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Télévision - Un homme libre

Paul Cauchon   8 décembre 2007  Médias
Cinq ans après sa mort, Pierre Bourgault est de retour dans l'actualité. Une grande biographie de Bourgault signée Jean-François Nadeau (patron des pages culturelles du Devoir) a été fort bien reçue et a remporté le prix du public dans la catégorie essais au dernier Salon du livre de Montréal. Et voilà que Télé-Québec diffuse cette semaine une biographie filmée de Bourgault.

L'histoire de ce documentaire est assez particulière. C'est en 2000 que Pierre Bourgault lui-même avait eu l'idée de faire sa biographie filmée, et le projet avait été proposé à l'équipe Productions J de Julie Snyder. Une série d'entretiens et un premier tournage avaient été réalisés, mais la disparition de Pierre Bourgault en 2003 venait interrompre le projet. Deux ans plus tard, Productions J demandait au réalisateur Manuel Foglia de compléter le travail.

Le document présente donc tant des entretiens exclusifs avec Bourgault que des témoignages de ses amis et compagnons de route, tout comme des films d'archives. Ces documents d'archives sont très variés: discours politiques, mais également extraits de différentes émissions, dont des émissions de variétés comme Ad lib et Avis de recherche, et même d'étonnants extraits de séries radio-canadiennes des années 50 où l'on peut voir le Bourgault comédien!

Paroles et liberté est construit de façon chronologique. L'enfance est d'abord racontée, puis le pensionnat, chez les jésuites, «la mauvaise foi érigée en système», lance Pierre Bourgault, où il apprend la révolte et où on le met d'ailleurs à la porte.

Commence alors une période au cours de laquelle Pierre Bourgault se cherche. Il travaille pour l'armée canadienne au Manitoba, où il mène d'ailleurs sa première bataille nationaliste en constatant le peu de place accordé aux Canadiens français, puis il fait de la radio. Il quitte son travail de régisseur à l'émission Bobino sur un coup de tête pour errer plusieurs mois en Europe. Et, comme il l'avoue lui-même, il accepte très mal son homosexualité.

Invité par hasard à une réunion du RIN naissant, c'est là qu'il se découvre. Le livre de Jean-François Nadeau expliquait bien la relation houleuse qu'il a entretenue avec les dirigeants du RIN, le premier grand parti politique indépendantiste. Dans le film, cette situation est abordée rapidement par Andrée Ferretti, qui déclare qu'il «n'était pas un bon chef de parti. Il était trop individualiste.»

Le film donne toutefois à entendre sa parole captivante sur les tribunes. «J'ai trouvé le "one man show" cent fois plus intéressant [que le métier de comédien], dit-il. Être orateur, c'est du strip-tease. On se met à nu. On ne joue pas. On est.»

Ses relations difficiles avec René Lévesque sont également abordées, entre autres par René Homier-Roy, mais une image d'un congrès du PQ du début des années 70 dit tout: il faut voir la tête catastrophée de René Lévesque lorsque Bourgault prend la parole sur la tribune...

Homme complexe et passionnant, esprit libre avant tout, sauvé de la misère par ses amis dans les années 70, il se redécouvre dans l'enseignement, où il a marqué bon nombre d'étudiants, dont le cinéaste Hugo Latulippe et Guy A. Lepage, qui témoignent dans le documentaire. Bernard Landry confirme à la caméra qu'il le consultait régulièrement. En prévision de la campagne référendaire de 1995, Jacques Parizeau l'avait invité comme conseiller spécial, lui qui avait eu tellement de difficulté à se faire accepter au PQ. Mais cette invitation tourna court

à cause d'une déclaration malheureuse de Bourgault, piégé par The Gazette, fait valoir Landry. «La "trahison" de Parizeau, qui l'a lâché comme une vieille chaussette, l'a terriblement affecté», soutient René Homier-Roy.

Une vie très dense, bien résumée dans cette biographie d'une heure et demie. «Pourquoi chercher un sens? Il suffit de vivre, disait Pierre Bourgault. Je fais les choses et je n'en cherche pas le sens. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas de morale ou de principes.»

Paroles et liberté : Bourgault - Télé-Québec, mercredi 12 décembre, 20h.
 
 
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