Qui aime bien châtie bien
J'arrive au journal Le Devoir comme une enfant à qui on vient de trouver une famille d'accueil. Sur la pointe des pieds. En espérant qu'ils vont m'aimer. Je leur suis reconnaissante de m'accueillir.
Depuis que nous nous connaissons, Le Devoir et moi, on ne peut vraiment pas parler d'une relation d'amour. Dans toutes les fonctions que j'ai occupées depuis 50 ans, les critiques du Devoir ont souvent été les plus virulentes, les plus dures et les plus sévères à mon endroit. Je ne les ai pas toutes à la mémoire, heureusement, mais je sais que «l'ensemble de mon oeuvre» a souvent été jugé frivole, superficiel et jamais assez sérieux pour les critiques de ce vénérable journal.
À travers les critiques habituelles, il y a eu quelques moments forts. Je pense ici à l'éditorial de Claude Ryan lui-même, soulignant la grave erreur que René Lévesque avait commise, selon lui, en me confiant la réforme de l'assurance automobile, moi, une néophyte qu'il jugeait bien incapable de mener une telle entreprise à terme.
Je pense aussi à l'accablant éditorial de Lise Bissonnette au sujet d'Yvette, cette petite fille enfermée dans un livre d'école où elle n'avait aucun avenir, sinon celui de balayer le tapis et de servir le thé. C'est dans cet éditorial que Mme Bissonnette ramenait mon travail d'animatrice à la radio et à la télévision à du papotage en comparaison avec l'oeuvre de Mme Ryan, que j'avais accrochée au passage et qu'elle estimait bien plus valable que la mienne. C'est cet éditorial qui a déclenché l'affaire des Yvette et qui a détruit ma crédibilité au sein du conseil des ministres, au point de m'amener à mettre fin à ma carrière politique. Ce n'est pas rien!
Le début d'un temps nouveau
Vous comprendrez pourquoi je n'ai jamais pensé pouvoir, un jour, écrire dans Le Devoir. Absolument jamais! Moi qui viens de passer 20 ans de ma vie à écrire des téléromans et qui viens de quitter Le Journal de Montréal parce que, par principe, je ne traverse pas des piquets de grève, j'ai toujours pensé que ma fiche personnelle ne m'ouvrirait jamais les portes du Devoir. J'ai toujours été convaincue que ce monde m'était fermé pour toujours. De là mon étonnement quand on m'a offert cette chronique.
J'ai accepté parce que j'ai du respect pour ce journal et les personnes qui l'ont tenu à bout de bras. Il témoigne depuis longtemps de ce que nous sommes et défend farouchement son indépendance, ce qui est de plus en plus rare dans notre monde de l'information.
Je sais cependant fort bien que mon arrivée ne laisserait ni Henri Bourassa ni Claude Ryan indifférents. Ils ont dû se retourner dans leur tombe! Bourassa parce que la féministe que je suis l'aurait empêché de dormir en son temps, lui qui était contre le droit de vote des femmes et souhaitait les garder à la maison pour faire des enfants. Je le sais parce que j'ai si souvent utilisé ses discours conservateurs et machistes dans mes assemblées que je les connais par coeur.
Claude Ryan a aussi dû se retourner. J'avoue qu'être assis l'un en face de l'autre à l'Assemblée nationale ne nous a pas rapprochés. Nous n'avions pas d'atomes crochus. Et puis, il était pour le NON alors que j'étais pour le OUI. Ça ne forge pas des amitiés profondes!
Je suis ce que je suis
Il se peut que je n'aie rien fait d'important ou de valable de toute ma vie. Il se trouvera bien quelqu'un pour le dire plus tard. Mais juste d'avoir fait tout ce que j'ai fait est déjà une réussite en soi. Je ne changerai pas. Ni ma façon d'écrire, ni ma façon de défendre mes opinions. Je transporte avec moi l'expérience de près de 50 ans de vie publique qui est mon fonds de commerce. Je ne suis plus une néophyte en rien. Je commence à avoir une bonne idée de la façon dont les choses se font, se défont ou n'arrivent jamais. J'ai un immense plaisir à penser que je vais partager mes préoccupations avec vous chaque semaine. C'est un honneur de faire partie de la «gang» du Devoir.
J'espère y être longtemps. Peut-être bien qu'on m'adoptera.
Depuis que nous nous connaissons, Le Devoir et moi, on ne peut vraiment pas parler d'une relation d'amour. Dans toutes les fonctions que j'ai occupées depuis 50 ans, les critiques du Devoir ont souvent été les plus virulentes, les plus dures et les plus sévères à mon endroit. Je ne les ai pas toutes à la mémoire, heureusement, mais je sais que «l'ensemble de mon oeuvre» a souvent été jugé frivole, superficiel et jamais assez sérieux pour les critiques de ce vénérable journal.
À travers les critiques habituelles, il y a eu quelques moments forts. Je pense ici à l'éditorial de Claude Ryan lui-même, soulignant la grave erreur que René Lévesque avait commise, selon lui, en me confiant la réforme de l'assurance automobile, moi, une néophyte qu'il jugeait bien incapable de mener une telle entreprise à terme.
Je pense aussi à l'accablant éditorial de Lise Bissonnette au sujet d'Yvette, cette petite fille enfermée dans un livre d'école où elle n'avait aucun avenir, sinon celui de balayer le tapis et de servir le thé. C'est dans cet éditorial que Mme Bissonnette ramenait mon travail d'animatrice à la radio et à la télévision à du papotage en comparaison avec l'oeuvre de Mme Ryan, que j'avais accrochée au passage et qu'elle estimait bien plus valable que la mienne. C'est cet éditorial qui a déclenché l'affaire des Yvette et qui a détruit ma crédibilité au sein du conseil des ministres, au point de m'amener à mettre fin à ma carrière politique. Ce n'est pas rien!
Le début d'un temps nouveau
Vous comprendrez pourquoi je n'ai jamais pensé pouvoir, un jour, écrire dans Le Devoir. Absolument jamais! Moi qui viens de passer 20 ans de ma vie à écrire des téléromans et qui viens de quitter Le Journal de Montréal parce que, par principe, je ne traverse pas des piquets de grève, j'ai toujours pensé que ma fiche personnelle ne m'ouvrirait jamais les portes du Devoir. J'ai toujours été convaincue que ce monde m'était fermé pour toujours. De là mon étonnement quand on m'a offert cette chronique.
J'ai accepté parce que j'ai du respect pour ce journal et les personnes qui l'ont tenu à bout de bras. Il témoigne depuis longtemps de ce que nous sommes et défend farouchement son indépendance, ce qui est de plus en plus rare dans notre monde de l'information.
Je sais cependant fort bien que mon arrivée ne laisserait ni Henri Bourassa ni Claude Ryan indifférents. Ils ont dû se retourner dans leur tombe! Bourassa parce que la féministe que je suis l'aurait empêché de dormir en son temps, lui qui était contre le droit de vote des femmes et souhaitait les garder à la maison pour faire des enfants. Je le sais parce que j'ai si souvent utilisé ses discours conservateurs et machistes dans mes assemblées que je les connais par coeur.
Claude Ryan a aussi dû se retourner. J'avoue qu'être assis l'un en face de l'autre à l'Assemblée nationale ne nous a pas rapprochés. Nous n'avions pas d'atomes crochus. Et puis, il était pour le NON alors que j'étais pour le OUI. Ça ne forge pas des amitiés profondes!
Je suis ce que je suis
Il se peut que je n'aie rien fait d'important ou de valable de toute ma vie. Il se trouvera bien quelqu'un pour le dire plus tard. Mais juste d'avoir fait tout ce que j'ai fait est déjà une réussite en soi. Je ne changerai pas. Ni ma façon d'écrire, ni ma façon de défendre mes opinions. Je transporte avec moi l'expérience de près de 50 ans de vie publique qui est mon fonds de commerce. Je ne suis plus une néophyte en rien. Je commence à avoir une bonne idée de la façon dont les choses se font, se défont ou n'arrivent jamais. J'ai un immense plaisir à penser que je vais partager mes préoccupations avec vous chaque semaine. C'est un honneur de faire partie de la «gang» du Devoir.
J'espère y être longtemps. Peut-être bien qu'on m'adoptera.
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