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Christine St-Pierre pointe Radio-Canada

Paul Cauchon   11 janvier 2008  Médias
La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, s'en est vertement prise hier à Radio-Canada pour expliquer les déboires de TQS.

«Je pense que si TQS meurt, on va trouver une balle de Radio-Canada près du coeur», a-t-elle lancé d'un ton dramatique, en marge d'une conférence de presse à Québec sur le patrimoine culturel. «Je pense que la décision de Radio-Canada de se désaffilier de certaines stations locales de TQS est peut-être une décision qui fait en sorte que TQS se retrouve dans la situation qu'on connaît aujourd'hui», avait-elle indiqué auparavant.

Cette déclaration a causé une surprise certaine, et Radio-Canada s'est empressée de nier sa responsabilité dans la crise qui secoue actuellement TQS. «Je suis un peu surpris, a indiqué au Devoir Sylvain Lafrance, vice-président aux services français de Radio-Canada. Je n'ai pas lu un seul analyste financier qui attribue les difficultés de TQS au fait que Radio-Canada retire ses affiliations.»

Sylvain Lafrance a répété que «personne ne souhaite la mort de TQS». Les difficultés financières de la chaîne avaient commencé bien avant que Radio-Canada n'annonce sa décision de se désaffilier des stations régionales de TQS à Sherbrooke, à Trois-Rivières et à Saguenay, dit-il.

De toute façon, ajoute-t-il, cette décision ne prendra effet qu'à l'été 2009 et, d'ici cette date, Radio-Canada continue de faire affaire avec TQS.

La direction de TQS elle-même refusait hier de commenter la sortie de la ministre St-Pierre. De passage à Ottawa, le premier ministre Jean Charest n'a pas non plus voulu en remettre, se contentant de dire que «TQS fait partie du paysage médiatique du Québec et [qu'il] est important pour nous que nous puissions préserver une diversité de l'information au Québec. J'anticipe que TQS survivra».

«L'entente qu'avait Radio-Canada avec TQS est un facteur parmi plusieurs, mais la santé financière de TQS est une question très large», a-t-il ajouté.

La ministre St-Pierre entretient des relations houleuses avec son ancien employeur. L'année dernière, elle avait en effet déposé un grief syndical contre Radio-Canada pour contester son congédiement de la télévision publique.

Selon Radio-Canada, les règles de l'entreprise prévoient qu'on peut prendre un congé sans solde pour se lancer en politique mais qu'il faut démissionner si on est élu.

Des acheteurs potentiels... mais pas Télé-Québec

Le sort de TQS continuait hier d'alimenter la machine à rumeurs. Selon nos informations, des acheteurs sérieux se sont manifestés et des négociations intensives se poursuivent, mais rien n'était définitivement conclu au moment de mettre sous presse.

Hier matin, l'ancien président du conseil de TQS, Adrien Pouliot, a proposé, dans une entrevue au Journal de Montréal, une fusion entre TQS et Télé-Québec, avec une programmation éducative le jour et une programmation commerciale le soir.

La famille Pouliot a été propriétaire de TQS pendant 10 ans avant que Cogeco n'en devienne propriétaire.

La p.-d.g. de Télé-Québec, Michèle Fortin, a accueilli cette proposition avec un éclat de rire. «Ce n'est sûrement pas le mariage le mieux adapté», s'est-elle exclamée.

Selon nos informations, TQS avait fait cette même proposition en 2004 au groupe de travail présidé par Claude Bédard, qui étudiait l'avenir de Télé-Québec. Le groupe en avait discuté mais avait estimé que cette idée ne tenait pas la route.

TQS s'est placée en décembre sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, et cette protection prend fin à la fin de la semaine prochaine. Plusieurs producteurs attendent avec anxiété de savoir ce qu'il adviendra de la chaîne. À titre d'exemple, TQS doit de 800 000 à 900 000 $ à Télé-Vision (Loft Story), à Zone3 et à l'entreprise de Chantal Lacroix.

Si aucun acheteur sérieux ne se manifeste d'ici jeudi prochain, TQS devra convaincre le tribunal de lui accorder une autre protection d'un mois sous la même loi. Si cette protection n'est pas accordée, la faillite pourrait être déclarée.

La dette bancaire de TQS, propriété à 60 % de Cogeco et à 40 % de CTVglobemedia, s'élève à plus de 15 millions de dollars et l'endettement total, à 68 millions.

Quelques nouvelles émissions prévues depuis longtemps doivent entrer en ondes cet hiver (dont la suite de Bob Gratton), mais selon nos informations, les producteurs qui travaillent à des productions prévues pour l'année prochaine se sont fait dire qu'ils pouvaient «se permettre d'attendre».

***

Avec la collaboration d'Hélène Buzetti et Isabelle Porter






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  • Steve Boudrias
    Inscrit
    vendredi 11 janvier 2008 06h48
    Christine St-Pierre : loose canon ?
    « Avouons une chose : lorsque la ministre de la Culture et des Communications se prononce dans le cadre d'une affaire litigieuse entre une entreprise d'État confédéral et une entreprise privé d'information/divertissement, elle n'y va pas avec le dos de la main morte, comme dirait Jean Perron à 110 %, sur le réseau que madame St-Pierre cherche à sauver.

    Le problème, c'est que dans cet imbroglio médiatique et financier, il est un peu difficile de comprendre que la sortie publique de madame St-Pierre vise simplement à éviter à TQS la faillite.

    Ainsi, depuis quand un ministre provincial décide-t-il d'utiliser les médias pour faire pression sur le CRTC ? Il n'y a pas de ministre des Affaires intergouvernementales au PLQ ? On ne parle pas entre ministres des communications à Ottawa et Québec ?

    À en juger par la réaction plus "posée" de Jean Charest dans ce dossier-là, on peut en effet se demander si la poète du gouvernement Charest n'est pas en train de faire un petit coup de force sur la SRC sur le dos de la bonne entente entre le PLQ et le PCC...

    De toutes façons, au bout du compte, que la ministre se trompe ou pas, ses accusations envers la SRC (sans mentionner la fragile position de Télé-Québec, station tout aussi impopulaire et généraliste) ne réglera pas le problème structurel de financement de la télévison, à l'ère d'internet et des conglomérats médiatiques (où le fournisseur de signaux numériques peut soudain devenir aussi distributeur de contenu médiatique).

    Finalement, l'apparence de conflit d'intérêts dans cette affaire aurait dû faire réfléchir le premier ministre. Mais peut-être est-ce là une initiative personnelle de la part de l'ancienne journaliste de la SRC ? On ne sait jamais... »

  • Gilles Delisle
    Abonné
    vendredi 11 janvier 2008 07h28
    Défendre l'indéfendable.
    « Mme St-Pierre peut bien régler ses comptes avec son ex-employeur, mais certainement pas avec un chapeau de ministre des Communications! Au risque de se répéter dans l'histoire de cette station de télé, les vrais raisons de cette disparition probable proviennent directement à la programmation ridicule qu'ils ont imposée à toute une population depuis des années. A force de prendre les gens pour des idiots, on finît par perdre leur confiance, que ce soit en télévision ou dans n'importe quel autre domaine! »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 11 janvier 2008 07h44
    Bye bye boss !
    « Si Mme St-Pierre est sur un congé sans solde de Radio-Canada, ça ne va pas lui faciliter les choses là quand elle perdra une élection. »

  • Pierre Samuel
    Abonné
    vendredi 11 janvier 2008 08h44
    A quand le pari de l'intelligence du public?
    « D'où provient ce consensus, si ce n'est cette loi du moindre effort, que l'on doive toujours considérer les émissions éducatives et culturelles comme étant de simples bouche-trous? Il existe un hiatus incompréhensible entre le fait que l'on exige des citoyens de plus en plus informés et compétents dans la vie courante et que d'autre part la majorité des réseaux radiophoniques et télévisuels les considèrent comme étant des semi-débiles? Quel directeur de programmation d'un réseau privé au Québec osera, un jour, parier sur l'intelligence de son auditoire aux heures de grande écoute? »

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