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Médias - Dur temps pour TQS

Paul Cauchon   14 janvier 2008  Médias
Comme chroniqueur médias, la question que je me fais poser le plus souvent depuis la période des Fêtes est la suivante: «Que va-t-il arriver avec TQS?»

N'étant pas devin, je n'ai aucune réponse à offrir. J'ai cherché dans les articles publiés depuis trois semaines dans la presse québécoise, ainsi que sur les multiples blogues, si quelqu'un avait émis une bonne idée pour relancer la chaîne. Je n'ai rien trouvé de concret. Bien sûr, l'ancien dirigeant de la chaîne Adrien Pouliot a bien proposé de fusionner TQS avec Télé-Québec, mais ça serait aussi absurde que d'avoir une «sexy cam» chez Passe-Partout.

Dans les commentaires, on trouve surtout, sur les blogues, des phrases du genre «fermez la chaîne, de toute façon, on ne la regarde plus». Ce qui est assez pénible à lire pour les 650 employés, et pour la diversité de l'information au Québec.

Le journaliste Michel Dumais, lui, a émis une des rares idées qui mériterait probablement d'être creusée, celle de faire de TQS la première véritable chaîne de télé Web, multiplateformes.

Mais à quelque jours de l'échéance de la vente de TQS, on se demande encore qui pourra la sauver.

Évidemment, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a déjà tiré ses conclusions: si TQS meurt, «on va trouver une balle de Radio-Canada près du coeur», a-t-elle déclaré jeudi dernier.

Comme façon de mettre les pieds dans le plat, c'est fort réussi. Alors que, par son rôle ministériel Mme St-Pierre devrait conserver une certaine réserve en public, et tenter en coulisses d'aider à sauver 650 emplois, elle choisit plutôt d'accuser grossièrement son ancien employeur, avec qui elle est d'ailleurs en conflit, passant sous silence la multiplication des chaînes spécialisées, la concurrence de TVA, le déplacement de la publicité vers Internet, les changements dans le comportement des consommateurs, et les erreurs de programmation de TQS elle-même, par exemple.

La décision de Radio-Canada de désaffilier trois stations régionales de TQS n'a rien à voir avec les problèmes de la chaîne, puisque c'est une décision qui prendra effet seulement dans un an et demi. Bien sûr, Radio-Canada envahit le territoire des chaînes privées en matière de programmation, et lors du renouvellement de son mandat en 2009 il faudra lui poser de sérieuses questions à ce sujet.

Des problèmes beaucoup plus larges

Mais, dans l'immédiat, les problèmes de TQS sont beaucoup plus larges que de s'en prendre à Radio-Canada, comme l'ont fait les dirigeants de la chaîne eux-mêmes avant Noël.

Il faut d'abord dire que TQS est une chaîne qui n'a probablement jamais pu développer son plein potentiel. Lorsque la décision de créer un deuxième réseau privé a été prise, plusieurs sondages et enquêtes semblaient indiquer, au début des années 80, que le téléspectateur québécois était de plus en plus attiré par la télévision anglophone et américaine. La création d'une nouvelle chaîne francophone était vue comme une façon de conserver les francophones à l'antenne.

Le problème, c'est qu'au moment même où le CRTC accordait le permis pour créer TQS en 1986, il commençait à délivrer des permis pour des chaînes spécialisées, qui ont commencé à émietter l'auditoire.

Pour éviter la faillite, les dirigeants de TQS continuent à supplier le CRTC de leur accorder le droit d'obtenir des redevances des abonnés du câble et du satellite, dont bénéficient les chaînes spécialisées, et ils blâment l'organisme fédéral pour ne pas avoir accordé de telles redevances l'année dernière.

Non seulement cette question des redevances nécessitera un débat en profondeur (on doute fortement que l'abonné du câble et du satellite acceptera de voir sa facture mensuelle augmenter pour aider TVA et TQS!), mais rien ne garantit que cette éventuelle rentrée d'argent supplémentaire permettrait de créer des émissions intéressantes. Après tout, les mêmes dirigeants qui ont plaidé pour une telle redevance ne juraient que par Loft Story pour remplir leur programmation sept soirs sur sept, une émission qui est un véritable désastre culturel.

Très occupée à blâmer le CRTC et Radio-Canada pour leurs malheurs, les dirigeants de TQS sont étrangement silencieux envers Quebecor, qui est pourtant leur concurrent direct, et qui s'est constitué ces dernières années un empire énorme qui ne fait de cadeau à personne. Une entreprise qui a bien bénéficié, elle aussi, des fonds publics puisque l'achat de Vidéotron/TVA par Quebecor a bénéficié des largesses de la Caisse de dépôt et de placement.

TQS deviendra-t-elle la première victime des bouleversements qui se produisent actuellement dans le monde de la télévision? En tout cas, l'acheteur qui sera assez courageux pour la reprendre devra investir beaucoup d'argent, et surtout préciser sa programmation. Télé-réalité «mur à mur»? Encore plus d'accent sur l'information autour de Jean-Luc Mongrain, le seul véritable garant de la stabilité de la chaîne? Plus de débats et de provocations? (Mais le mouton noir fait maintenant dans la «bonté» avec Chantal Lacroix!)

Dans le contexte de concurrence effrénée entre les médias, alors que le public se déplace de plus en plus sur Internet, où l'offre de divertissement est infinie, il ne servira à rien de reprendre une chaîne pour refaire les mêmes vieilles recettes. Peut-être que TQS doit véritablement se spécialiser, mais, pour ce faire, elle aura besoin de l'aide du CRTC pour modifier sa licence.

pcauchon@ledevoir.com






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  • Christian Rheault
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 02h04
    Très bien de votre part de chercher une solution plutôt que d'ajouter au marasme ...
    « Merci M. Cauchon pour le ton très positif de cet article.

    Plusieurs vont peut-être finir par suivre cette direction, du moins c'est ce que je souhaite autant que vous.

    Je fais parti des nouveaux consommateurs de médias depuis 2 ans. Non pas à cause de mon âge mais plutôt parce que chez moi ... je n'ai plus la télé. Et je ne la reprendrai jamais. Trop bruyante, trop "rires forcés aux 15 secondes", trop culturellement désolante. Internet est devenue mon portail d'info et de divertissement que j'utilise quand bon me semble pour y regarder ce que je veux au travers de l'univers multimédias tout entier qui s'offre à moi venant de tous les pays du monde sur tous les sujets possibles. Et le tout dans mon salon, sur ma grande télé branchée sur mon ordinateur. Je dis ça parce que je crois sincèrement que le concept du téléspectateur assis placidement devant l'écran et qui se tape 30 minutes de pubs par heure de programation en plus des placement de produits pendant l'émission comme telle est un concept qui va disparaitre. Si le réseau TQS reste dans le "traditionnel", il n'aura aucune chance car les autres aussi seront en grande difficulté bientôt.

    Demander à un jeune de 20 ans qui s'en va en appart de choisir entre le câble et l'internet juste pour voir ...

    Le modèle économique va profondément changer. Les dirigeants feront tout pour l'empêcher mais les connections ultras rapides actuelles (qui pourtant sont infiniment plus lentes que celles disponibles au Japon par exemple) permettront bientôt à tous le monde de diffuser et regarder du matériel audio-visuel amateurs de qualité professionnelle. Les clips amateurs flous de 2 minutes sur Youtube ne sont que les tout premiers soubresauts de ce qui s'en vient. Tout le monde maintenant a du matos et des logiciels pour produire d'excellents court-métrages mais il serait naïf de croire que ça va s'arrêter là.

    Tous ces changements sont extrêmement positifs à mon sens. La création va partir dans toutes les directions (ce qui fait peur aux insécures qui veulent garder le côté rassembleur de la télé). Les jeunes n'ont pas de problèmes avec ça, bien au contraire.

    C'est là que TQS doit aller. Ils y seront donc avant tous les autres. TVA et RC commencent eux aussi à être à la remorque d'internet. Ce n'est qu'une question de temps. L'obession du 3 millions de cotes d'écoute et des profits pharaoniques achève.

    En tout cas, en ce qui me concerne, me zombifier devant une télé sans avoir aucun contrôle sur le contenu, c'est terminé. »

  • Pierre Poulin
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 05h32
    la survie du plus apte
    « Au sujet des difficutés de TQS et même de Télé Québec, comme vous écrivez, il s'agit, en plus de mauvais choix de programmation, de problèmes beaucoup plus larges :
    Attrait des tvs de langue anglaise et des chaînes spécialisées, déplacement du public vers l'internet.
    Le darwinisme culturel ça existe aussi et on assiste à la survie du plus apte. Surtout ne pas prolonger l'agonie avec l'argent des contribuables ou des abonnés au cable.
    Et comme nous sommes dans une économie moderne, en mouvance, les employés sont formés et ne sont pas condamnés à l'aide sociale. Quant à la diversité des sources d'information, elle se porte plutôt bien en 2008. »

  • Roger Lapointe
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 10h58
    TQS et TVA dans le mêm lit, comme solution rapide?
    « Pourquoi ne pas fusionner ces deux entreprises qui oeuvrent de toute façon dans les mêmes eaux et tenter de sauver quelques emplois qui autrement seront perdus.Avons-nous besoin de cette chaine qui tente plutot mal de doubler et de plus en plus, les émissions from USA avec un succès très relatif.TQS n'apporte pas grand'chose d'innovateur dans notre monde télévisuel. »

  • Réjean Grenier
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 12h06
    TQS, passé date !
    « Il est vrai que Québécor s'est servi des fonds des Québécois
    pour faire l'acquisition de Vidéotron et de TVA. Ce fut une
    bonne chose alors. Ces trois grandes institutions du Québec
    avaient du répondant et la suite de ces opérations leurs donnent raison.
    Quant à TQS il ne faut même pas y penser. Toute cette affaire est un gâchis depuis 22 ans et, malheureusement pour
    ses employés, il est grandement temps que ça cesse.

    La pointe de tarte publicitaire serait beaucoup plus utile
    à TVA et à Internet, ça ne fait aucun doute dans mon esprit
    de vieux monsieur de 73 ans qui n'a pas grand chose autre à
    faire qu'à lire, regarder la télé et consulter Internet et
    quelques fois y participer comme en ce moment.
    Requiem pour le mouton noir devenu gris.
    Réjean Grenier. »

  • Jacquelin Ouellette
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 16h09
    Médias - Dur temps pour TQS
    « Il y aurait une place pour une chaine en francais au Québec qui se spécialiserait dans un créneau de "DROITE" du style de Fox News au USA. Un créneau basé sur l'information objective. Ceci ferait contrepoids à nos médias libéraux qui insultent de plus en plus de gens par leur manque d'objectivité.

    Je sais que je vais en surprendre plusieurs avec cette suggestion mais si j'avais le capital nécessaire, c'est ce que je ferais.

    Les gens ne réalisent pas que nos sociétés deviennent de plus en plus conservatrices. »

  • Fawzi Dormeyer
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 19h48
    TQS et la culture
    « Le problème ce n'est pas tant l'histoire des stations affiliés. Mais c'est que Radio-Canada s'est comporté exactement comme un privé tout au long de l'existence de TQS. Où grâce à ses fonds immenses (comparativement à ceux de TQS) est venu surenchérir partout où ça pouvait faire mal.
    Et c'est surtout en venant pêcher à droite et à gauche chez TQS et en offrant bien entendu des cachets plus alléchants que Radio-Canada (avec l'aide toute naturelle de TVA) a fini par avoir la peau de son concurrent.
    Alors que le mandat principal de Radio-Canada c'est d'assurer le rayonnement de la culture canadienne francophone. Elle a tué a petit feu un des principaux foyers de rayonnement de cette même culture.
    Qu'on pense aux Surprise surprise (qui s'est retrouvé en France), à Julie Snyder, RBO, Guy A. Lepage (avec besoin d'Amour et la naissance d'"Un gars une fille"), à Labrèche et Dufort avec La Fin du monde, Pascale Nadeau, Christine Fournier, Jean Saint-Onge, etc. Tous ses portes paroles de la culture canadienne francophone qui sont nés en grande partie grâce à TQS; Radio-Canada et TVA se les sont appropriés.
    TVA c'est de bonne guerre, mais Radio-Canada c'est indécent. Et si on blâme TQS d'avoir été vers la Télé-réalité et autres shows "pas chers", est-ce vraiment si difficile de comprendre pourquoi ?
    C'est comme si on avait passé son temps à faire des jambettes à quelqu'un qui est en train d'apprendre à marcher !
    (Je travaille à TQS et j'exprime ici mes opinions personnelles.) »

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