jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 20h38


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Médias - 2008 en six temps

Paul Cauchon   7 janvier 2008  Médias
La tradition veut que l'on fasse des prédictions en début d'année. Pourquoi se couvrir de ridicule avec des prédictions qui ne tiendront pas la route? Par exemple, si 2006 fut l'année de YouTube sur Internet, et 2007 celle de Facebook, 2008 sera peut-être celle d'une entreprise très confidentielle pour le moment, dont tout le monde parlera l'automne prochain.

Tentons plutôt de cerner les grands enjeux qui sont déjà sur la table dans le monde des médias, les choses à surveiller avec attention dans les prochains mois.

1. Que faire de TQS ?

Qu'un réseau de télévision soit carrément menacé de disparition, ce serait une première. TQS croule sous les dettes, son propriétaire, Cogeco, n'en veut plus, et il n'a pas trouvé preneur. La mise sous protection de la loi pour 30 jours permet de refaire une offre financière intéressante aux acheteurs potentiels, que ce soit CTV, Corus, Astral, Rogers, Radio Nord, Gesca ou un autre.

Mais la vraie question, c'est que faire avec TQS? Les dirigeants de la chaîne aiment bien s'en prendre à Radio-Canada pour expliquer leurs déboires, mais ils devraient d'abord s'en prendre à eux-mêmes, avec une programmation qui n'a pas su attirer les foules. Et il ne sert pas à grand-chose d'acheter TQS pour continuer de la même façon. Le futur acheteur devra trouver une formule de programmation audacieuse. Une télé urbaine encore plus axée sur l'information? Une chaîne généraliste orientée vers le showbiz? Une chaîne intello haut de gamme (ne riez pas, certains l'ont suggéré)? Si vous avez une formule miracle, le mouton noir attend vos appels.

2. La télé née pour un p'tit pain

Pour garantir sa survie, TQS rêvait de pouvoir obtenir des redevances des abonnés du câble et du satellite. Le CRTC a d'abord dit non. Mais l'organisme fédéral entend revenir sur le sujet ce printemps, lors d'une audience publique. Bien sûr, Quebecor sera aux premières loges pour exiger, elle aussi, de telles redevances. Si les chaînes traditionnelles obtenaient des redevances des abonnés, est-ce que la facture du câble augmenterait, ou les chaînes spécialisées recevraient moins d'argent? On attend toujours la réponse à cette question.

Le système de financement de la télévision sera sous les projecteurs tout au long de l'année, car dès février le CRTC doit aussi tenir un débat public sur l'avenir du Fonds canadien de télévision.

3. Un journal temporaire qui dure

Le MédiaMatinQuébec, le journal gratuit des employés du Journal de Québec en lock-out, c'est un peu comme le Bloc québécois: c'était censé être très temporaire, mais ça commence à s'installer dans les moeurs à Québec. Il faut pourtant finir par régler ce conflit et, pour la première fois depuis huit mois, les deux parties prévoient se rencontrer le 15 janvier.

Reste que ce conflit d'abord patronal-syndical révèle beaucoup de choses. L'attrait de l'information locale d'abord, et puis aussi le succès des quotidiens gratuits en soi.

Le Journal de Québec s'est fait critiquer pour avoir utilisé des images de TVA et des textes du Journal de Montréal: dans l'ensemble du groupe Quebecor, les employés se demandent maintenant si les échanges journalistiques entre toutes les salles de rédaction de l'empire se multiplieront cette année.

4. Le journaliste tout-terrain

Grande tendance, celle du journaliste à tout faire, qui doit écrire des textes, fournir Internet, prendre des photos et de la vidéo, et raconter sa vie sur un blogue. La Presse canadienne envoie maintenant des journalistes couvrir des événements autant en mode écrit que vidéo. Et dans plusieurs journaux, dont principalement La Presse et Le Journal de Montréal, les discussions sur l'utilisation du matériel journalistique sur Internet seront très chaudes dans les prochains mois.

5. Mon droit est plus fort que le tien

Tant l'ADISQ que l'UDA ont exigé l'année dernière un meilleur partage des droits dans le nouvel univers numérique. Les réalisateurs québécois sont descendus dans la rue en décembre pour exiger la même chose, particulièrement une meilleure reconnaissance de leurs droits pour les DVD. Aux États-Unis, les scénaristes sont actuellement en grève pour un enjeu similaire. Les créateurs monteront encore plus au créneau en 2008 pour exiger leur juste part des revenus de diffusion de leurs oeuvres sur Internet et sur les nouvelles plates-formes technologiques. Ça tombe bien: Quebecor veut justement créer de nouvelles émissions exclusives sur son nouveau portail Internet, et le gouvernement fédéral est justement en train de revoir la loi sur le droit d'auteur.

6. Contrôler la pieuvre... et le castor

Faut-il réglementer Internet? Le CRTC entend rouvrir ce panier de crabes en 2008 en lançant un débat sur cette question. À titre d'exemple: faudrait-il exiger des fournisseurs d'Internet une contribution à la culture d'ici? La discussion ne fait que commencer. Et elle pourrait être compliquée par un autre débat: plusieurs groupes soupçonnent en effet le gouvernement Harper de vouloir alléger les règles de propriété des médias canadiens, pour permettre aux entreprises étrangères d'investir plus chez nous.

pcauchon@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Steve Boudrias
    Inscrit
    mercredi 9 janvier 2008 05h14
    2008 : une année décisive
    « Comme d'habitude, monsieur Cauchon démontre à quel point un point de vue pertinent et un recul nécessaire face aux médias peuvent donner de très bons résultats.

    Et dans ce cas-ci, il s'agit d'une série de questions très éclairantes sur la nature de l'année 2008 à venir.

    Ce que je remarque surtout, c'est à quel point l'année 2008 est une année décisive par rapport à 2007. 2007 aura été l'année des remises en questions et des surprises, côté "médias".

    Et ce, en grande partie à cause d'internet. La fameuse révolution d'internet. Eh bien, il semblerait que le réseau des réseaux de communication commence à faire des siennes à l'extérieur des sphères du showbizz.

    C'est vrai, quoi ! Avant, les seuls intervenants qui se plaignaient de l'impact de l'arrivée d'internet étaient dans le business de la musique ou du cinéma.

    Hors, aux dernières nouvelles, que réalise-t-on ? Que les médias comme la télévision, la presse écrite et la radio sont frappés de plein fouet par internet.

    La télévision se voit gruger des parts de marché par les chaînes spécialisées ET elle doit en plus constater que ses revenus publicitaires s'en vont de plus en plus sur le net. Vers le net, mais où ? Vers des sites web appartenant à d'autres médias purement issus du journalisme écrit traditionnel (cyberpresse.ca, ledevoir.com, etc.), à l'univers internet virtuel "pur" (Centpapiers.com, par exemple), ou bien à des sites hybrides (branchez-vous.com, sympatico.ca) ou des hydres multimédias (comme la SRC, qui combine souvent une diffusion ou une tribune radiophonique avec contenu multimédia - interractif ou non).

    La presse écrite, elle, commence à voir ses revenus publicitaires diminuer dans son format papier, voit aussi l'avénement des journaux gratuits comme un phénomène durable et inévitable, puis, finalement, la presse commence à percevoir la mine d'or que représente l'investissement dans la cyberinformation : l'information en continue, l'interraction entretenue avec le lectorat par le biais des blogues, et le précieux outil marketing du "compteur de clics". D'ailleurs, on ne dira jamais à quel point l'information consultée par le biais d'un ordinateur permet aux publicitaires ET à la rédaction d'évaleur les pubs qui marchent vraiment et les sujets qui intéressent vraiment le public.

    Pour ce qui est de la radio, c'est bien simple, elle sera le nouveau médium à se faire secouer les puces cette année, d'après moi, car avec la percée de la transmission haute vitesse des données sur assisatant personnalisé sans fil, combinée avec la pénétration des stations satellites dans le nouveau parc automobile ; il y aura une véritable remise en question du contenu radiophonique très bientôt. Un nouveau créneau publicitaire ou "@-publicitaire".

    Bref, la voilà ma prédiction de 2008, monsieur Cauchon : l'avénement de l'@-publicité. L'émergence de médias de masse misant sur l'abonnement à leur contenu en échange de l'absence plus ou moins totale du discours publicitaire. Un truc nouveau permettant au public et aux diffuseurs de contenus médiatiques de relancer le débat sur le financement d'une source d'information ou de divertissement grand-public. 2008, donc, sera l'année où on sonnera le glas de la gratuité internet une fois pour toute.


    ***

    1. Que ferat-t-on de TQS ? Elle trouvera preneur chez Transcontinental, probablement.
    2. Le FTC sera revu et corrigé au bon vouloir des conglomérats comme Quebecor et Rogers.
    3. Quebecor media finira par entendre le bon sens et les syndiqués du Journal de Québec fera semblant de mettre de l'eau dans son vin et les gens de Québec aura une véritable source d'information écrite supplémentaire de qualité à consulter dans leur région.
    4. Le journaliste tout-terrain fera grossir le clan des journalistes free-lance et l'un de ceux-ci fera la gloire de ce mode de vie en créant un reportage dans des conditions exceptionnelles qui fera école dans la profession à la prochaine réunion du FPJQ.
    5. Les différents organismes de droit d'auteur feront une offensive légale sans précédent afin de remettre de l'ordre dans un secteur qui fonctionne un peu trop "librement" aux goûts des créateurs de contenus musicaux, télévisuels et cinématographiques. La récréation du P2P anarchique, ça ne sera plus aussi simple que par le passé.
    6. La législation dans le domaine internet passera par un arrangement entre le CRTC et les fournisseur d'accès internet. D'un côté, le CRTC "donnera" les moyens légaux aux fournisseurs de poursuivre les pirates et les fraudeurs et en retour, les fournisseurs s'assureront d'être plus "responsables" par rapport aux sites hébergés par eux. Des heures et des heures de plaisir en perspective... et de nombreux emplois de surveillance permanente à venir dans le domaine du business encore très balbutiant de la gestion de l'information virtuelle.

    Bonne année 2008 à tous ! »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
1 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009