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Médias - Du journal à la salle de nouvelles

Paul Cauchon   19 novembre 2007  Médias
Le 7 novembre dernier, l'éditrice du Vancouver Sun, Patricia Graham, convoque les 110 membres de la rédaction. Elle leur annonce des réductions de personnel. Et elle ajoute: «Ceci n'est plus un journal. C'est une salle de nouvelles.»

Cette petite déclaration a fait sensation. Car la direction du Vancouver Sun, un des plus importants journaux au Canada anglais, se trouve ainsi à pointer le doigt vers une nouvelle direction, celle de la production d'information sur plusieurs plates-formes, dont Internet.

Les journalistes du groupe CanWest Global, auquel appartient le Sun, ont compris le message: ce nouvel environnement médiatique passe nécessairement par des compressions de personnel. Parce que les journalistes devront maintenant faire plus, et sur plusieurs supports? Voilà la grande question, qui n'est pas encore résolue.

CanWest Global avait également annoncé plus tôt cet automne des compressions budgétaires majeures dans son réseau de télévision, Global, compressions qui pourraient toucher 200 personnes. Et ses journaux font face à des programmes massifs de départs volontaires. Comme le rapportait récemment Le Devoir, The Gazette de Montréal, qui appartient à CanWest, doit réduire d'un million de dollars son budget de rédaction, alors que ses revenus publicitaires ont diminué de six millions cette année, par rapport à l'année dernière.

Un porte-parole du groupe CanWest a carrément déclaré il y a une semaine que l'univers des médias a «changé dramatiquement», et que «les structures traditionnelles des salles de nouvelles n'ont pas assez évolué pour répondre à ce nouvel environnement».

Le mot d'ordre, toujours selon la direction de CanWest: placer plus de ressources sur le Web, sur le contenu «hyper-local», et proposer plus de contenu exclusif.

Ces déclarations s'inscrivent évidemment dans la grande remise en question du rôle des médias traditionnels, alors que les tirages n'augmentent pas et que la publicité continue à migrer vers Internet.

Pour s'adapter à cette nouvelle situation, les syndicats des médias se montrent très vigilants: ils savent très bien que, dans ce nouvel univers, il sera très tentant pour les entreprises de demander aux journalistes de travailler plus vite, de produire encore plus, de fournir autant le journal que le site Internet et que les médias électroniques qui appartiennent au même groupe. Ça adonne bien: les journalistes plus jeunes sont justement plus habitués au «multitâche», et ils coûtent moins cher...

Pour compliquer encore plus la situation, des médias créés spécifiquement pour Internet, n'appartenant à aucun groupe traditionnel, se font de plus en plus une place chez le consommateur.

On connaît le succès des webmagazines américains Slate et Salon. On connaît peut-être The Tyee, cette cyberpublication indépendante publiée depuis novembre 2003 sur Internet en Colombie-Britannique, qui présente des informations sur la vie dans cette province.

Voilà que le phénomène fait de plus en plus jaser en France. Rue89, un site Internet lancé il y a quelques mois par quatre anciens journalistes de Libération, remporte un succès grandissant. Il propose autant des reportages exclusifs que du contenu fourni par les utilisateurs. Le site comptait 800 000 visiteurs uniques en septembre. L'été dernier, il est parvenu à rassembler 280 000 euros pour son financement.

Plus fort encore. Edwy Plenel, l'ancien patron de la rédaction du Monde, qui avait quitté le prestigieux journal en 2004, annonce maintenant qu'il lancera en janvier un journal d'information sur Internet. Plenel n'est pas le dernier venu, et il a débauché des professionnels des autres médias, dont le directeur adjoint de Marianne, François Bonnet. Et il voit gros: sa cyberpublication proposera du journalisme d'enquête, dit-il, des reportages exclusifs, une sélection de ce que l'on trouve de mieux sur le Net, et des débats. Il a affirmé la semaine dernière au Nouvel Obs que 40 personnes travailleront pour son site, qui prévoit être mi-gratuit, mi-payant.

Pour réaliser ce projet, Plenel prévoit amasser quatre millions d'euros. La somme semble stupéfiante. On peut y voir un symbole spectaculaire du déplacement des ressources sur Internet. Mais je ne suis pas convaincu que les ressources financières migrent encore à ce point sur le Web (tous les sites Internet des grands médias n'arrivent pas à rentrer dans leurs frais). J'y lis plutôt le message que l'information coûte cher, et que l'information de qualité nécessitera toujours des ressources importantes.

Reste à voir sur quel support les «grandes marques médiatiques» proposeront cette information à l'avenir. Le patron du New York Times, lui, avait prédit l'année dernière que son journal n'existerait plus dans quelques années sous format papier... et que ce ne serait pas un drame, parce que la marque, et la diffusion d'information qui va avec, existeraient ailleurs.

pcauchon@ledevoir.com






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  • Serge Charbonneau
    Abonné
    lundi 19 novembre 2007 09h24
    Fini le journalisme! Internet: le moyen le plus efficace pour la bonne parole.
    « " Le patron du New York Times, dit que même si son journal n'existe plus dans sous format papier, ce ne serait pas un drame, parce que la marque, et la diffusion d'information qui va avec, existeraient ailleurs. "

    En lisant rapidement cette affirmation, on se demande de quelle marque et de quelle information s'agit-il?
    On pourrait aller jusqu'à dire: "À quoi bon avoir plusieurs journalistes, plusieurs médias, puisque l'important c'est de transmettre la bonne parole et que de toute façon, une seule agence oeuvrant sur des plateformes multiples peut diffuser LE message.
    À quoi bon avoir plusieurs vus? D'ailleurs a-t-on plusieurs vus?
    Prenons l'exemple du Moyen-Orient. Y a-t-il un média qui dit que les États-Unis sont des terroristes? Non, tous s'entendent pour dire que les ÉU sèment la démocratie.
    Prenons l'exemple du Venezuela. Y a-t-il un média qui dit que Chavez a raison? Non, Chavez est un dictateur autoritaire, c'est sans équivoque.
    Prenons exemple du Pakistan. Y a-t-il un média qui dit que Musharaff représente une menace avec sa bombe atomique? Non, Musharaff s'égare un peu, fait des coups d'État sans sang, utilise la loi martiale pour éviter le désordre et persiste à être un démocrate profond.
    Prenons exemple de la Birmanie. Y a-t-il un média qui dit que le régime birman n'est pas plus terrible que bien d'autres et qu'il est préférable de vivre en Birmanie plutôt qu'en Irak, en Afghanistan ou même au Pakistan? Non, la Birmanie, c'est, depuis que les ÉU l'ont décidé, le bout de la merde.
    Prenons l'exemple de Poutine. Y a-t-il un média qui dit que les Russes ont raison de supporter cet homme qui a sorti leur pays du marasme économique et qui redonne une dignité à la grande nation russe? Non, Poutine, depuis qu'il ne dit plus comme les ÉU, est devenu le dictateur. Y avait-il un média qui disait que Poutine était un dictateur lorsqu'il massacrait il y a quelques années en Tchétchénie? Non, à ce moment de grande détente entre Poutine et les ÉU, il ne faisait que contrer le terrorisme tchétchène et il avait raison d'être "un peu" dur, tous les médias nous expliquaient la "justification" de ses gestes tout comme Musharaff aujourd'hui.
    Combien d'articles, de déclarations, d'éditorialistes offensés pour décrire la méthode dictatoriale de Musharaff? Combien y en a-t-il eu contre la Birmanie et pendant combien de temps? Y a-t-il eu un seul journal, un seul média qui a eu un discours différent? Non.
    Alors, à quoi bon plusieurs journaux, plusieurs journalistes pour véhiculer un discours unique. La bonne parole a besoin d'un photocopieur et de réseau de diffusion pour répandre son message. Les journalistes, les éditorialistes, les nombreux nombreux nombreux chroniqueurs, spécialistes qui entonnent les mêmes chansons à l'unisson, sont un gaspillage d'argent. Un seul peut suffire à la tâche. Les seules variantes sont la couleur des caractères, le type et la grosseur de la police utilisée, le message est le même.

    Donc, le patron du New York Times a bien raison de dire, que même si son journal n'existe plus dans un format, ce n'est pas un drame.


    Serge Charbonneau
    Québec »

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