Médias - TQS à l'heure de défis considérables
Bon, c'est fait: TQS a trouvé un acheteur, Remstar, compagnie de distribution et de production de films dirigée par de jeunes loups ambitieux, les frères Rémillard.
En fait, rien n'est fait. Car les défis sont tels que l'on se demande bien comment Remstar pourra relancer l'entreprise.
Il lui faut d'abord présenter une offre aux créanciers de TQS d'ici la fin mars, et les nombreux créanciers doivent accepter cette offre d'ici la fin avril. On imagine mal comment ces créanciers pourront récupérer la totalité de leurs sommes. L'entreprise perdait au moins cinq millions par année, sur des revenus d'environ 100 millions, et dont les créances dépassent 65 millions.
Si Remstar parvient à convaincre les créanciers, il lui faut également convaincre rapidement les annonceurs de ne pas déserter la chaîne cet automne, des annonceurs de plus en plus tentés de déplacer leurs ressources vers les chaînes spécialisées, où les profits sont beaucoup plus nets, ainsi que sur Internet.
Part de marché en baisse
Pour convaincre les annonceurs, on ne peut pas tabler sur les succès de l'année en cours, évidemment, puisque TQS, incapable de proposer de nouvelles émissions cet hiver et d'investir dans quoi que ce soit, a connu des records de baisse d'écoute.
Alors que sa part de marché se situait entre 11 % et 12 % à l'automne, principalement grâce à Loft Story (et c'est une part peu élevée par rapport à des niveaux de 13 % ou 14 % connus lors des années précédentes), elle se situe depuis janvier entre 8,5 % et 9,5 %. Depuis le retour des Fêtes, aucune émission de TQS ne s'est placée dans la liste des 30 émissions les plus regardées au Québec.
Par-dessus le marché, la figure qui incarne probablement le plus la stabilité à TQS, Jean-Luc Mongrain, ne sera peut-être pas là très longtemps. Le Journal de Montréal nous apprenait vendredi que le contrat de Jean-Luc Mongrain se termine en mai, et que le monsieur serait très désireux d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte.
De toute façon, que Jean-Luc Mongrain parte ou non, Remstar n'a pas tellement le choix: pour que cette chaîne soit viable, il lui faut frapper un grand coup, avec un concept novateur et audacieux. Parce que si TQS persiste à concurrencer TVA et Radio-Canada sur leur terrain, elle n'ira pas très loin, et la question de l'utilité réelle d'un troisième réseau traditionnel au Québec se posera assez rapidement.
Une différence qui doit être vite payante
La semaine dernière, l'ancien dirigeant de TQS Guy Fournier déclarait en entrevue que TQS devrait revenir à la base, c'est-à-dire faire de la télévision différente. Le problème de TQS, évidemment, c'est que sa différence doit absolument être payante, et ce, le plus vite possible. Télé-Québec peut faire différent, mais elle reçoit pour ce faire des fonds gouvernementaux, avec un mandat bien défini (qu'elle remplit d'ailleurs plutôt bien).
Alors, on fait quoi? Ce serait probablement le temps d'exploiter au maximum le concept de télévision urbaine, proche des gens, peut-être de plus en plus axée sur les communautés culturelles. Il faudra probablement être assez provocateur. Et on doute que TQS puisse vraiment maintenir une présence dans plusieurs régions québécoises. Mais, surtout, TQS doit proposer des concepts d'émissions qui exploiteraient massivement les nouvelles technologies, des émissions pensées dès leur création en fonction d'Internet, des mobiles, du téléchargement, et ainsi de suite.
***
Les journalistes du Journal de Québec sont en lock-out depuis plus d'un an, du jamais vu. Et la semaine dernière avaient lieu à Québec des audiences devant la Commission des relations de travail, où les journalistes en lock-out tentent de démontrer que du personnel de Canoë agirait comme briseur de grève pour Le Journal de Québec.
À l'occasion de cette audience, on a pu prendre connaissance d'une information très étonnante. À l'été 2007, un contrat a en effet été signé entre Quebecor et une nouvelle entreprise, Nomade, une agence de nouvelles créée par Sylvain Chamberland, un ancien cadre de TVA.
M. Chamberland a témoigné devant la commission que le grand patron de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, l'avait contacté avec le projet de lancer une agence de presse pour fournir du contenu à Canoë. Selon les mots de Sylvain Chamberland, Nomade «est devenue une agence totalement dédiée aux différentes plates-formes de Quebecor Media, qui pouvait ainsi se débarrasser de La Presse canadienne».
On prend donc bonne note que Quebecor a provoqué la création d'une agence privée indépendante pour lui fournir des textes devant être utilisés sur Canoë, au lieu d'engager des journalistes maison pour le faire (doit-on parler d'information confiée à la sous-traitance?). On note également la méfiance exprimée envers La Presse canadienne, la vénérable agence de presse avec qui CanWest Media a déjà décidé de ne plus faire affaire.
La stratégie de Quebecor semble donc de plus en plus s'orienter vers l'autosuffisance, de la même façon que le groupe préconise de se retirer du Fonds canadien de télévision pour créer son propre Fonds Quebecor, qui financerait les seules productions destinées à l'empire. C'est à suivre, sans nul doute.
pcauchon@ledevoir.com
En fait, rien n'est fait. Car les défis sont tels que l'on se demande bien comment Remstar pourra relancer l'entreprise.
Il lui faut d'abord présenter une offre aux créanciers de TQS d'ici la fin mars, et les nombreux créanciers doivent accepter cette offre d'ici la fin avril. On imagine mal comment ces créanciers pourront récupérer la totalité de leurs sommes. L'entreprise perdait au moins cinq millions par année, sur des revenus d'environ 100 millions, et dont les créances dépassent 65 millions.
Si Remstar parvient à convaincre les créanciers, il lui faut également convaincre rapidement les annonceurs de ne pas déserter la chaîne cet automne, des annonceurs de plus en plus tentés de déplacer leurs ressources vers les chaînes spécialisées, où les profits sont beaucoup plus nets, ainsi que sur Internet.
Part de marché en baisse
Pour convaincre les annonceurs, on ne peut pas tabler sur les succès de l'année en cours, évidemment, puisque TQS, incapable de proposer de nouvelles émissions cet hiver et d'investir dans quoi que ce soit, a connu des records de baisse d'écoute.
Alors que sa part de marché se situait entre 11 % et 12 % à l'automne, principalement grâce à Loft Story (et c'est une part peu élevée par rapport à des niveaux de 13 % ou 14 % connus lors des années précédentes), elle se situe depuis janvier entre 8,5 % et 9,5 %. Depuis le retour des Fêtes, aucune émission de TQS ne s'est placée dans la liste des 30 émissions les plus regardées au Québec.
Par-dessus le marché, la figure qui incarne probablement le plus la stabilité à TQS, Jean-Luc Mongrain, ne sera peut-être pas là très longtemps. Le Journal de Montréal nous apprenait vendredi que le contrat de Jean-Luc Mongrain se termine en mai, et que le monsieur serait très désireux d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte.
De toute façon, que Jean-Luc Mongrain parte ou non, Remstar n'a pas tellement le choix: pour que cette chaîne soit viable, il lui faut frapper un grand coup, avec un concept novateur et audacieux. Parce que si TQS persiste à concurrencer TVA et Radio-Canada sur leur terrain, elle n'ira pas très loin, et la question de l'utilité réelle d'un troisième réseau traditionnel au Québec se posera assez rapidement.
Une différence qui doit être vite payante
La semaine dernière, l'ancien dirigeant de TQS Guy Fournier déclarait en entrevue que TQS devrait revenir à la base, c'est-à-dire faire de la télévision différente. Le problème de TQS, évidemment, c'est que sa différence doit absolument être payante, et ce, le plus vite possible. Télé-Québec peut faire différent, mais elle reçoit pour ce faire des fonds gouvernementaux, avec un mandat bien défini (qu'elle remplit d'ailleurs plutôt bien).
Alors, on fait quoi? Ce serait probablement le temps d'exploiter au maximum le concept de télévision urbaine, proche des gens, peut-être de plus en plus axée sur les communautés culturelles. Il faudra probablement être assez provocateur. Et on doute que TQS puisse vraiment maintenir une présence dans plusieurs régions québécoises. Mais, surtout, TQS doit proposer des concepts d'émissions qui exploiteraient massivement les nouvelles technologies, des émissions pensées dès leur création en fonction d'Internet, des mobiles, du téléchargement, et ainsi de suite.
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Les journalistes du Journal de Québec sont en lock-out depuis plus d'un an, du jamais vu. Et la semaine dernière avaient lieu à Québec des audiences devant la Commission des relations de travail, où les journalistes en lock-out tentent de démontrer que du personnel de Canoë agirait comme briseur de grève pour Le Journal de Québec.
À l'occasion de cette audience, on a pu prendre connaissance d'une information très étonnante. À l'été 2007, un contrat a en effet été signé entre Quebecor et une nouvelle entreprise, Nomade, une agence de nouvelles créée par Sylvain Chamberland, un ancien cadre de TVA.
M. Chamberland a témoigné devant la commission que le grand patron de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, l'avait contacté avec le projet de lancer une agence de presse pour fournir du contenu à Canoë. Selon les mots de Sylvain Chamberland, Nomade «est devenue une agence totalement dédiée aux différentes plates-formes de Quebecor Media, qui pouvait ainsi se débarrasser de La Presse canadienne».
On prend donc bonne note que Quebecor a provoqué la création d'une agence privée indépendante pour lui fournir des textes devant être utilisés sur Canoë, au lieu d'engager des journalistes maison pour le faire (doit-on parler d'information confiée à la sous-traitance?). On note également la méfiance exprimée envers La Presse canadienne, la vénérable agence de presse avec qui CanWest Media a déjà décidé de ne plus faire affaire.
La stratégie de Quebecor semble donc de plus en plus s'orienter vers l'autosuffisance, de la même façon que le groupe préconise de se retirer du Fonds canadien de télévision pour créer son propre Fonds Quebecor, qui financerait les seules productions destinées à l'empire. C'est à suivre, sans nul doute.
pcauchon@ledevoir.com
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