qu'il faut le faire.

    2008 ne sera pas l'année des Christine. C'est le moins que l'on puisse dire.

    Et si je n'attendais rien de ce gouvernement fantoche au service du Canada, reste que madame Christine St-Pierre aura été ma grande déception au sein de cette sempiternelle équipe de « Pee Wee ». Car j'attendais tout de même de cette personne un minimum de dignité et de sens de la Québécitude.

    Oui, le dégoût, mesdames.
    Et monsieur. Surtout.

    PS : J'apprécie vos textes, de manière générale, MM. Rioux et Robitaille. Avec vous, au moins, on s'éloigne largement de la propagande systématique des André Pratte, des Lysiane Gagnon et des Alain Dubuc de tous les Gesca de ce monde. Vaillant « Devoir » ! en dépit de sa mollesse rédhibitoire, hélas. Et bien québécoise aussi...
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