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Médias - Tendances américaines

Paul Cauchon   25 mars 2008  Médias
Internet permet une plus grande démocratisation de l'information? Pourtant, aux États-Unis, c'est la consommation des médias traditionnels qui prévaut sur la grande toile. Les blogues, eux, attirent un auditoire plus réduit que prévu, et le journalisme citoyen ne tient pas ses promesses.

Quant à la couverture journalistique en soi, elle semble rétrécir dans les grands médias. La guerre en Irak et la pré-campagne électorale présidentielle ont occupé plus du quart du contenu informatif dans les médias, en 2007. L'information internationale, c'est d'abord l'Irak, puis, dans une moindre mesure, l'Iran et le Pakistan. Tous les autres pays du monde représentent moins de 6 % de l'ensemble de la couverture journalistique.

Une couverture journalistique qui, de façon générale, laisse de côté plusieurs enjeux majeurs concernant l'éducation, les relations raciales, la religion, le transport, le contrôle des armes et le bien-être social, entre autres.

Ce sont là les conclusions du State of the News Media 2008, rapport annuel sur l'état du journalisme américain.

Ce rapport est produit depuis cinq ans par le Project for Excellence in Journalism (PEJ), organisme de recherche non partisan lié au Pew Research Center de Washington, financé par plusieurs fondations. La masse d'information qu'on peut y trouver est impressionnante: revue de tous les sondages auprès du public, études universitaires, analyse de l'écoute de la télévision, revue des tirages des journaux et des magazines, graphiques en tous genres. Le rapport, disponible sur Internet, fait 700 pages! Pour la seule analyse du contenu, le PEJ a compilé 70 000 reportages publiés ou diffusés tout au long de l'année dans 48 médias.

Plus trouble

D'emblée, le PEJ écrit que l'état du journalisme «est plus trouble qu'il y a un an» et que les problèmes «sont différents de ceux que plusieurs experts avaient prédits».

Ainsi, les études montrent que malgré la multiplication des sources d'information, plus de gens qu'avant consomment ce que les salles de nouvelles traditionnelles produisent. Et sur Internet, les dix sites les plus populaires sont essentiellement des sites reliés à des médias traditionnels.

Les recherches du PEJ indiquent également que les blogues et les sites de journalisme citoyen attirent «un auditoire plus réduit qu'on ne s'y attendait» et que le journalisme produit par les usagers sur les sites citoyens apparaît «limité», avec des informations souvent peu fiables.

Les blogues sont toujours en croissance, mais pour les Américains, il s'agit de la dernière source d'information significative, après la télévision, la radio, les journaux, les sites Web, les magazines. Les Américains font d'ailleurs plus confiance aux amis et aux voisins comme source d'information qu'aux blogues!

Le rapport constate également que de façon générale, les champs d'intérêt des médias ont tendance à se réduire et que les chaînes de nouvelles sur le câble ainsi que la radio ont tendance à présenter une vision étroite de la réalité, en amplifiant les informations spectaculaires.

Par ailleurs, deux des sujets les plus importants de l'année aux États-Unis, soit le massacre de Virginia Tech et l'effondrement du pont au Minnesota, étaient à peu près abandonnés après une semaine, preuve du manque de suivi et de profondeur des médias.

Le constat est assez dur, comme on le voit.

Tirage et profits en baisse

Le rapport présente aussi une foule de données économiques. Pour les six premiers mois de 2007, le tirage des quotidiens était en baisse de 2,5 % en semaine et de 3,3 % le dimanche (journée très importante pour les quotidiens américains). Le taux de lecture des journaux est en baisse constante depuis 1999. Mais en même temps, à la fin de 2007, la fréquentation des sites Internet des journaux était en hausse de 3,7 % par rapport à l'année précédente.

Les profits des journaux, eux, sont en baisse de 10 % par rapport à l'année précédente, et les compressions de personnel continuent.

De façon générale, le plus gros problème auquel les médias traditionnels font face n'est pas de suivre le consommateur sur Internet. Au contraire, le rapport souligne que les salles de nouvelles sont particulièrement innovatrices, par rapport à d'autres secteurs de l'industrie comme le marketing ou la distribution. Le problème, c'est plutôt de savoir ce que le consommateur paiera pour l'information. Les salles de nouvelles savent s'adapter, mais la publicité sur Internet ne suit pas au même rythme. Le défi de la presse est énorme, écrit le PEJ: «le monde de l'information doit réinventer sa profession et ses modèles d'affaires en même temps qu'il réduit ses ressources».

Autre constatation: le journaliste doit maintenant donner aux citoyens les outils pour trouver l'information par eux-mêmes.

Ainsi, alors qu'il y a un an seulement trois des 24 plus importants sites Internet de nouvelles offraient à l'internaute des hyperliens pour aller voir ailleurs, cette année, ce sont onze des mêmes 24 sites qui le font. La tendance de l'avenir consiste donc à aider l'internaute à trouver ce qu'il cherche, y compris ailleurs que sur le site qu'il consulte.

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    mardi 25 mars 2008 05h16
    Médias - Tendances mondiales: Influencer ou informer?
    Le journalisme, l'information, la propagande, la rentabilité.
    Tous des thèmes qui se tiennent main par la main.

    En 25 ans, les conditions de travail ont changé considérablement.
    Maintenant, on demande au journaliste d'être photographe, caméraman. On lui demande d'écrire et de commenter sur un clip vidéo. Tout ça en étant rapide, très rapide. Au diable le suivi, et surtout au diable l'enquête.

    On se retrouve avec de la nouvelle à consommer rapidement, comme une malbouffe journalistique. Au diable l'éthique, on ne se gène pas pour offrir du journalisme de potin, ce commérage. La culture et l'histoire disparaissent. On donne, même on impose, son opinion et ce en se basant sur de moins en moins de faits. On rapporte les propos comme s'ils reflétaient la réalité, nous avons du journalisme de conférence de presse et de bureau relié à AFP, plutôt que du journalisme de terrain.

    Je crois que le "Watergate" ne serait plus possible aujourd'hui.
    Premièrement, les enquêtes approfondies n'existent pratiquement plus, on ne finance plus ces "pertes de temps" (sic).
    Deuxièmement, nous avons des similis journalistes qui se spécialisent pour faire passer le message au détriment de l'information. De plus, les techniques de désinformation ont atteint une subtilité psychologique de très haut niveau.
    Plus le "journaliste" a une crédibilité, plus il est sollicité pour livrer "la bonne parole" et rétablir l'opinion publique dans la bonne voie.
    Donc, on peut aisément désamorcer l'impact des enquêtes trop révélatrices. (par exemple le 11 septembre 2001)
    Le "Watergate" aujourd'hui, devrait affronter la rumeur du "probablement pas si vrai que ça" et de la justification des scandales, c'est-à-dire, oui, le scandale a eu lieu, «mais», "je vais vous expliquer", car le porte-parole de... a déclaré, ce qui explique que... et peu à peu la simple énergie pour divulguer les résultats de l'enquête devient considérable. Divulguer la réalité devient un travail de missionnaire et évidemment on peut se rendre jusqu'à risquer sa vie.

    Heureusement, dans certaines circonstances, la réalité prend le dessus.
    Un des meilleurs exemples est l'Amérique du Sud (Ah! lui et son Amérique latine!).
    Souvenez-vous, au lendemain de l'assassinat de Raúl Reyes, les autorités colombiennes avaient découvert un ordinateur miracle, qui renfermait des "«preuves»". Un vrai chapeau de magicien, d'où on pouvait sortir bien plus que des lapins!
    Preuve (sic) que les FARC avaient financé Chávez lorsqu'il était en prison en 1993 (eh! oui! ce repris de justice...!)
    Preuve (sic) que Chávez finançait les FARC avec du pétrole.
    Preuve (sic) que Correa, d'Équateur, était complice des FARC.
    Preuve (sic) que les FARC avaient acheté de l'uranium pour une bombe sale.
    Preuve (sic) de..., je ne me souviens plus, mais des preuves, en voulez-vous, en v'là!

    Vous souvenez-vous des gros titres? Des premières pages, des chroniques, des éditoriaux?
    Allez-y, les "journalistes", vivent la nouvelle qui flotte sur le potin.
    Malheureusement, ces allégations ont coulé, une à une. Une courte campagne de propagande qui s'est dissoute par la force de la réalité. Depuis deux semaines, si vous regardez la section Amérique latine du Devoir, de CyberPresse ou de Radio Canada, plus rien, comme si la "crise" sud-américaine avait disparu, évaporée comme l'eau au soleil. Pourtant, le massacre du 1er mars a été beaucoup mieux étudié, les "preuves" (sic) des ordinateurs miracles n'ont pas pu être confirmés, les déclarations de l'étudiante mexicaine ayant survécu au massacre ont été percutantes, les déclarations des représentants de l'OEA, la reconnaissance par la Colombie que leur attaque a été soutenue par l'armée US, etc. etc.. Une réalité trop forte pour que la désinformation survive. Maintenant, on préfère garder sous silence avec une sorte de "black out" médiatique l'Amérique latine.
    Dans cette crise, la rumeur, le potin, ont été livrés avec énergie, mais la réalité qui les a fait se dissoudre, elle, n'a jamais été rapportée.

    Une équipe de l'OEA (organisation des États américains) a été enquêter sur le lieu du massacre. Les conclusions de leur enquête n'ont pas fait la nouvelle, aucun éditorialiste ou chroniqueur "spécialisé" n'a rapporté cette démarche et ces conclusions. Des déclarations concernant lesdites preuves des ordinateurs de Reyes puis de Riós, ont été faites, aucun mot dans nos infos. Des remontrances indignées ont été faites par le secrétaire de l'OEA M. Insulza au journal espagnol "El País" pour leurs mensonges reliés à la crise, la presse "officielle" n'a dit mot.
    La compagnie Exxon Mobil a perdu sa cause contre le Venezuela, au tribunal de Londres, personne n'a commenté.
    La réalité, même si on la tait, réussit toutefois à dissoudre la rumeur et parvient à se hisser au-dessus de la propagande.

    Les médias ont une force de manipulation incroyable, les spécialistes de la stratégie le savent très bien et l'utilisent avec finesse.

    Il faut toujours chercher à voir le fait neutre qui se trouve sous la nouvelle.
    Il faut toujours se demander si on ressent plus que l'on apprend.
    Si vous terminer la lecture d'une nouvelle en ayant un sentiment de condamnation ou de justification fort, tranché, sans en connaître plus sur l'événement et sans que vous ayez eu besoin du moindre effort pour en arriver à ce jugement pourtant clair dans votre esprit, posez-vous des questions et réévaluez l'information qu'on met à votre disposition pour que vous puissiez peser le pour et le contre et forger, vous-même, votre jugement.

    Il est devenu dangereux d'être aveuglé par la réputation de certains organismes.
    L'infiltration subtile de propagandistes dans les organisations ayant atteint des sommets de respectabilité, est monnaie courante.
    Par exemple, prenons Reporter sans Frontières. Une crédibilité à toute épreuve.
    "Aye! RSF le dit!"
    Très gênant de mettre en doute une nouvelle de Reporter sans Frontières, pourtant!
    Les liens entre RSF et la NED (National Endowment for Democracy) et USAID ont été établis.
    http://www.legrandsoir.info/spip.php?article2160
    http://www.granma.cu/frances/2006/Abril/mar18/17rs (article de Jean-Guy Allard)
    http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=

    Plus récemment, le 12 mars 2008, lors d'une journée "Internet libre" organisée par RSF, l'UNESCO retire son patronage à RSF qu'elle accuse de vouloir s'ingérer dans la politique interne de certains pays avec qui l'UNESCO travaille en bonne collaboration.
    L'UNESCO reproche à RSF ses objectifs nettement politiques.
    http://www.granma.cu/frances/2008/marzo/mier12/une
    http://www.rsf.org/imprimer.php3?id_article=26183 (version de RSF)
    http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6169
    http://www.voltairenet.org/article155918.html

    Beaucoup d'hyperliens, pour donner un éventail de vues.

    Outre le potin, la rumeur, force est de constater que les soldats de l'information de Reporters sans Frontières qui se sont invités à la cérémonie d'allumage de la flamme olympique pour les Jeux de Pékin ( http://www.ouest-france.fr/Flamme-olympique-les-mi ), avaient une mission plus politique que de reportage.
    Il faut se demander sérieusement si c'est le rôle des journalistes de prendre position dans la politique internationale.
    Comment un journaliste peut-il livrer une réalité neutre si ces vues sont nettement teintées de politique?
    Un journaliste qui s'implique au niveau politique n'est plus un journaliste, il est un propagandiste. Il ne livre que la réalité qui sert son idéologie et garde sous silence les faits qui vont à son encontre.

    Les professionnels de l'information doivent se ressaisir et reconsidérer l'éthique de leur noble profession afin de reprendre les rênes du 4e pouvoir.

    De notre côté, nous devons exiger de l'information neutre et dénoncer les excès d'opinion.
    Nous devons aussi être très conscients qu'on manipule notre opinion en utilisant nos sentiments. ( À ce sujet, lire mon commentaire sur Le cas chinois de Gil Courtemanche http://www.ledevoir.com/2008/03/22/commentaires/
    0803221550653.html )


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Robert Côté
    Abonné
    mardi 25 mars 2008 12h00
    La liberté de la presse ????
    Monsieur Charbonneau a bien rendu une grande partie de ma pensée.J'ajouterais simplement ceci: Si un jour,vous les journalistes faites un mea culpa sur vos motivations,vos agirs et que vous commencez à nous nourrir de véritables nouvelles,d'analyses étoffées,et de suivis de dossiers sur un long terme, vous en serez les premiers bénéficiaires.

    Nous pourrions commencer à porter intérêt à ce que vous écrivez.Nous mangeons du fast-food journalistique alors que nous rêvons de gastronomie.Cela fait l'affaire de vos patrons,de nos gouvernements et de d'autres décideurs.Vous servez plus souvent l'économique que la liberté de presse.

    Il y a des peuples qui se battent présentement pour obtenir un droit que vous bafouez chaque jour.Il y a des changements qui doivent se faire dans les salles de presse et vous êtes les seuls à pouvoir les entreprendre.Avec un meilleur produit peut-être que le nombre de lecteurs augmentera de facto!!!

  • André Julien
    Inscrit
    mardi 25 mars 2008 19h44
    Mondialisation locale de la presse
    L'internet amène le lecteur à lire le journal d'une ville ou se déroule une action donnée pour connaître à chaud la réaction des spectateurs immédiats.
    Il y a quelques années un citoyen canadien a
    été exécuté à Huntsville au Texas. A la même heure dans le journal local, The Huntsville Item on pouvait y lire les réflexions d'un spectateur privilégié, compatriote de l'exécutant de cette basse-oeuvre.
    Les journaux ont compris qu'ils devaient ouvrir toute grande leur porte internet après des périodes d'essai à usage restreint qui se sont révélées monétairement insignifiant.
    La version papier et celle de l'internet peuvent avoir le même contenu mais le rayonnement mondial sur l'internet sera toujours un succès d'estime, dépendant des revenus des publicités locales de la version papier pour sa survie.
    A cause du nombre phénoménale de sources journalistiques disponibles, le paiement d'une contribution à un journal donné représente plus une contribution volontaire à un journal qu'on aime qu'à une source de revenu signifiant pour sa viabilité commerciale.

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