Médias - Des nouvelles éphémères qui laissent peu de traces
Dans le numéro de décembre du magazine Le Trente, la question des accommodements raisonnables a été présentée comme étant la nouvelle la plus «gonflée» de l'année, la plus disproportionnée.
Voilà qu'une analyse scientifique semble confirmer ce point de vue. Cette analyse, c'est celle de l'entreprise Influence Communication, qui calcule toutes les semaines le poids médiatique d'une nouvelle dans tous les médias québécois. La semaine dernière le président de cette firme, Jean-François Dumas, publiait son bilan 2007, un document de près de 80 pages qui fait une revue statistique du travail des médias.
Il soutient que la question des accommodements raisonnables a pris des proportions démesurées. On pourrait toujours discuter du bien-fondé de cette affirmation, mais son rapport présente une statistique très troublante: «83 % de toute la couverture médiatique accordée à l'une ou l'autre des nombreuses communautés ethniques du Québec a été réalisée en marge de sujets controversés ou dans le cadre de situations conflictuelles». Et la presse québécoise a accordé dix fois plus d'attention aux incidents ethniques survenus au Québec qu'ailleurs.
Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, lorsque les médias ont parlé des communautés ethniques, c'était toujours en référence à des conflits, à des tensions, à des problèmes. C'est quand même quelque chose.
Ajoutons que, plus de 80 % du contenu des émissions du matin provenant des quotidiens, comme le remarque Jean-François Dumas, les dossiers discutés par les médias deviennent très rapidement monolithiques. «On peut facilement croire que l'ensemble des médias rapporte systématiquement les mêmes nouvelles sous le même angle», dit-il.
De façon générale, après avoir analysé les deux millions de nouvelles provenant des médias traditionnels en 2007 au Québec (quel calcul!), Influence Communication conclut que les deux événements qui ont généré le plus de nouvelles cette année sont la politique et la campagne électorale, ce qui est normal, et les accommodements raisonnables.
L'«effet de meute» des médias, cette façon qu'ont les médias de se ruer en bloc sur la même information pour en exploiter les plus petites facettes, semble avoir joué à plein lorsqu'on examine le traitement de certains sujets, par exemple les déboires de Myriam Bédard. Mais Influence Communication décerne son prix du «bogue de l'an 2007», c'est-à dire de la non-nouvelle qui a suscité le plus d'attention médiatique, au passage de l'Airbus A380 cet automne à Montréal. À voir certains reportages télévisés, on avait en effet l'impression que les journalistes à bord de l'avion venaient de marcher sur la Lune...
Mais la statistique la plus fascinante de ce rapport, c'est celle-ci: 85 % des nouvelles disparaissent au cours des 24 premières heures.
La firme soutient avoir constaté une augmentation de 20 % du nombre de nouvelles dans les médias québécois de 2005 à 2006. Pour faire place à cette augmentation (et la concurrence effrénée entre les médias est une des causes de cette augmentation), il faut nécessairement que la durée de vie des nouvelle soit plus courte. Sinon, on peut supposer que le nombre de pages des journaux et le temps consacré à l'information à la radio et à la télévision aurait augmenté de 20 %. Conclusion de Jean-François Dumas: «nous sommes plus informés que jamais, mais avec beaucoup moins de profondeur».
Trois ou quatre sources privilégiées
Cette façon purement mécanique de calculer le nombre de nouvelles peut avoir des limites, mais elle indique quand même quelques tendances générales intéressantes, non?
J'ajouterais que «être informé» est une notion qui, en soi, peut être interprétée de différentes façons. Pour prouver que nous sommes dans un ère d'abondance de l'information, les grandes entreprises médiatiques soutiennent qu'on a de moins en moins besoin de règles sur la concentration des médias. C'est le discours que tient Quebecor, par exemple. L'accès à un nombre incroyablement élevé de sources d'information, à travers Internet en particulier, garantirait en soi la diversité de l'information.
Encore faudrait-il véritablement trouver des informations différentes et alternatives sur toutes ces nouvelles plateformes. Jean-François Dumas rappelle que le consommateur d'information se rabat continuellement sur un groupe privilégié de trois ou quatre sources d'information, et que sur le Web l'internaute a tendance à reproduire cette habitude «avec quelques sites d'information qui répondent le mieux à ses besoins».
Bien sûr, Internet multiplie les sources d'information, il serait ridicule de le nier. Mais plusieurs enquêtes démontrent aussi que les sources d'information les plus consultées sont souvent les sites des médias traditionnels.
L'année 2008 viendra-t-elle renforcer ou contredire ces tendances? On aura l'occasion d'en reparler. En attendant cette chronique fait relâche pour une semaine et sera de retour début janvier.
Joyeux Noël accommodant à tous!
***
pcauchon@ledevoir.com
Voilà qu'une analyse scientifique semble confirmer ce point de vue. Cette analyse, c'est celle de l'entreprise Influence Communication, qui calcule toutes les semaines le poids médiatique d'une nouvelle dans tous les médias québécois. La semaine dernière le président de cette firme, Jean-François Dumas, publiait son bilan 2007, un document de près de 80 pages qui fait une revue statistique du travail des médias.
Il soutient que la question des accommodements raisonnables a pris des proportions démesurées. On pourrait toujours discuter du bien-fondé de cette affirmation, mais son rapport présente une statistique très troublante: «83 % de toute la couverture médiatique accordée à l'une ou l'autre des nombreuses communautés ethniques du Québec a été réalisée en marge de sujets controversés ou dans le cadre de situations conflictuelles». Et la presse québécoise a accordé dix fois plus d'attention aux incidents ethniques survenus au Québec qu'ailleurs.
Autrement dit, dans l'immense majorité des cas, lorsque les médias ont parlé des communautés ethniques, c'était toujours en référence à des conflits, à des tensions, à des problèmes. C'est quand même quelque chose.
Ajoutons que, plus de 80 % du contenu des émissions du matin provenant des quotidiens, comme le remarque Jean-François Dumas, les dossiers discutés par les médias deviennent très rapidement monolithiques. «On peut facilement croire que l'ensemble des médias rapporte systématiquement les mêmes nouvelles sous le même angle», dit-il.
De façon générale, après avoir analysé les deux millions de nouvelles provenant des médias traditionnels en 2007 au Québec (quel calcul!), Influence Communication conclut que les deux événements qui ont généré le plus de nouvelles cette année sont la politique et la campagne électorale, ce qui est normal, et les accommodements raisonnables.
L'«effet de meute» des médias, cette façon qu'ont les médias de se ruer en bloc sur la même information pour en exploiter les plus petites facettes, semble avoir joué à plein lorsqu'on examine le traitement de certains sujets, par exemple les déboires de Myriam Bédard. Mais Influence Communication décerne son prix du «bogue de l'an 2007», c'est-à dire de la non-nouvelle qui a suscité le plus d'attention médiatique, au passage de l'Airbus A380 cet automne à Montréal. À voir certains reportages télévisés, on avait en effet l'impression que les journalistes à bord de l'avion venaient de marcher sur la Lune...
Mais la statistique la plus fascinante de ce rapport, c'est celle-ci: 85 % des nouvelles disparaissent au cours des 24 premières heures.
La firme soutient avoir constaté une augmentation de 20 % du nombre de nouvelles dans les médias québécois de 2005 à 2006. Pour faire place à cette augmentation (et la concurrence effrénée entre les médias est une des causes de cette augmentation), il faut nécessairement que la durée de vie des nouvelle soit plus courte. Sinon, on peut supposer que le nombre de pages des journaux et le temps consacré à l'information à la radio et à la télévision aurait augmenté de 20 %. Conclusion de Jean-François Dumas: «nous sommes plus informés que jamais, mais avec beaucoup moins de profondeur».
Trois ou quatre sources privilégiées
Cette façon purement mécanique de calculer le nombre de nouvelles peut avoir des limites, mais elle indique quand même quelques tendances générales intéressantes, non?
J'ajouterais que «être informé» est une notion qui, en soi, peut être interprétée de différentes façons. Pour prouver que nous sommes dans un ère d'abondance de l'information, les grandes entreprises médiatiques soutiennent qu'on a de moins en moins besoin de règles sur la concentration des médias. C'est le discours que tient Quebecor, par exemple. L'accès à un nombre incroyablement élevé de sources d'information, à travers Internet en particulier, garantirait en soi la diversité de l'information.
Encore faudrait-il véritablement trouver des informations différentes et alternatives sur toutes ces nouvelles plateformes. Jean-François Dumas rappelle que le consommateur d'information se rabat continuellement sur un groupe privilégié de trois ou quatre sources d'information, et que sur le Web l'internaute a tendance à reproduire cette habitude «avec quelques sites d'information qui répondent le mieux à ses besoins».
Bien sûr, Internet multiplie les sources d'information, il serait ridicule de le nier. Mais plusieurs enquêtes démontrent aussi que les sources d'information les plus consultées sont souvent les sites des médias traditionnels.
L'année 2008 viendra-t-elle renforcer ou contredire ces tendances? On aura l'occasion d'en reparler. En attendant cette chronique fait relâche pour une semaine et sera de retour début janvier.
Joyeux Noël accommodant à tous!
***
pcauchon@ledevoir.com
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

