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Audiences du CRTC - Les artistes et l'industrie défendent le Fonds canadien de télévision

La Presse canadienne   5 février 2008  Médias
Gatineau — Les dirigeants du Fonds canadien de télévision (FCT) et les associations d'artistes s'opposent catégoriquement à une nouvelle révision du fonctionnement de l'organisme qui finance la production d'émissions canadiennes sous prétexte qu'il ne répond plus aux besoins de l'industrie.

«Le FCT n'est pas brisé et n'a pas besoin d'être réparé», a martelé hier la présidente de la Writers Guild of Canada, lors d'un point de presse en marge des audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur l'avenir du fonds.

D'après elle, le p.-d.g. de Shaw Communications, Jim Shaw, a inventé de toutes pièces une crise quand il a décidé l'an dernier de suspendre unilatéralement sa contribution au budget du FCT. Ce geste, imité par le câblodistributeur Vidéotron, a mis en péril plusieurs émissions et a attiré l'attention sur le fonds, créé en 1996.

Son collègue du syndicat d'acteurs ACTRA, Richard Hardacre, va même jusqu'à accuser M. Shaw d'avoir agi en pyromane et d'avoir jeté de l'huile sur le feu jusqu'à provoquer un brasier afin de provoquer le démantèlement du fonds.

Pourtant, avant lui, ni l'industrie ni le public ne se plaignaient du travail du FCT, a-t-il fait valoir.

Les syndicats d'artistes affirment que sans les quelque 300 millions de dollars que le fonds distribue chaque année, il n'y aurait plus d'émissions canadiennes en ondes. Ils ont par ailleurs souligné hier que les séries produites au pays étaient loin d'être confidentielles, contrairement à ce que laisse entendre M. Shaw.

Le vice-président aux services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, a abondé dans le même sens lors de son témoignage en soulignant que le FCT était en partie responsable de la reconnaissance dont bénéficient les artisans de la télévision dans le marché francophone.

Le FCT lui-même s'est efforcé de contredire ses détracteurs en présentant aux trois commissaires, qui se penchent cette semaine sur son avenir, une vidéo contenant par exemple des extraits des émissions François en série, Little Mosque on the Prairie et Les Hauts et les Bas de Sophie Paquin, qui ont toutes connu beaucoup de succès.

À leur demande, des comédiens vedettes, dont la troupe des Trailer Park Boys et Raymond Bouchard et Sylvie Léonard ont d'autre part accepté de participer hier soir à un cocktail au Parlement fédéral où ils côtoieront des élus.

Pour sa part, Jim Shaw a fait savoir qu'il n'entendait pas se déplacer pour présenter son point de vue aux commissaires à Gatineau. Les dirigeants de Vidéotron et de sa maison mère, Quebecor Média, devraient quant à eux témoigner jeudi.

Scinder le fonds

Jusqu'à maintenant, la plupart des groupes qui se sont exprimés devant le CRTC se sont dits opposés à l'idée de scinder le fonds pour séparer les projets «culturels», qui seraient financés par le ministère du Patrimoine canadien, des projets «commerciaux», dont le financement proviendrait du secteur privé.

Selon Stéphane Cardin, vice-président responsable de la politique stratégique et des relations avec l'industrie au FCT, il serait à la fois inefficace et coûteux de procéder ainsi.

«Nous considérons que nous atteignons à la fois les objectifs commerciaux et culturels et que scinder le fonds [...] résulterait en une augmentation substantielle des coûts administratifs et représenterait des démarches supplémentaires pour les producteurs», a-t-il expliqué.

À son avis, la division envisagée constituerait un véritable casse-tête. Il faudrait ainsi décider dans quel créneau classer une émission culturelle à succès ou une émission originale destinée à un diffuseur public, par exemple.

Pour le vice-président aux services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, «rien ne justifie de distinguer les fonds fournis par chacun ou de scinder le fonds».

Son collègue des services anglais, Richard Stursberg, estime que les seuls gagnants d'une telle scission seraient Shaw et Quebecor. «Ce n'est pas une bonne raison de démanteler le fonds», a-t-il déclaré.

Les audiences sur le FCT se poursuivent jusqu'à vendredi à Gatineau. L'Union des artistes, Télé-Québec, Astral Média et l'Observatoire du documentaire viendront faire une présentation.
 
 
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