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Médias - TQS, un beau gâchis

Paul Cauchon   28 avril 2008  Médias
À en croire la levée générale de boucliers autour de TQS la semaine dernière, TQS était la chaîne la plus appréciée des Québécois, et ses bulletins de nouvelles attiraient des millions de téléspectateurs.

Ce n'est pas exactement le cas. Je ne veux pas être rabat-joie, mais si la chaîne avait été si appréciée, s'il y avait eu plus de téléspectateurs, et donc plus de revenus, on n'en serait pas là.

Toute la classe politique s'est portée à la défense de TQS. Mais on ne souvient pas d'avoir eu une telle unanimité pour régler le conflit au Journal de Québec, ou encore pour se porter à la défense de Télé-Québec. Il faut dire que, dans ce dernier cas, c'est le gouvernement lui-même qui avait imposé une cure minceur à la chaîne!

Par ailleurs, défendre la diversité de l'information, c'est beau, c'est noble, mais cela ne consiste pas seulement à empêcher la fermeture d'une salle de nouvelles. Quand Quebecor a mis la main sur TVA et Vidéotron au début des années 2000, quelques voix ont tenté de s'inquiéter, faisant valoir qu'il y avait des risques que l'information soit uniformisée entre les salles de rédaction des médias du même groupe. À l'époque le gouvernement péquiste bénissait plutôt la vente à deux mains, trop heureux que Vidéotron ne passe pas aux mains du «méchant anglo» Ted Rogers (le même Ted Rogers que Jean Charest a contacté récemment pour voir s'il ne serait pas désireux de reprendre TQS, selon les révélations du Soleil).

Tout ça pour dire que les politiciens ont l'indignation sélective.

Rôle important en région

Évidemment, la disparition complète d'une salle de nouvelles frappe l'imagination. En matière de diversité de contenus et de voix alternatives, la perte des nouvelles à TQS représenterait une énorme perte collective, que l'on aime ses bulletins de nouvelles ou non.

Jean-Luc Mongrain avait d'ailleurs raison de mentionner que TQS a embauché beaucoup de jeunes depuis 20 ans. Les actuels finissants en communications dans les universités doivent vraiment se demander ces temps-ci s'ils ont fait le bon choix de carrière.

Les téléspectateurs montréalais ne se rendent peut-être pas compte à quel point TQS joue un rôle important à Québec ainsi qu'en région, là où les grands réseaux sont moins puissants et où les informations locales sont sous-financées.

Remstar aurait pu demander de transformer TQS en chaîne spécialisée, mais ce n'est pas le cas. L'audience de juin au CRTC, qui décidera si Remstar peut acheter TQS, portera donc beaucoup sur l'information. Car le maintien d'un réseau généraliste comporte des obligations, dont celle de servir les communautés locales. Et ce «service» passe par l'information.

Remstar a rendu public vendredi le plan qu'elle soumettra au CRTC. Le plan, vague à souhait, n'a impressionné personne. On veut faire de l'information différente et servir les communautés locales, mais sans salle de nouvelles. Remstar devra s'expliquer de façon beaucoup plus convaincante sur ce qu'elle entend par de l'information sans salle de nouvelles. Des versions locales de Flash qui couvrent les spectacles en tournée? Des tribunes téléphoniques avec les acteurs locaux? Des autopromotions d'entreprises? La retransmission des débats des conseils municipaux?

Capitalisme primaire

Faute d'en savoir plus, nous sommes obligés de prendre la proposition pour ce qu'elle est: du capitalisme primaire où l'information est vue comme une pure marchandise commerciale qui n'a aucune valeur si elle ne fait pas de cash, et qui peut donc être jetée aux poubelles sans problème.

C'est d'ailleurs une vision commerciale qui ne correspond même pas à la réalité, puisqu'aux États-Unis plusieurs chaînes de télévision locales font justement leur pain et leur beurre avec les informations locales, proches de la communauté!

Les communications publiques de Remstar sont, pour le moment, plutôt désastreuses. Non seulement les explications actuelles ne sont pas claires, mais certains sujets ne sont même pas abordés — par exemple, que faire avec les Jeux olympiques de 2010, dont TQS a les droits avec CTV et RDS, ou encore en quoi les nouvelles plates-formes technologiques aideront TQS.

Avant la semaine dernière, l'image de Remstar n'était pas très marquée dans la population. Au mieux, elle était vue comme un sauveur. On aura rarement vu une image publique se dégrader aussi vite, en 24 heures. Un beau cas d'étude pour les relations publiques et les fabricants d'images.

La responsabilité de Cogeco

Mais avant d'envoyer Remstar et les frères Rémillard aux enfers, il faudrait quand même rappeler ceci. Les finances de TQS étaient encore plus mal en point qu'on le croyait, et Remstar n'a pas à assumer la responsabilité du passé: c'est Cogeco qui a mis le réseau dans le trou depuis des années, et qui s'en est débarrassé avant d'être obligé de le fermer. Cogeco qui a autorisé une programmation axée sur Loft Story et sur les vidéos maison imbéciles. Cogeco qui tentait d'émouvoir tout le monde l'année dernière en revendiquant l'accès aux revenus des abonnés du câble et du satellite pour sauver la chaîne généraliste dont il était propriétaire. Le même Cogeco qui, pas plus tard qu'il y a deux semaines, se présentait comme câblodistributeur devant le CRTC pour dire qu'il n'est pas question, pour un câblo comme lui, que les chaînes généralistes aient accès aux revenus du câble. Bonjour le cynisme.

Terminons par ceci: les chaînes spécialisées avaient des revenus garantis et solides avec les abonnés du câble, mais leur rapacité est telle qu'elles ont convaincu le CRTC de leur accorder l'accès complet au marché publicitaire, ce qui a eu comme effet de fragiliser les chaînes traditionnelles. Et c'est ce même CRTC à qui l'on demande maintenant de sauver TQS. Un beau gâchis.

***

pcauchon@ledevoir.com






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  • Jean-Pierre Paré
    Abonné
    lundi 28 avril 2008 04h06
    responsabilité
    « Vous soulignez avec raison que c'est Cogeco qui a amené TQS au bord du précipice, et non pas Remstar. À cet égard, il serait peut-être intéressant de connaître le montant du «parachute», ou la «paye de séparation» si l'on préfère, que René Guimond a empochée en démissionnant. »

  • Mario Tremblay
    Abonné
    lundi 28 avril 2008 08h02
    Je ne comprends pas!
    « J'ai entendu aux nouvelles que le CRT ne donnerait pas son avis sur le sujet avant plusieurs mois. Si c'est exact, le réseau de nouvelles sera démantelé. Donc, l'affaire est dans le sac.
    En passant, une image, ça se fabrique. Une fois la tempête passée, quelques millions et une bonne campagne et encore là, l'affaire est dans le sac.
    La force de ces gens, et vous en donnez un exemple avec Cogeco : un front de beu, aucun amour propre; des gens prêts à se faire cracher dessus (on dirait poliment prêt à subir l'opprobre et la vindicte populaire) ... pour quelques millions. »

  • Roger Dion
    Abonné
    lundi 28 avril 2008 10h59
    La seul chose que le capitaliste entend la PIASTRE
    « Oui le C R T C, a fait l erreur de permette ,aux chaînes spécialisées d avoir de la publicité, et beaucoup.
    Mais le CRTC VA EN COMMETTE une autre s il accepte la proposition de REMSTAR de couper complètement l information.
    Il nous restent un pouvoir, celui d avertir les annonceurs de TQS que nous boycotterons ses compagnies, s ils annoncent a cette chaîne, qui ne respecte pas les gens.
    Car le capitaliste comme vous dite, c est la seul chose
    qu il entend la PIASTRE.
    NOUS AVONS UN POUVOIR
    ROGER MONTREAL »

  • Marie Danielle Bourdages
    Inscrite
    lundi 28 avril 2008 19h34
    La mémoire de Jean Charest
    « Ainsi que Paul Toutant l'écrit dans votre édition de ce lundi - et il n'est pas le seul à tenter de faire entendre ce fait -, Télé-Québec pourrait fort bien reprendre ce à quoi Remstar renonce : le secteur des nouvelles de TQS. Esther Bégin, qui est d'ailleurs touchée par la propre perte de son emploi, a justement mentionné hier sur les ondes radio-canadiennes qu'au moment où Remstar a fait son offre, la clef était pratiquement dans la serrure, pour une complète fermeture de TQS, et donc qu'une réduction du service d'émissions était prévisible. Madame Bégin déplorait du même souffle que ce soit celui des nouvelles qui écope, mais celui-là passant pour être le plus coûteux, au sens de profit, et TQS ayant toujours peiné à en faire, l'équation se révèle assez simple, somme toute... Évidemment, la situation des employés perdant leur emploi est déplorable, mais je pose la question - en n'ayant pas la réponse, ma mémoire me fait défaut -, avait-on observé pareille levée de boucliers lors du démantèlement puis de l'Affaiblissement du réseau de Télé-Québec ? Se rappelle-t-on que Télé-Québec a déjà eu un mini-résseau actif dans diverses régions ? N'est-ce pas le premier ministre Jean Charest lui-même qui a voulu changer la vocation de Télé-Québec ? Oui, M. Toutant a raison, et que le gouvernement regarde en premier dans sa cour, d'autant qu'un service public de nouvelles serait du plus grand intérêt POUR LA POPULATION QU'IL REPRÉSENTE ! Sinon, ainsi que le veut l'expression courante, c'est l'hôpital qui se fout de la charité... »

  • Roch Langlois
    Abonné
    lundi 28 avril 2008 22h08
    Qui sera le mécène?
    « TQS était en affaire, mal géré par Cogeco, la station perdait chaque années des millions, pas des cennes (!) des millions. A toutes les âmes charitables au coeur tendre(qui hurlent)sauvons la station et l'information, quand mettrez-vous la main dans vos poches pour faire un don ? Nos taxes et nos impôts se sont pas assez ! Franchement, TQS est de trop dans le décor des station généralistes, point à la ligne ! Imaginez, pour 300 millions d'individus aux États-Unis, trois chaînes généralistes, CBS, NBC et ABC. Bref, nous n'avons pas les moyens de nos ambitions. »

  • Martin Landry
    Inscrit
    jeudi 1 mai 2008 00h23
    Les JO de Vancouver et Londres
    « Lors de l'annonce de l'attribution des droits de diffusion des JO de Vancouver et Londres à CTVglobemedia et Rogers, il était prévu que TQS agissait comme ''diffuseur'' et non ''producteur'' de la couverture des JO. Comme le CIO demandait qu'il y ait un diffuseur hertzien francophone dans le consortium, l'entente prévoit que RDS achètera le temps d'antenne à TQS pour y présenter sa couverture des JO. Que TQS soit une coquille vide, avec peu de personnel, ne change rien à la situation, puisque c'est RDS, en collaboration avec CTV, TSN et SportsNet qui aura à sa charge la ''production'' des reportages.

    Il est surprenant que cette info, annoncée il y a quelques années, n'ait pas été déterrée par les journalistes (de tous les médias) qui ont analysé la situation de TQS. »

  • Denis Beaulé
    Abonné
    jeudi 8 mai 2008 08h11
    Lorsque bêtise, insensibilité et cupidité se conjuguent
    « Vous avez tout dit : c'est « Cogeco qui a autorisé une programmation axée sur Loft Story et sur les vidéos maison imbéciles ». Et « Les communications publiques de Remstar [ne] sont [pas], pour le moment, plutôt désastreuses », elles n'existent tout bonnement pas, il n'y en a point. Néant !
    Enfin, tout à fait raison aussi au chapitre du bête capitalisme primaire et, plus encore, eu égard « à quel point TQS joue un rôle important à Québec ainsi qu'en région ». VOILÀ ce pourquoi il siérait éminemment que TQS emménage ses pénates à Québec et opère, québécoisement, à partir de là. VOILÀ qui serait du renouvellement, cela. Plutôt que de l'enlisement. Ou de l'anéantissement pur et simple. Comme on s'apprête à le (laisser) faire 'avec'/par des gens chez qui la pulsion de mort n'a d'égale(s) que l'avidité illimitée ou la cupidité, doublée d'une rare insensibilité ou d'une conscience sociale (ou) humaine vide ou inexistante. »

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