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Brebis égarée

Marie-Andrée Chouinard   25 avril 2008  Médias
Le «mouton noir de la télévision» doit-il être saigné pour renaître? En annonçant ses intentions, l'acheteur de TQS a causé une onde de choc dont l'impact pourrait être atténué par le CRTC. Sur cet organisme fédéral repose une responsabilité de taille: celle d'octroyer ou non un pseudo-permis de télévision généraliste à une station qui n'honorerait plus ce mandat.

La mise à mort annoncée du secteur des nouvelles à Télévision Quatre Saisons (TQS) a de quoi ébranler. Non seulement elle condamne près de 300 employés, elle fauche aussi l'offre d'information en région, réduisant le public à un message de plus en plus homogène.

Scrutée sous l'angle froid des affaires, cette intention dévoilée sans ménagement mercredi respire la «rentabilité». Le choc vient à peine d'être encaissé, mais il avait été précédé de quelques avertissements très sonores. Née en 1986 et vouée à nourrir les envies d'un auditoire dynamique, jeune et fou, TQS n'a jamais vraiment accédé au titre d'entreprise profitable. Après des années de péril financier, traînant un boulet de 70 millions de dollars, la télévision s'est placée sous la protection des tribunaux en décembre dernier, le temps de trouver sa réincarnation idéale.

Elle était destinée à la faillite et à la fermeture, mais TQS a cru la renaissance possible lorsque les propriétaires de Remstar ont présenté une offre de relance, retenue comme la plus intéressante sur un lot de quatre propositions présentées aux vendeurs Cogeco et CTV GlobeMedia.

Des signaux avant-coureurs alors reçus avec un espoir enthousiaste sonnent aujourd'hui comme un douloureux chant du cygne. Il a été question de mener TQS «au-delà de la télévision conventionnelle» et de donner un sérieux coup de barre.

Personne n'avait toutefois prédit que l'analyse économique de Remstar rimait avec le trépas de l'information diffusée par la télévision généraliste. Le calcul entrepreneurial est impitoyable: devant un bilan négatif, on sabre là où «ce n'est pas rentable» et où cela coûte le plus cher, condamnant du coup les salles de nouvelles de Montréal, Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières et Jonquière. Début septembre, exit l'information à TQS.

Devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), l'acheteur entend plaider sa cause financière et demander d'être relevé d'un des «engagements» auxquels on lui demande de s'astreindre: diffuser un certain nombre d'heures d'informations toutes les semaines.

Voilà où le bât blesse. Les gens de Remstar peuvent bien scruter les colonnes de chiffres et ne voir dans le passé de TQS qu'un bilan négatif — on ne leur reprochera tout de même pas de vouloir rentabiliser une entreprise! —, cela ne les autorise pas en revanche à se dérober de l'ensemble des obligations qui définissent une télévision généraliste digne de ce nom. Devant un tel projet, le CRTC ne peut pas jouer le béni-oui-oui.

Cet organisme, qui se retrouve soudain au centre de tirs croisés politiques, doit refuser l'octroi d'une licence généraliste à un acheteur qui n'en aurait plus les ambitions. Si, comme le prétend l'acheteur, l'information n'est pas lucrative pour un réseau comme TQS, le CRTC ne peut attribuer un permis factice et consacrer sournoisement une fausse licence «généraliste» aux allures de «spécialisée».

Le vendeur a sans doute accepté l'offre financière la plus alléchante — on ne connaît rien du détail de la transaction proposée —, mais que réserve-t-on au public? Remstar est restée étrangement silencieuse à cet égard, se contentant d'annoncer que l'ablation des nouvelles permettra de voguer vers «la production d'émissions culturelles et de divertissement de qualité». Une spécialiste de la variété à la sauce américaine?

Le tollé causé par les annonces de la semaine traduit évidemment le tourment des journalistes de TQS: après avoir cru possible un nouveau départ, ils sont voués à la disparition. Ceci reflète la vulnérabilité de l'information régionale, condamnée avec cette annonce à sombrer un peu plus dans la montréalité honnie par les téléspectateurs des régions.

Cela rappelle surtout l'immense fragilité de l'information brute: maintenant disponible sur de multiples supports, de la modicité du cellulaire à l'immensité d'Internet, elle a beau être en apparence éclatée, elle transite en réalité trop souvent par des canaux uniformes que la convergence et la suppression des salles de nouvelles encouragent. Le public, qui n'a pas été au rendez-vous pour gonfler les cotes d'écoute de TQS, perdra davantage qu'il ne le sait de ce possible éclatement.

Au moment de sceller le nouveau sort de TQS et de ramener la brebis égarée à la bergerie, le CRTC doit élargir son analyse: plus qu'une entreprise en faillite, c'est un peu l'avenir de l'information qui se joue là.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • wally bellemare
    Inscrit
    vendredi 25 avril 2008 04h42
    vous ne l'avez pas...
    1 hre de nouvelle sérieuse est suffusant...la ciculation, les mueurtres etc...c'est asez...!

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 25 avril 2008 08h20
    Marie-France Bazzo doit être morte de rire
    Avec un gros 30,000 de cotes d'écoute, après deux longues saisons à Télé-Québec, Marie-France Bazzo doit être morte de rire!

  • Claude Tremblay
    Abonné
    vendredi 25 avril 2008 09h00
    Combien de chaînes de télévision francophone faut-il au Québec?
    Avec le remaniement de la mission de TQS, c'est l'homogénéité de l'information à laquelle nous condamne le CRTC qui fait peur. Bien plus que la disparition d'une autre chaîne de télévision francophone! Il y en a assez sans TQS, il me semble. On pourrait se permettre d'en perdre une, n'était-ce le problème de l'information.

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    vendredi 25 avril 2008 10h10
    Le désespérant tohu-bohu de la «bergerie» !
    La télé d'infos/nouvelles subit les contrecoups des avènements d'Internet, du cellulaire et des autres machins électroniques en émergence. Parallèlement, la dette de TQS est devenue un insupportable boulet. Cette dette est le scandale de l'itinérance inconsciente de gazeux gigolos, occupant les officines de «l'Extravaganza» et de ses capiteux farnientes. Dans le sens opposé au laxisme de TQS et au contraire des irresponsables politiques de la gouvernance qui endettent follement et impunément l'Entreprise du Québec, entre autres, les proprios d'entreprises privées doivent suivre les diktats de la rationalité et de la rentabilité. C'est la piastre du profit qui a raison et qui donne le ton.

    D'autre part, au fil du temps et de l'évolution des idéologies les plus diverses et divergentes, les salles de nouvelles ont été envahies par des «entrepreneurs contractuels» et non par des employés; par des individus/entreprises, des propagateurs d'idéologies personnellement sponsorisées, se servant des tribunes de l'information et de la nouvelle, si locales et régionales soient-elles, pour passer leurs messages d'endoctrinement politique, sectaire, culturel, social et autres, sans que les stations aient accès aux crédits et aux profits encaissés par ces indépendants et autonomes lecteurs, devenus «des entrepreneurs dans l'entreprise», à l'exemple de Jean-Luc Mongrain, Derome, Nadeau et les autres, devenus «des compétiteurs de l'entreprise», de cette entreprise qui sombre sous les endettements à la libération desquels (endettements) personne ne veut contribuer. C'est là également, une illustration des effets de la culture des gratuités et des gracieusetés qui émane d'un esprit de BÊSQ et qui sévit dans toutes les couches et couchettes de la société des «pures laines».

    La grande majorité des Québécois qui ne boudent pas les technologies de la modernité, ont l'embarras du choix, quant aux sources d'informations, en regard de ce qui se passe autant dans leur cour arrière que sur les talus du parlement, autant dans les alcôves et les jardins de Washington que dans les steppes de Gaza et chambrettes de l'Élysée.

    Il y a donc place au changement et à la programmation novatrice, dans les domaines de la culture, de la science, de la technologie, des savoirs, de la santé, des arts, du divertissement, etc.

    Même si les trois partis du Québec, en oppositions constantes et en inaction continue, les spécialistes des doubles rémunérations et les garants des irresponsables saupoudrages stockés aux greniers des endettements crasses sous lesquels croule le Québec, se cherchent quelque visibilité, à la suite du choc des «pertes d'emplois» qu'ont provoquées les propriétaires de TQS, ça ne changera rien au fait que l'argent est le nerf de cette guerre contre l'endettement irresponsable et contre le laxisme de l'insolvabilité qui courre les rues et ruelles de l'indifférence totale. Même si Régis 1er, le Régent du Gros Village National, cherchant un escabeau, y trouva quelques échasses lui permettant d'être perçu, ça ne changera absolument rien au fait qu'un exercice de rationalisation est enclenché et que les dictées de la rentabilité, en affaire, prédominent et doivent renvoyer à leurs niches respectives, sinon au calendres grecques, les ténors du vide à combler, les opportunistes pontifiants, les haut-parleurs de la jactance partisane, les spéculateurs médiatiques, les obsédés de l'imagerie, les tenants et tannants des habitues acquises, des attachements générationnels toujours conflictuels ainsi que des aveuglements qui sont, entre autres, les intrants et extrants d'une culture typiquement québécoise et historique, s'il en est une, celle des assourdissements, c'est-à-dire des étranglements, des essoufflements et des suffocations qui paralysent les voiles d'un entrepreneurship qui vogue à la merci des vents et des marées, un entrepreneurship en voie de conversion virtuelle.

    Madame Chouinard, devant les secrets de l'actuel inconnu, comment pouvez-vous affirmer, tout de go, que : «Le public, qui n'a pas été au rendez-vous pour gonfler les cotes d'écoute de TQS, perdra davantage qu'il ne le sait de ce possible éclatement»? À cet effet, quels exemples donneriez-vous, devant le CRTC ou ici, devant nous?

    Gerry Pagé
    Ville de Québec

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