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La mémoire du crime

Brian Myles   15 novembre 2007  Médias
Au cours de sa carrière, Claude Poirier est intervenu dans une cinquantaine de prises d’otages et a aidé environ 200 suspects recherchés par la police à se rendre sans effusion de sang.
Photo : Jacques Nadeau
Au cours de sa carrière, Claude Poirier est intervenu dans une cinquantaine de prises d’otages et a aidé environ 200 suspects recherchés par la police à se rendre sans effusion de sang.
Il porte sur ses épaules la «filière» du crime au Québec, un épais ramassis de souvenirs sordides et sidérants. Claude Poirier suit la piste des criminels, grands et petits, depuis maintenant 47 ans. Un des derniers journalistes de faits divers maniaque de terrain se raconte dans Sur la corde raide.

Voisin de l'ex-parrain de la mafia Frank Cotroni, chauffeur de l'avocat Robert Lemieux lors des pourparlers pour libérer les otages du FLQ, négociateur lors des émeutes au pénitencier Saint-Vincent-de-Paul, invité de Maurice «Mom» Boucher aux funérailles et mariages des Hells Angels... Les personnages de polar mènent des vies plus tranquilles que Claude Poirier.

Le reporter de LCN et de Corus, dont les exploits ont inspiré la série télé Le Négociateur, passe en revue ses principaux faits d'armes dans Sur la corde raide, un témoignage rédigé par le criminologue Bernard Tétrault, son collègue et rédacteur en chef du défunt hebdomadaire Allô Police.

Claude Poirier entraîne le lecteur dans un univers révolu, la métropole des années 60 et 70, où il suffisait d'audace, d'acharnement et de nuits blanches à patrouiller la rue, ce théâtre à ciel ouvert du crime, pour obtenir la primeur sur les derniers règlements de comptes. Montréal était toujours la «ville ouverte» de la légende lorsque le jeune Poirier a fait ses débuts dans le métier en 1960, sous la protection de Marcel Rousseau. Brasseur de cartes dans une «barbotte» (une maison de jeu clandestine), Rousseau prenait à ses heures des photos d'accidents, de crimes et d'incendies qu'il revendait à Photo Police. Il a présenté Claude Poirier aux familles Dubois et Cotroni, en plus de lui faire connaître les policiers de la «patrouille de nuit».

Les quarts de travail débutaient à l'urgence de l'hôpital Saint-Luc, «la poubelle de Montréal, dit M. Poirier en entrevue. Tout ce qui était poignardé et "tiré" s'en allait là». Il suffisait ensuite de remonter la trace du sang jusqu'à la scène du crime, où les enquêteurs coopératifs permettaient à la poignée de journalistes de faits divers à l'oeuvre dans ce secteur émergent de constater de leurs propres yeux l'état des lieux. «Il n'y avait pas de service des relations publiques à la police de Montréal. Les contacts, on les faisait directement auprès des policiers. Sur la radio, il y avait une seule fréquence à écouter pour la police; aujourd'hui, il y en a 300. C'était dix fois plus facile de faire notre travail», raconte Claude Poirier, dans une conversation où abondent les références aux objets sacrés de l'église... À 69 ans, l'as reporter est toujours aussi volubile...

La mode du braquage

La carrière de Claude Poirier a commencé à la suite d'un hold-up commis sous ses yeux à Montréal-Nord. Il se précipite sur le premier téléphone venu pour participer au concours «la meilleure nouvelle» de CJMS... qu'il remporte. Il reconnaît l'un des voleurs, un ancien employé du commerce familial. Dans les jours suivants, il convainc la direction du poste de radio de le prendre à l'essai, gratuitement, en l'absence de son idole, le journaliste aux incendies Lucien «Frenchie» Jarraud. Il fait peindre sa voiture aux couleurs de la station, à la plus grande stupéfaction des patrons. Plus tard, il y installera un faux téléphone pour faire plus sérieux.

Il faut voir les photos du livre pour le croire. La voiture de Claude Poirier est devenue au fil des ans son bureau, munie d'antennes dignes d'un Spoutnik, d'une radio de police, de gyrophares et d'une ligne directe avec CJMS. M. Poirier passait de 16 à 18 heures par jour à patrouiller la ville, à la recherche des meilleures histoires de gorges tranchées ou de braquages spectaculaires.

À cette époque, le vol de banque était une activité fort répandue dans la métropole. Les institutions financières gardaient beaucoup de liquidités aux comptoirs et disposaient de piètres systèmes de sécurité. Des gangs structurés, armés jusqu'aux dents, se spécialisaient dans les cambriolages spectaculaires... au risque d'y laisser leur vie. «L'escouade des "hold-up", on appelait ça l'escouade de frappe. Il y a eu plusieurs gars abattus; ils sortaient de la banque, et ça venait de finir», résume Claude Poirier. La plupart du temps, les voleurs encerclés par la police réclamaient ses services de négociateur car ils étaient effrayés. «Les gars avaient peur de se faire tirer ou de se faire battre par la police. Pour eux autres, j'étais un bouclier», dit-il. La «mode» des braquages et des prises d'otages s'est terminée quand les criminels ont compris qu'il y avait beaucoup plus de profit à tirer du trafic de drogue, le risque en moins.

Vies sauvées, vies perdues

Au cours de sa carrière, Claude Poirier est intervenu dans une cinquantaine de prises d'otages et a aidé environ 200 suspects recherchés par la police à se rendre sans effusion de sang. Il a sauvé des vies, à la dizaine.

De nos jours, on ne le voit plus gérer des prises d'otages comme ce fut le cas dans les années 70. Les services de police disposent de groupes d'intervention tactique et de négociateurs chevronnés. Claude Poirier sert encore d'intermédiaire à l'occasion. Cet été, les parents de la jeune Cédrika Provencher, enlevée par des inconnus à Trois-Rivières, ont fait appel à ses services pour qu'il recueille des informations auprès du public.

La criminalité est en baisse, la matière première est donc plus rare pour les journalistes du secteur. Au cours des 30 dernières années, le taux d'homicide par 100 000 habitants a chuté de 40 % au Canada. À l'inverse, la confrérie des reporters de faits divers a pris de l'expansion. «À l'époque, on était cinq gars à faire ce métier-là. Les faits divers, tout le monde crachait là-dessus. Aujourd'hui, il y a des journalistes attitrés exclusivement à ça dans presque tous les médias», explique Claude Poirier.

Depuis l'apparition des services de relations publiques au sein de tous les corps policiers, ce n'est plus aussi simple d'établir des contacts avec les enquêteurs. «La police aime ça, contrôler. Elle te donne bien ce qu'elle veut», lance M. Poirier. Des criminels le perçoivent comme l'exécuteur des basses oeuvres de la police, et des policiers lui reprochent de se faire le porte-parole du monde interlope. Claude Poirier assure qu'il n'est à la solde de personne. Il a toujours cultivé des sources «des deux bords».

Le journaliste Jean-Pierre Charbonneau a fait l'inverse lorsqu'il a couvert les affaires policières et criminelles pour Le Devoir, de 1971 à 1976. Il ne parlait jamais aux Cotroni, Dubois et autres figures de proue du crime. «Les gens du monde interlope, ils ne sont pas là pour te donner de l'information, c'est un monde secret par définition. Il n'y a rien de bon qui peut sortir de ça, d'un point de vue de l'intérêt public», affirme l'auteur de La Filière canadienne, qui a survécu à une tentative de meurtre en pleine salle de rédaction du Devoir, en 1973.

M. Charbonneau se souvient de Claude Poirier comme d'un compétiteur féroce et infatigable, qui cherchait toujours à arriver le premier sur une scène de crime mais qui n'était pas intéressé à analyser l'ampleur et l'impact du milieu criminel. «Il a fait un journalisme populiste, ce qui n'est pas négatif en soi. Il a choisi de fréquenter les gens du monde interlope, ce qui ne veut pas dire qu'il était à leur solde, loin de là. C'est peut-être ça, d'ailleurs, qui lui a permis de jouer son rôle de négociateur. Il avait l'écoute, la sympathie et de la crédibilité auprès des bandits», affirme M. Charbonneau.

Claude Poirier a vu le crime et les cadavres de près. Une mort l'a marqué plus que toutes les autres, à la fin des années 60. Un homme en détresse l'a appelé tôt un matin, mais Poirier, lessivé par une nuit de patrouille, a remis leur entretien téléphonique à plus tard. En après-midi, des policiers en émoi lui ont fixé un rendez-vous d'urgence dans un logement de Notre-Dame-de-Grâce. L'homme en question s'était suicidé après avoir étranglé ses deux enfants. «Ça m'a marqué. C'est une mort que j'ai sur la conscience», avoue-t-il. Ce jour-là, il s'est juré de se dévouer corps et âme aux appels de détresse.






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  • Jean Dubé
    Abonné
    jeudi 15 novembre 2007 07h17
    sur la corde raide
    « tres bon article je suis la pour te lire ta mere embrasse les femmes se tavie pour moixxx »

  • Jean Dubé
    Abonné
    jeudi 15 novembre 2007 07h19
    sur la corde raide
    « tres bon article je suis la pour te lire ta mere embrasse les femmes se tavie pour moixxx »

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