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Médias - TQS et le financement de la télévision

Paul Cauchon   21 janvier 2008  Médias
La semaine dernière, je mentionnais dans cette chronique qu'on lisait très peu d'idées novatrices sur ce que devrait devenir TQS. On a vraiment hâte de voir qui achètera le réseau, parce que des idées commencent à apparaître ici et là, mais elles se situent complètement aux antipodes!

Suggestion d'un lecteur sur le site Internet du Devoir: faire de TQS une chaîne d'information «de droite», comme Fox News aux États-Unis. Lu ailleurs: faire de TQS une chaîne haut de gamme et de haute culture!

Il existe un autre scénario, le «scénario paranoïaque», pourrait-on dire. Il a été évoqué par l'analyste Claude Thibodeau dans une entrevue à la chaîne Argent.

Le raisonnement est le suivant: une grosse entreprise, Rogers par exemple, pourrait acheter le réseau... et le revendre dans quelques années à des intérêts américains, en faisant un beau profit.

Ce scénario n'est peut-être pas si absurde lorsqu'on sait que le gouvernement Harper songerait à assouplir les règles de propriété des entreprises canadiennes. Cette intention présumée du gouvernement Harper est régulièrement évoquée au Canada anglais.

Sans sombrer dans la théorie du complot, remarquons pour le moment que le futur acheteur de TQS devra quand même décider s'il veut faire de TQS une chaîne spécialisée, qui aurait ainsi accès aux redevances des abonnés du câble et du satellite.

S'il veut maintenir le caractère généraliste de TQS, il devra trouver une meilleure façon de financer la chaîne. Il sera peut-être tenté de reprendre la lutte des propriétaires actuels, qui voulaient convaincre le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) d'accorder des redevances aux chaînes traditionnelles.

Le CRTC a refusé cette redevance le 17 mai 2007 et, en relisant sa décision, on se rend compte que les partisans de cette redevance ont encore beaucoup de travail à faire.

Car le CRTC n'était pas convaincu, chiffres à l'appui, que les chaînes traditionnelles allaient si mal que ça. TQS n'aurait évidemment pas de mal à convaincre le CRTC qu'il frôle la faillite, mais si le CRTC croit toujours que les chaînes traditionnelles, comme TVA ou CTV, sont généralement prospères, on voit mal comment il pourrait faire une exception réglementaire pour TQS!

À l'époque, le CRTC avait également évoqué l'absence «de données fiables et convaincantes» sur l'impact d'une telle redevance auprès des chaînes spécialisées et auprès des distributeurs. Et il écrivait qu'il «n'est pas convaincu de l'opportunité de modifier autant en profondeur la structure des revenus du système de radiodiffusion».

D'accord. Mais on se dit que la réflexion autour de TQS serait peut-être l'occasion, justement, de faire une réflexion en profondeur sur le financement du système télévisuel.

En France, le président Sarkozy a lancé une véritable bombe, il y a deux semaines, en annonçant qu'il voulait retirer toute publicité du réseau public France Télévision. Voilà peut-être le genre de vaste réflexion qui nous manque ici.

La publicité sur l'ensemble des chaînes publiques en France représente le très joli magot d'environ 850 millions d'euros. Comment remplacer ce manque à gagner? Le gouvernement Sarkozy jongle avec toutes sortes d'hypothèses audacieuses. Une taxe prélevée auprès des distributeurs, par exemple, ou une taxe sur les appareils électroniques qui diffusent de la télévision (téléviseurs, ordinateurs, téléphones mobiles).

Dans plusieurs pays européens, le financement de la télévision obéit à une autre logique qu'ici. Au Canada, vos gouvernements puisent à même vos impôts pour financer les chaînes publiques. En Grande-Bretagne la BBC, qui ne compte aucune publicité en ondes, bénéficie d'une redevance de 180 euros par année prélevée auprès de chacun des foyers britanniques, et qui représente 75 % de ses revenus (la BBC tire aussi beaucoup de revenus de la vente à l'étranger de ses programmes).

Pourquoi ne pas tout mettre sur la table cette année? La possibilité d'avoir des chaînes publiques sans publicité, la possibilité d'avoir une redevance clairement déterminée pour chaque contribuable, la possibilité d'envoyer aux chaînes traditionnelles une partie des revenus des abonnés du câble et du satellite, mais aussi la possibilité de vraiment choisir les chaînes que nous voulons chez les distributeurs...

Il est possible que certaines de ces idées soient farfelues, et je ne prône pas nécessairement le retrait de la publicité de Radio-Canada. Mais la crise actuelle autour de TQS serait une bonne occasion de faire preuve d'audace dans la réflexion, de brasser toutes les cartes.

Encore faut-il que les propriétaires des médias fassent preuve de la même audace, et que le prochain patron de TQS sache véritablement comment attirer le téléspectateur. Si TQS doit obtenir des redevances des abonnés et continuer à diffuser Loft Story tous les soirs, je veux avoir le droit de ne pas payer pour!

Et le prochain propriétaire ne doit pas perdre de vue cette donnée essentielle: le succès grandissant d'Internet auprès de la population. Les fournisseurs d'accès à Internet devraient-ils mieux contribuer à financer les programmes de télévision?

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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  • Michel Handfield Societas Criticus
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 00h46
    Désolé, mais...
    Je fais de l'internet et j'écoute France inter en ce moment... Je ne vois pas pourquoi je paierais plus pour de la télé que je n'écoute pas. Va pour Radio-Québec et Radio-Canada, des télés publiques que j'écoute. Les autres, les privés, ont déjà des déductions fiscales en plus des investissements de l'État parfois, ce que l'on ne connaît pas toujours à moins de faire quelques recherches. Ainsi Québécor Média appartient à hauteur de 45% au gouvernement du Québec par l'intermédiaire de la Caisse de dépôt! Si on veut fusionner Télé Québec avec une télé privée, ce devrait être avec celle-là puisqu'on en est presque copropriétaire. On pourrait même se demander si la baisse de support à télé Québec de la part des gouvernements successifs du Québec ne viendrait pas de cette quasi copropriété de TVA par l'intermédiaire de la Caisse?

    Pour TQS, c'est plus compliqué, TQS étant une propriété croisée à 60% de COGECO et 40% de CTV globemedia. Mais, COGECO et CTV globemédia ont plusieurs propriétaires comptant eux-mêmes plusieurs investisseurs dont la Caisse de dépôt du Québec, la même qui est dans Québécor Média de façon plus directe. Ainsi, sur le site de CDPQ on trouve que la Caisse a voté pour des propositions présentées aux assemblées de COGECO et de Thomson propriétaire majoritaire de CTV globemedia, signe que la Caisse a des liens au moins indirects avec TQS! Ce n'est pas surprenant, car elle est partout. Mais, cela me suffit à ne pas vouloir payer davantage pour des postes de télé qui font des émissions qui ne m'intéressent pas et qui se disent de la télé privée et commerciale de toute façon! Privée et commerciales, mais aussi subventionnées.

    Si ces télés sont privés et commerciales comme elles le disent, qu'elles fassent des émissions qui attirent l'auditoire. Si elles veulent toutes la pub, je suis même d'accord qu'on leur accorde, mais en échange les fonds publics devraient être investit dans la télé publique uniquement. Donnant/donnant. Ils ne peuvent brailler contre Radio-Can et continuer à recevoir les deniers de mes taxes. Et Québec ne peut continuer à investir dans ces télés et assécher télé Québec en même temps. Sinon, si le système les sert finalement, qu'elles cessent de s'en prendre à radio-can! Mais moi, je n'ai pas à payer davantage pour des télés que je ne n'écoute pas. Si elles me veulent il leur faut une programmation plus élevée. Pendant ce temps j'écoute la radio de Radio Canada, la télé de radio-Canada et France inter la nuit, car j'ai alors les actualités du matin (6 heures de décalage) et un véritable point de vue différent.


    Hyperliens :

    Québécor Média : www.crtc.gc.ca/ownership/cht156a.pdf

    Propriété de TQS :

    http://www.crtc.gc.ca/ownership/Cht43c.pdf

    COGECO (60%): http://www.crtc.gc.ca/ownership/Cht43.pdf

    Vote de la Caisse à l'assemblée de COGECO :
    www.lacaisse.com/LaCaisse/ProxyVoting/fr/HTML/4382

    CTV globemedia (40%): www.crtc.gc.ca/ownership/Cht209a.pdf

    CTV globemedia corporate structure: www.crtc.gc.ca/ownership/Cht209.pdf

    Vote de la Caisse à l'assemblée de Thomson : www.lacaisse.com/LaCaisse/ProxyVoting/fr/HTML/3227


    Michel Handfield, éditeur de Societas Criticus
    PS : sur notre page Le Monde (http://www.societascriticus.com/lemonde.html) vous trouverez des liens vers des radios et des journaux internationaux de qualité, dont France Inter et le Devoir, pour avoir une véritable diversité de points de vue.

  • Mario Tremblay
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 08h07
    Réflexion!
    «En France, le président Sarkozy a lancé une véritable bombe, il y a deux semaines, en annonçant qu'il voulait retirer toute publicité du réseau public France Télévision. Voilà peut-être le genre de vaste réflexion qui nous manque ici.»

    Si chaque connerie qui sort de la bouche de Sarkozy est l'amorce d'une «vaste réflexion» alors là!

  • Pierre Samuel
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 11h11
    Ces écuries d'Augias...
    Et, pourquoi faudrait-il à tout prix maintenir sous "respirateur" des chaînes de télévision qui n'apportent rien de neuf à la pléthore d'un marché déjà sursaturé? Et pourquoi donc, encore, les fournisseurs d'accès Internet devraient-ils contribuer éventuellement à maintenir en vie leurs concurrents essentiellement à cause de l'incurie du CRTC au service des monopoles?

  • paul levesque
    Inscrit
    lundi 21 janvier 2008 14h30
    Une autre solution
    Monsieur,
    Je vous offre une autre solution au problème financier de TQS: la fermeture pure et simple de la chaine! La qualité de la programmation et de la langue ne justifient pas sa survie. Cela aurait peut-être pour effet d'augmenter la qualité des services à radio-canada et ailleurs. Vous savez, les Boys, M.Laflaque,la Petite Vie et les Têtes-à-Claques, 100%,ce n'est plus drôle. Le Québec des ondes est devenu une caricature permanente. Au secours!

  • Normand Chaput
    Abonné
    lundi 21 janvier 2008 17h25
    Le Devoir-Tqs-Tele-Quebec?
    J ai suggere une alliance le Devoir-TQS. Avec a la cle une fusion TQS-tele-Quebec (qui n est pas mon idee mais j en suis jaloux!). Ainsi on entre de plein pied dans l integration des plate-formes et tout le monde a sa raison d etre. Et son marche!

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