Médias - Dur temps pour TQS
Comme chroniqueur médias, la question que je me fais poser le plus souvent depuis la période des Fêtes est la suivante: «Que va-t-il arriver avec TQS?»
N'étant pas devin, je n'ai aucune réponse à offrir. J'ai cherché dans les articles publiés depuis trois semaines dans la presse québécoise, ainsi que sur les multiples blogues, si quelqu'un avait émis une bonne idée pour relancer la chaîne. Je n'ai rien trouvé de concret. Bien sûr, l'ancien dirigeant de la chaîne Adrien Pouliot a bien proposé de fusionner TQS avec Télé-Québec, mais ça serait aussi absurde que d'avoir une «sexy cam» chez Passe-Partout.
Dans les commentaires, on trouve surtout, sur les blogues, des phrases du genre «fermez la chaîne, de toute façon, on ne la regarde plus». Ce qui est assez pénible à lire pour les 650 employés, et pour la diversité de l'information au Québec.
Le journaliste Michel Dumais, lui, a émis une des rares idées qui mériterait probablement d'être creusée, celle de faire de TQS la première véritable chaîne de télé Web, multiplateformes.
Mais à quelque jours de l'échéance de la vente de TQS, on se demande encore qui pourra la sauver.
Évidemment, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a déjà tiré ses conclusions: si TQS meurt, «on va trouver une balle de Radio-Canada près du coeur», a-t-elle déclaré jeudi dernier.
Comme façon de mettre les pieds dans le plat, c'est fort réussi. Alors que, par son rôle ministériel Mme St-Pierre devrait conserver une certaine réserve en public, et tenter en coulisses d'aider à sauver 650 emplois, elle choisit plutôt d'accuser grossièrement son ancien employeur, avec qui elle est d'ailleurs en conflit, passant sous silence la multiplication des chaînes spécialisées, la concurrence de TVA, le déplacement de la publicité vers Internet, les changements dans le comportement des consommateurs, et les erreurs de programmation de TQS elle-même, par exemple.
La décision de Radio-Canada de désaffilier trois stations régionales de TQS n'a rien à voir avec les problèmes de la chaîne, puisque c'est une décision qui prendra effet seulement dans un an et demi. Bien sûr, Radio-Canada envahit le territoire des chaînes privées en matière de programmation, et lors du renouvellement de son mandat en 2009 il faudra lui poser de sérieuses questions à ce sujet.
Des problèmes beaucoup plus larges
Mais, dans l'immédiat, les problèmes de TQS sont beaucoup plus larges que de s'en prendre à Radio-Canada, comme l'ont fait les dirigeants de la chaîne eux-mêmes avant Noël.
Il faut d'abord dire que TQS est une chaîne qui n'a probablement jamais pu développer son plein potentiel. Lorsque la décision de créer un deuxième réseau privé a été prise, plusieurs sondages et enquêtes semblaient indiquer, au début des années 80, que le téléspectateur québécois était de plus en plus attiré par la télévision anglophone et américaine. La création d'une nouvelle chaîne francophone était vue comme une façon de conserver les francophones à l'antenne.
Le problème, c'est qu'au moment même où le CRTC accordait le permis pour créer TQS en 1986, il commençait à délivrer des permis pour des chaînes spécialisées, qui ont commencé à émietter l'auditoire.
Pour éviter la faillite, les dirigeants de TQS continuent à supplier le CRTC de leur accorder le droit d'obtenir des redevances des abonnés du câble et du satellite, dont bénéficient les chaînes spécialisées, et ils blâment l'organisme fédéral pour ne pas avoir accordé de telles redevances l'année dernière.
Non seulement cette question des redevances nécessitera un débat en profondeur (on doute fortement que l'abonné du câble et du satellite acceptera de voir sa facture mensuelle augmenter pour aider TVA et TQS!), mais rien ne garantit que cette éventuelle rentrée d'argent supplémentaire permettrait de créer des émissions intéressantes. Après tout, les mêmes dirigeants qui ont plaidé pour une telle redevance ne juraient que par Loft Story pour remplir leur programmation sept soirs sur sept, une émission qui est un véritable désastre culturel.
Très occupée à blâmer le CRTC et Radio-Canada pour leurs malheurs, les dirigeants de TQS sont étrangement silencieux envers Quebecor, qui est pourtant leur concurrent direct, et qui s'est constitué ces dernières années un empire énorme qui ne fait de cadeau à personne. Une entreprise qui a bien bénéficié, elle aussi, des fonds publics puisque l'achat de Vidéotron/TVA par Quebecor a bénéficié des largesses de la Caisse de dépôt et de placement.
TQS deviendra-t-elle la première victime des bouleversements qui se produisent actuellement dans le monde de la télévision? En tout cas, l'acheteur qui sera assez courageux pour la reprendre devra investir beaucoup d'argent, et surtout préciser sa programmation. Télé-réalité «mur à mur»? Encore plus d'accent sur l'information autour de Jean-Luc Mongrain, le seul véritable garant de la stabilité de la chaîne? Plus de débats et de provocations? (Mais le mouton noir fait maintenant dans la «bonté» avec Chantal Lacroix!)
Dans le contexte de concurrence effrénée entre les médias, alors que le public se déplace de plus en plus sur Internet, où l'offre de divertissement est infinie, il ne servira à rien de reprendre une chaîne pour refaire les mêmes vieilles recettes. Peut-être que TQS doit véritablement se spécialiser, mais, pour ce faire, elle aura besoin de l'aide du CRTC pour modifier sa licence.
pcauchon@ledevoir.com
N'étant pas devin, je n'ai aucune réponse à offrir. J'ai cherché dans les articles publiés depuis trois semaines dans la presse québécoise, ainsi que sur les multiples blogues, si quelqu'un avait émis une bonne idée pour relancer la chaîne. Je n'ai rien trouvé de concret. Bien sûr, l'ancien dirigeant de la chaîne Adrien Pouliot a bien proposé de fusionner TQS avec Télé-Québec, mais ça serait aussi absurde que d'avoir une «sexy cam» chez Passe-Partout.
Dans les commentaires, on trouve surtout, sur les blogues, des phrases du genre «fermez la chaîne, de toute façon, on ne la regarde plus». Ce qui est assez pénible à lire pour les 650 employés, et pour la diversité de l'information au Québec.
Le journaliste Michel Dumais, lui, a émis une des rares idées qui mériterait probablement d'être creusée, celle de faire de TQS la première véritable chaîne de télé Web, multiplateformes.
Mais à quelque jours de l'échéance de la vente de TQS, on se demande encore qui pourra la sauver.
Évidemment, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, a déjà tiré ses conclusions: si TQS meurt, «on va trouver une balle de Radio-Canada près du coeur», a-t-elle déclaré jeudi dernier.
Comme façon de mettre les pieds dans le plat, c'est fort réussi. Alors que, par son rôle ministériel Mme St-Pierre devrait conserver une certaine réserve en public, et tenter en coulisses d'aider à sauver 650 emplois, elle choisit plutôt d'accuser grossièrement son ancien employeur, avec qui elle est d'ailleurs en conflit, passant sous silence la multiplication des chaînes spécialisées, la concurrence de TVA, le déplacement de la publicité vers Internet, les changements dans le comportement des consommateurs, et les erreurs de programmation de TQS elle-même, par exemple.
La décision de Radio-Canada de désaffilier trois stations régionales de TQS n'a rien à voir avec les problèmes de la chaîne, puisque c'est une décision qui prendra effet seulement dans un an et demi. Bien sûr, Radio-Canada envahit le territoire des chaînes privées en matière de programmation, et lors du renouvellement de son mandat en 2009 il faudra lui poser de sérieuses questions à ce sujet.
Des problèmes beaucoup plus larges
Mais, dans l'immédiat, les problèmes de TQS sont beaucoup plus larges que de s'en prendre à Radio-Canada, comme l'ont fait les dirigeants de la chaîne eux-mêmes avant Noël.
Il faut d'abord dire que TQS est une chaîne qui n'a probablement jamais pu développer son plein potentiel. Lorsque la décision de créer un deuxième réseau privé a été prise, plusieurs sondages et enquêtes semblaient indiquer, au début des années 80, que le téléspectateur québécois était de plus en plus attiré par la télévision anglophone et américaine. La création d'une nouvelle chaîne francophone était vue comme une façon de conserver les francophones à l'antenne.
Le problème, c'est qu'au moment même où le CRTC accordait le permis pour créer TQS en 1986, il commençait à délivrer des permis pour des chaînes spécialisées, qui ont commencé à émietter l'auditoire.
Pour éviter la faillite, les dirigeants de TQS continuent à supplier le CRTC de leur accorder le droit d'obtenir des redevances des abonnés du câble et du satellite, dont bénéficient les chaînes spécialisées, et ils blâment l'organisme fédéral pour ne pas avoir accordé de telles redevances l'année dernière.
Non seulement cette question des redevances nécessitera un débat en profondeur (on doute fortement que l'abonné du câble et du satellite acceptera de voir sa facture mensuelle augmenter pour aider TVA et TQS!), mais rien ne garantit que cette éventuelle rentrée d'argent supplémentaire permettrait de créer des émissions intéressantes. Après tout, les mêmes dirigeants qui ont plaidé pour une telle redevance ne juraient que par Loft Story pour remplir leur programmation sept soirs sur sept, une émission qui est un véritable désastre culturel.
Très occupée à blâmer le CRTC et Radio-Canada pour leurs malheurs, les dirigeants de TQS sont étrangement silencieux envers Quebecor, qui est pourtant leur concurrent direct, et qui s'est constitué ces dernières années un empire énorme qui ne fait de cadeau à personne. Une entreprise qui a bien bénéficié, elle aussi, des fonds publics puisque l'achat de Vidéotron/TVA par Quebecor a bénéficié des largesses de la Caisse de dépôt et de placement.
TQS deviendra-t-elle la première victime des bouleversements qui se produisent actuellement dans le monde de la télévision? En tout cas, l'acheteur qui sera assez courageux pour la reprendre devra investir beaucoup d'argent, et surtout préciser sa programmation. Télé-réalité «mur à mur»? Encore plus d'accent sur l'information autour de Jean-Luc Mongrain, le seul véritable garant de la stabilité de la chaîne? Plus de débats et de provocations? (Mais le mouton noir fait maintenant dans la «bonté» avec Chantal Lacroix!)
Dans le contexte de concurrence effrénée entre les médias, alors que le public se déplace de plus en plus sur Internet, où l'offre de divertissement est infinie, il ne servira à rien de reprendre une chaîne pour refaire les mêmes vieilles recettes. Peut-être que TQS doit véritablement se spécialiser, mais, pour ce faire, elle aura besoin de l'aide du CRTC pour modifier sa licence.
pcauchon@ledevoir.com
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