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Télévision - Enron, la mère de tous les scandales financiers

François Desjardins   5 avril 2008  Médias
Ceux qui s'étonnent encore du cran avec lequel Vincent Lacroix et ses complices chez Norbourg ont berné le monde pendant des années auraient tout intérêt à considérer le cas d'Enron, aux États-Unis. Comment ne pas être fasciné par les motivations humaines d'une obsession des profits si destructrice qu'elle a fini par tuer la septième plus grosse société américaine et par resserrer de manière brutale la comptabilité qu'on exige désormais des entreprises?

Réalisé en 2005 par Alex Gibney, Enron: derrière l'incroyable scandale (traduction de The Smartest Guys in the Room) est un documentaire de premier ordre qui signe deux exploits. D'abord, il explique clairement les pirouettes comptables grâce auxquelles Enron pouvait affirmer, année après année, que ses profits augmentaient. Ensuite, il plonge l'auditeur dans l'ambiance lugubre qui vient avec la folie des grandeurs, celle des patrons corrompus mais aussi celle des employés dont le rôle était d'atteindre des objectifs précis à défaut de quoi ils étaient tout simplement congédiés à la fin de l'année.

Or l'histoire d'Enron n'est pas seulement celle des dirigeants qui liquidaient leurs actions en douce tout en affirmant aux actionnaires que l'avenir était prometteur. Elle a une portée politique. Le président du conseil, Ken Lay, était un ami de la famille Bush, si bien que l'entreprise a été le plus important donateur à la campagne du fils en 2000. Et avec raison: le rêve d'Enron, spécialisée dans le secteur de l'énergie, s'articulait autour d'une déréglementation complète du marché dans l'espoir de pouvoir agir à sa guise, sans balises ni limites.

Fondée à Houston en 1985, Enron se spécialise d'abord dans la distribution de gaz naturel et d'électricité. Au fil du temps, alors que les profits s'accumulent, les éloges deviennent monnaie courante. Au cours des années 90, Enron lance de nouveaux produits financiers, notamment dans le domaine des télécommunications. Six ans de suite, le magazine Fortune lui décerne le titre de «compagnie la plus innovatrice». En 2000, Enron affirme avoir un chiffre d'affaires de 111 milliards $US.

En 2001, le vent tourne. Une journaliste du magazine Fortune pose une question toute simple: comment Enron fait-elle de l'argent? La direction, frappée de panique, est incapable de le lui expliquer clairement. L'article de Bethany McLean, dont un livre subséquent servira d'inspiration pour le documentaire, paraît en mars 2001. Les événements se succéderont si vite qu'en décembre la compagnie déclare faillite.

Au fil des mois, on apprend que la comptabilité d'Enron est un château de cartes. La stratégie, qui consiste entre autres à créer une multitude de petites compagnies pour camoufler la dette, est si grave qu'elle entraîne la mort d'une des grandes firmes comptables du monde, celle d'Arthur Andersen. L'effondrement de la compagnie, où travaillaient 22 000 personnes qui ont perdu leur fonds de retraite, a forcé une refonte des lois — même au Canada — et poussé les analystes financiers et les journalistes à se remettre en question.

Le documentaire d'Alex Gibney, mis en nomination au festival de Sundance de 2005 et aux Oscars de 2006, est présenté au petit écran en français pour la première fois. Pour quiconque s'intéresse aux excès qui peuvent survenir dans le monde des affaires, il vaut le détour.

Enron: derrière l'incroyable scandale - Dimanche 6 avril à Canal D, 19h.
 
 
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