Médias - Tendances américaines
Internet permet une plus grande démocratisation de l'information? Pourtant, aux États-Unis, c'est la consommation des médias traditionnels qui prévaut sur la grande toile. Les blogues, eux, attirent un auditoire plus réduit que prévu, et le journalisme citoyen ne tient pas ses promesses.
Quant à la couverture journalistique en soi, elle semble rétrécir dans les grands médias. La guerre en Irak et la pré-campagne électorale présidentielle ont occupé plus du quart du contenu informatif dans les médias, en 2007. L'information internationale, c'est d'abord l'Irak, puis, dans une moindre mesure, l'Iran et le Pakistan. Tous les autres pays du monde représentent moins de 6 % de l'ensemble de la couverture journalistique.
Une couverture journalistique qui, de façon générale, laisse de côté plusieurs enjeux majeurs concernant l'éducation, les relations raciales, la religion, le transport, le contrôle des armes et le bien-être social, entre autres.
Ce sont là les conclusions du State of the News Media 2008, rapport annuel sur l'état du journalisme américain.
Ce rapport est produit depuis cinq ans par le Project for Excellence in Journalism (PEJ), organisme de recherche non partisan lié au Pew Research Center de Washington, financé par plusieurs fondations. La masse d'information qu'on peut y trouver est impressionnante: revue de tous les sondages auprès du public, études universitaires, analyse de l'écoute de la télévision, revue des tirages des journaux et des magazines, graphiques en tous genres. Le rapport, disponible sur Internet, fait 700 pages! Pour la seule analyse du contenu, le PEJ a compilé 70 000 reportages publiés ou diffusés tout au long de l'année dans 48 médias.
Plus trouble
D'emblée, le PEJ écrit que l'état du journalisme «est plus trouble qu'il y a un an» et que les problèmes «sont différents de ceux que plusieurs experts avaient prédits».
Ainsi, les études montrent que malgré la multiplication des sources d'information, plus de gens qu'avant consomment ce que les salles de nouvelles traditionnelles produisent. Et sur Internet, les dix sites les plus populaires sont essentiellement des sites reliés à des médias traditionnels.
Les recherches du PEJ indiquent également que les blogues et les sites de journalisme citoyen attirent «un auditoire plus réduit qu'on ne s'y attendait» et que le journalisme produit par les usagers sur les sites citoyens apparaît «limité», avec des informations souvent peu fiables.
Les blogues sont toujours en croissance, mais pour les Américains, il s'agit de la dernière source d'information significative, après la télévision, la radio, les journaux, les sites Web, les magazines. Les Américains font d'ailleurs plus confiance aux amis et aux voisins comme source d'information qu'aux blogues!
Le rapport constate également que de façon générale, les champs d'intérêt des médias ont tendance à se réduire et que les chaînes de nouvelles sur le câble ainsi que la radio ont tendance à présenter une vision étroite de la réalité, en amplifiant les informations spectaculaires.
Par ailleurs, deux des sujets les plus importants de l'année aux États-Unis, soit le massacre de Virginia Tech et l'effondrement du pont au Minnesota, étaient à peu près abandonnés après une semaine, preuve du manque de suivi et de profondeur des médias.
Le constat est assez dur, comme on le voit.
Tirage et profits en baisse
Le rapport présente aussi une foule de données économiques. Pour les six premiers mois de 2007, le tirage des quotidiens était en baisse de 2,5 % en semaine et de 3,3 % le dimanche (journée très importante pour les quotidiens américains). Le taux de lecture des journaux est en baisse constante depuis 1999. Mais en même temps, à la fin de 2007, la fréquentation des sites Internet des journaux était en hausse de 3,7 % par rapport à l'année précédente.
Les profits des journaux, eux, sont en baisse de 10 % par rapport à l'année précédente, et les compressions de personnel continuent.
De façon générale, le plus gros problème auquel les médias traditionnels font face n'est pas de suivre le consommateur sur Internet. Au contraire, le rapport souligne que les salles de nouvelles sont particulièrement innovatrices, par rapport à d'autres secteurs de l'industrie comme le marketing ou la distribution. Le problème, c'est plutôt de savoir ce que le consommateur paiera pour l'information. Les salles de nouvelles savent s'adapter, mais la publicité sur Internet ne suit pas au même rythme. Le défi de la presse est énorme, écrit le PEJ: «le monde de l'information doit réinventer sa profession et ses modèles d'affaires en même temps qu'il réduit ses ressources».
Autre constatation: le journaliste doit maintenant donner aux citoyens les outils pour trouver l'information par eux-mêmes.
Ainsi, alors qu'il y a un an seulement trois des 24 plus importants sites Internet de nouvelles offraient à l'internaute des hyperliens pour aller voir ailleurs, cette année, ce sont onze des mêmes 24 sites qui le font. La tendance de l'avenir consiste donc à aider l'internaute à trouver ce qu'il cherche, y compris ailleurs que sur le site qu'il consulte.
pcauchon@ledevoir.com
Quant à la couverture journalistique en soi, elle semble rétrécir dans les grands médias. La guerre en Irak et la pré-campagne électorale présidentielle ont occupé plus du quart du contenu informatif dans les médias, en 2007. L'information internationale, c'est d'abord l'Irak, puis, dans une moindre mesure, l'Iran et le Pakistan. Tous les autres pays du monde représentent moins de 6 % de l'ensemble de la couverture journalistique.
Une couverture journalistique qui, de façon générale, laisse de côté plusieurs enjeux majeurs concernant l'éducation, les relations raciales, la religion, le transport, le contrôle des armes et le bien-être social, entre autres.
Ce sont là les conclusions du State of the News Media 2008, rapport annuel sur l'état du journalisme américain.
Ce rapport est produit depuis cinq ans par le Project for Excellence in Journalism (PEJ), organisme de recherche non partisan lié au Pew Research Center de Washington, financé par plusieurs fondations. La masse d'information qu'on peut y trouver est impressionnante: revue de tous les sondages auprès du public, études universitaires, analyse de l'écoute de la télévision, revue des tirages des journaux et des magazines, graphiques en tous genres. Le rapport, disponible sur Internet, fait 700 pages! Pour la seule analyse du contenu, le PEJ a compilé 70 000 reportages publiés ou diffusés tout au long de l'année dans 48 médias.
Plus trouble
D'emblée, le PEJ écrit que l'état du journalisme «est plus trouble qu'il y a un an» et que les problèmes «sont différents de ceux que plusieurs experts avaient prédits».
Ainsi, les études montrent que malgré la multiplication des sources d'information, plus de gens qu'avant consomment ce que les salles de nouvelles traditionnelles produisent. Et sur Internet, les dix sites les plus populaires sont essentiellement des sites reliés à des médias traditionnels.
Les recherches du PEJ indiquent également que les blogues et les sites de journalisme citoyen attirent «un auditoire plus réduit qu'on ne s'y attendait» et que le journalisme produit par les usagers sur les sites citoyens apparaît «limité», avec des informations souvent peu fiables.
Les blogues sont toujours en croissance, mais pour les Américains, il s'agit de la dernière source d'information significative, après la télévision, la radio, les journaux, les sites Web, les magazines. Les Américains font d'ailleurs plus confiance aux amis et aux voisins comme source d'information qu'aux blogues!
Le rapport constate également que de façon générale, les champs d'intérêt des médias ont tendance à se réduire et que les chaînes de nouvelles sur le câble ainsi que la radio ont tendance à présenter une vision étroite de la réalité, en amplifiant les informations spectaculaires.
Par ailleurs, deux des sujets les plus importants de l'année aux États-Unis, soit le massacre de Virginia Tech et l'effondrement du pont au Minnesota, étaient à peu près abandonnés après une semaine, preuve du manque de suivi et de profondeur des médias.
Le constat est assez dur, comme on le voit.
Tirage et profits en baisse
Le rapport présente aussi une foule de données économiques. Pour les six premiers mois de 2007, le tirage des quotidiens était en baisse de 2,5 % en semaine et de 3,3 % le dimanche (journée très importante pour les quotidiens américains). Le taux de lecture des journaux est en baisse constante depuis 1999. Mais en même temps, à la fin de 2007, la fréquentation des sites Internet des journaux était en hausse de 3,7 % par rapport à l'année précédente.
Les profits des journaux, eux, sont en baisse de 10 % par rapport à l'année précédente, et les compressions de personnel continuent.
De façon générale, le plus gros problème auquel les médias traditionnels font face n'est pas de suivre le consommateur sur Internet. Au contraire, le rapport souligne que les salles de nouvelles sont particulièrement innovatrices, par rapport à d'autres secteurs de l'industrie comme le marketing ou la distribution. Le problème, c'est plutôt de savoir ce que le consommateur paiera pour l'information. Les salles de nouvelles savent s'adapter, mais la publicité sur Internet ne suit pas au même rythme. Le défi de la presse est énorme, écrit le PEJ: «le monde de l'information doit réinventer sa profession et ses modèles d'affaires en même temps qu'il réduit ses ressources».
Autre constatation: le journaliste doit maintenant donner aux citoyens les outils pour trouver l'information par eux-mêmes.
Ainsi, alors qu'il y a un an seulement trois des 24 plus importants sites Internet de nouvelles offraient à l'internaute des hyperliens pour aller voir ailleurs, cette année, ce sont onze des mêmes 24 sites qui le font. La tendance de l'avenir consiste donc à aider l'internaute à trouver ce qu'il cherche, y compris ailleurs que sur le site qu'il consulte.
pcauchon@ledevoir.com
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