Télévision - Un peuple rendu visible
Le titre à lui seul contient tout le drame qu'explique Richard Desjardins dans son film Le Peuple invisible, qui sera présenté jeudi à Radio-Canada et qui raconte l'histoire du peuple algonquin du Québec. Peuple invisible pour peuple colonisé, écrasé, déplacé, aliéné, trahi.
Ce n'est pas une histoire drôle que Desjardins raconte, mais c'est une histoire nécessaire qui aurait dû être racontée aux Québécois il y a de cela bien longtemps.
De son propre aveu, Desjardins lui-même connaissait mal les Algonquins dans son enfance abitibienne. Tout au plus les avait-il vus au loin, dans des campements, alors qu'il travaillait dans la forêt, en été. Poussé par la curiosité, il est allé plus loin, et ce qu'il a trouvé là n'a pas de quoi nous réjouir comme peuple.
Le film de Desjardins a le mérite de s'intéresser à un peuple autochtone en particulier, le peuple algonquin, de l'aborder réserve par réserve, ou territoire par territoire, ce qui permet au spectateur de suivre le fil de cette histoire extrêmement complexe. Car si chaque histoire est différente, les communautés d'Algonquins ont en commun un passé trouble, parsemé de trahisons et d'ententes mal tenues ou mal comprises avec les différents ordres de gouvernement.
D'entrée de jeu, une fois la Conquête de la Nouvelle-France amorcée par les Anglais en 1760, la Proclamation royale de 1763 propose un territoire indien qui n'a jamais été respecté. Plus que le territoire indien, dit Desjardins, ce sont les castors que les colons voulaient alors protéger. Les Indiens, devenus inutiles, sont ensuite progressivement refoulés de plus en plus loin à l'intérieur de leur territoire.
«On n'avait plus besoin de l'Indien, mais de son territoire. Il devenait encombrant», dit Desjardins. Sous l'emprise des religieux, qui leur inculquent la peur de l'enfer, absent de la cosmogonie amérindienne, les Algonquins se retrouveront confinés sur de petits territoires qui ressemblent de plus en plus à des camps de réfugiés.
Sortis de la forêt où ils vivent depuis des millénaires, ils n'ont aucune conscience de leurs droits. Ils ne savent pas non plus qu'«ils appartiennent personnellement au gouvernement fédéral», en fonction de la Loi sur les Indiens, qui leur donne un statut inférieur à celui des Blancs.
Viennent ensuite les cas particuliers de chaque communauté, souvent pathétiques. À Winneway, il y a cette communauté qui ne peut pas jouir de l'électricité d'une centrale électrique voisine sur laquelle elle avait des ambitions de propriétaire. Pis, le gouvernement du Québec, dont Guy Chevrette était alors ministre des Ressources naturelles et du Secrétariat aux affaires autochtones, a vendu cette centrale à une compagnie dont le siège social est en Ontario et qui s'appelle Algonquin Power. Le gouvernement du Québec aurait même prétendu qu'il croyait l'avoir vendue aux Algonquins de Winneway, à cause du nom de la compagnie!
À Kitcisakik, la communauté algonquine squatte un territoire appartenant à Hydro-Québec et vit sans eau et sans école.
Les Abitibiwinnies, qui vivaient autrefois au bord du lac Abitibi, sont pour leur part relocalisés par le gouvernement, avec leur propre argent, à 100 kilomètres du lac, près d'Amos, à Pikogan.
C'est sans parler des pensionnats, où l'on envoyait les enfants de force, où ils ont été souvent victimes d'abus et où on leur interdisait de parler leur langue.
Sans aucune complaisance envers les autorités québécoises et fédérales, le film a le mérite de poser crûment les sources d'une longue histoire d'aliénation. On pourrait lui reprocher cependant de présenter peu de facettes positives des communautés algonquines et de ne pas y avoir cherché les traces d'une culture qui n'est pas complètement éteinte. D'autres le feront après lui, on l'espère, comme on espère aussi qu'il y ait un avenir plus rose pour ce peuple dont le passé est si lourd et dont le présent demeure difficile à supporter.
Le Peuple invisible - Radio-Canada, jeudi 17 avril, à 20h.
Ce n'est pas une histoire drôle que Desjardins raconte, mais c'est une histoire nécessaire qui aurait dû être racontée aux Québécois il y a de cela bien longtemps.
De son propre aveu, Desjardins lui-même connaissait mal les Algonquins dans son enfance abitibienne. Tout au plus les avait-il vus au loin, dans des campements, alors qu'il travaillait dans la forêt, en été. Poussé par la curiosité, il est allé plus loin, et ce qu'il a trouvé là n'a pas de quoi nous réjouir comme peuple.
Le film de Desjardins a le mérite de s'intéresser à un peuple autochtone en particulier, le peuple algonquin, de l'aborder réserve par réserve, ou territoire par territoire, ce qui permet au spectateur de suivre le fil de cette histoire extrêmement complexe. Car si chaque histoire est différente, les communautés d'Algonquins ont en commun un passé trouble, parsemé de trahisons et d'ententes mal tenues ou mal comprises avec les différents ordres de gouvernement.
D'entrée de jeu, une fois la Conquête de la Nouvelle-France amorcée par les Anglais en 1760, la Proclamation royale de 1763 propose un territoire indien qui n'a jamais été respecté. Plus que le territoire indien, dit Desjardins, ce sont les castors que les colons voulaient alors protéger. Les Indiens, devenus inutiles, sont ensuite progressivement refoulés de plus en plus loin à l'intérieur de leur territoire.
«On n'avait plus besoin de l'Indien, mais de son territoire. Il devenait encombrant», dit Desjardins. Sous l'emprise des religieux, qui leur inculquent la peur de l'enfer, absent de la cosmogonie amérindienne, les Algonquins se retrouveront confinés sur de petits territoires qui ressemblent de plus en plus à des camps de réfugiés.
Sortis de la forêt où ils vivent depuis des millénaires, ils n'ont aucune conscience de leurs droits. Ils ne savent pas non plus qu'«ils appartiennent personnellement au gouvernement fédéral», en fonction de la Loi sur les Indiens, qui leur donne un statut inférieur à celui des Blancs.
Viennent ensuite les cas particuliers de chaque communauté, souvent pathétiques. À Winneway, il y a cette communauté qui ne peut pas jouir de l'électricité d'une centrale électrique voisine sur laquelle elle avait des ambitions de propriétaire. Pis, le gouvernement du Québec, dont Guy Chevrette était alors ministre des Ressources naturelles et du Secrétariat aux affaires autochtones, a vendu cette centrale à une compagnie dont le siège social est en Ontario et qui s'appelle Algonquin Power. Le gouvernement du Québec aurait même prétendu qu'il croyait l'avoir vendue aux Algonquins de Winneway, à cause du nom de la compagnie!
À Kitcisakik, la communauté algonquine squatte un territoire appartenant à Hydro-Québec et vit sans eau et sans école.
Les Abitibiwinnies, qui vivaient autrefois au bord du lac Abitibi, sont pour leur part relocalisés par le gouvernement, avec leur propre argent, à 100 kilomètres du lac, près d'Amos, à Pikogan.
C'est sans parler des pensionnats, où l'on envoyait les enfants de force, où ils ont été souvent victimes d'abus et où on leur interdisait de parler leur langue.
Sans aucune complaisance envers les autorités québécoises et fédérales, le film a le mérite de poser crûment les sources d'une longue histoire d'aliénation. On pourrait lui reprocher cependant de présenter peu de facettes positives des communautés algonquines et de ne pas y avoir cherché les traces d'une culture qui n'est pas complètement éteinte. D'autres le feront après lui, on l'espère, comme on espère aussi qu'il y ait un avenir plus rose pour ce peuple dont le passé est si lourd et dont le présent demeure difficile à supporter.
Le Peuple invisible - Radio-Canada, jeudi 17 avril, à 20h.
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