Revue de presse - Haut et court
Si le gouvernement Harper pensait se faire des amis en refusant d'intervenir pour demander aux autorités américaines de commuer la peine de mort du Canadien Robert Allen Smith en peine de prison à vie, il s'est royalement trompé. En fait, le gouvernement n'a trouvé qu'un allié prévisible: le Calgary Herald. Et encore, le quotidien se dit opposé à la peine capitale.
Selon le Herald, les conservateurs ont choisi la bonne façon d'approcher les problèmes de «criminalité violente transfrontalière». Parce que, explique-t-il, le crime a été commis aux États-Unis, que le meurtrier a eu droit à un procès juste et équitable et que la sentence est conforme aux lois de l'État du Montana. De l'avis du Herald, le gouvernement canadien a l'obligation d'intervenir quand un de ses citoyens fait face à un système judiciaire d'un pays qui n'est pas démocratique, mais cela ne peut s'appliquer lorsqu'il s'agit d'«une démocratie occidentale». Pourtant, le Herald espère que les remises en question de la peine capitale aux États-Unis conduiront à son abandon. Et de conclure: «Exécuter des criminels est simplement barbare et indigne du système judiciaire d'une démocratie moderne et éclairée».
Aucun autre quotidien ou chroniqueur n'a jusqu'à présent donné sa bénédiction aux conservateurs sur cette question. Au contraire. Licia Corbella écrit pour la chaîne SunMedia que la révulsion que provoque le crime de Smith n'a rien à voir avec la position de principe fondamentale exigée du Canada. «Le Canada est un pays opposé à la peine de mort. Point.» Elle s'insurge contre ce changement de politique fait en cachette pour préserver l'image d'un Parti conservateur champion de la loi et de l'ordre. «Smith est un monstre. Mais les Canadiens ont décidé il y a longtemps que la peine capitale en était un encore plus gros. Honte aux conservateurs pour avoir libéré ce dernier.»
Le Globe and Mail estime que l'approche conservatrice va à contre-courant de la tradition canadienne, tant au pays que sur la scène internationale. «La mort n'est pas une peine comme une autre. La peine capitale est immorale et destructive car elle fait du système judiciaire un exécuteur du crime même — tuer de sang-froid — qu'il est censé punir.» Demander la clémence pour Smith n'a rien à voir avec une quelconque sympathie à son endroit. Elle s'impose parce que la peine de mort devrait disparaître. «C'est une honte de voir le gouvernement fédéral se dérober et ne pas défendre ce principe.»
Débat public exigé
Le Ottawa Citizen parle d'un devoir d'intervention pour le gouvernement, devoir auquel il ne devrait pas se soustraire sans en débattre publiquement. «Abandonner [Smith] sans débat public crée un précédent inquiétant. Il serait insensé de présumer que toutes les personnes dans le couloir de la mort ont eu un procès juste, même aux États-Unis, un pays démocratique.» Le Citizen pense qu'en refusant d'intervenir auprès des États-Unis, le Canada mine sa capacité de s'opposer à la peine de mort ailleurs. Les raisons morales de s'opposer à la peine capitale, rappelle le quotidien, s'appliquent partout. «Le refus d'aider M. Smith ressemble à une admission tacite que la façon de faire américaine face à ce genre de personnes est meilleure que la nôtre. Ce n'est pas vrai.»
Le Vancouver Sun va dans le même sens, soutenant que le Canada ne peut avoir deux normes en matière de peine de mort. Le Sun reconnaît que bien des citoyens souhaitent la mort des pires criminels. «Mais ce n'est pas la loi. La loi au Canada, que le gouvernement ne prévoit pas changer selon [Stockwell] Day, est fondée sur le principe moral voulant que prendre une vie humaine est inacceptable, que le geste soit perpétré par un individu ou l'État.» Tant que cette loi prévaut, le gouvernement se doit d'en défendre les principes.
Le Edmonton Journal prévient les Canadiens qu'ils ne pourront plus automatiquement compter sur l'aide de leur gouvernement quand ils seront à l'étranger. «Les conservateurs de Harper n'iront au bâton pour vous que si le geste sert un ou l'autre de leurs programmes politique, social ou moral.» Si le gouvernement ne croit plus qu'il faut s'opposer à la peine de mort, qu'il change la loi avec tous les risques que cela suppose. «Sinon, il a le devoir de défendre les valeurs canadiennes telles qu'elles existent», insiste le quotidien.
Éviter les projecteurs
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, évoque les cris de «Meurtrier! Meurtrier!» que des députés conservateurs d'arrière-banc criaient la semaine dernière quand l'opposition posait des questions à ce sujet. Il en déduit que cela «venait probablement de conservateurs favorables à la peine de mort, qui voudraient son retour au Canada mais qui, privés de cette possibilité, applaudissent à son utilisation ailleurs». Que les lois américaines sont adoptées démocratiquement importe peu à Simpson. «Vous êtes pour ou contre la peine de mort. Si vous êtes contre, vous ne voulez pas qu'elle soit imposée à aucun Canadien, où qu'il soit. Vous cherchez à le ramener au pays pour qu'il y purge sa peine. À moins qu'en réalité vous ne soyez pour de la peine de mort mais ne vouliez pas prendre le risque de faire le débat au Canada.»
Frances Russell, du Winnipeg Free Press, en conclut que les conservateurs veulent, avec cette politique, rassurer leur base traditionnelle, comme s'ils craignaient que celle-ci ne leur échappe. Elle ne voit pas d'autre raison à la réponse de Stephen Harper, qui dit ne pas vouloir donner l'impression d'un changement à son approche musclée en matière de justice. Elle trouve par ailleurs étrange d'invoquer le caractère démocratique d'un pays pour ne pas intervenir alors que le Canada, tout aussi démocratique, a lui-même connu des erreurs judiciaires graves. Selon elle, ce risque pourrait à lui seul suffire à rejeter la peine de mort.
mcornellier@ledevoir.com
Selon le Herald, les conservateurs ont choisi la bonne façon d'approcher les problèmes de «criminalité violente transfrontalière». Parce que, explique-t-il, le crime a été commis aux États-Unis, que le meurtrier a eu droit à un procès juste et équitable et que la sentence est conforme aux lois de l'État du Montana. De l'avis du Herald, le gouvernement canadien a l'obligation d'intervenir quand un de ses citoyens fait face à un système judiciaire d'un pays qui n'est pas démocratique, mais cela ne peut s'appliquer lorsqu'il s'agit d'«une démocratie occidentale». Pourtant, le Herald espère que les remises en question de la peine capitale aux États-Unis conduiront à son abandon. Et de conclure: «Exécuter des criminels est simplement barbare et indigne du système judiciaire d'une démocratie moderne et éclairée».
Aucun autre quotidien ou chroniqueur n'a jusqu'à présent donné sa bénédiction aux conservateurs sur cette question. Au contraire. Licia Corbella écrit pour la chaîne SunMedia que la révulsion que provoque le crime de Smith n'a rien à voir avec la position de principe fondamentale exigée du Canada. «Le Canada est un pays opposé à la peine de mort. Point.» Elle s'insurge contre ce changement de politique fait en cachette pour préserver l'image d'un Parti conservateur champion de la loi et de l'ordre. «Smith est un monstre. Mais les Canadiens ont décidé il y a longtemps que la peine capitale en était un encore plus gros. Honte aux conservateurs pour avoir libéré ce dernier.»
Le Globe and Mail estime que l'approche conservatrice va à contre-courant de la tradition canadienne, tant au pays que sur la scène internationale. «La mort n'est pas une peine comme une autre. La peine capitale est immorale et destructive car elle fait du système judiciaire un exécuteur du crime même — tuer de sang-froid — qu'il est censé punir.» Demander la clémence pour Smith n'a rien à voir avec une quelconque sympathie à son endroit. Elle s'impose parce que la peine de mort devrait disparaître. «C'est une honte de voir le gouvernement fédéral se dérober et ne pas défendre ce principe.»
Débat public exigé
Le Ottawa Citizen parle d'un devoir d'intervention pour le gouvernement, devoir auquel il ne devrait pas se soustraire sans en débattre publiquement. «Abandonner [Smith] sans débat public crée un précédent inquiétant. Il serait insensé de présumer que toutes les personnes dans le couloir de la mort ont eu un procès juste, même aux États-Unis, un pays démocratique.» Le Citizen pense qu'en refusant d'intervenir auprès des États-Unis, le Canada mine sa capacité de s'opposer à la peine de mort ailleurs. Les raisons morales de s'opposer à la peine capitale, rappelle le quotidien, s'appliquent partout. «Le refus d'aider M. Smith ressemble à une admission tacite que la façon de faire américaine face à ce genre de personnes est meilleure que la nôtre. Ce n'est pas vrai.»
Le Vancouver Sun va dans le même sens, soutenant que le Canada ne peut avoir deux normes en matière de peine de mort. Le Sun reconnaît que bien des citoyens souhaitent la mort des pires criminels. «Mais ce n'est pas la loi. La loi au Canada, que le gouvernement ne prévoit pas changer selon [Stockwell] Day, est fondée sur le principe moral voulant que prendre une vie humaine est inacceptable, que le geste soit perpétré par un individu ou l'État.» Tant que cette loi prévaut, le gouvernement se doit d'en défendre les principes.
Le Edmonton Journal prévient les Canadiens qu'ils ne pourront plus automatiquement compter sur l'aide de leur gouvernement quand ils seront à l'étranger. «Les conservateurs de Harper n'iront au bâton pour vous que si le geste sert un ou l'autre de leurs programmes politique, social ou moral.» Si le gouvernement ne croit plus qu'il faut s'opposer à la peine de mort, qu'il change la loi avec tous les risques que cela suppose. «Sinon, il a le devoir de défendre les valeurs canadiennes telles qu'elles existent», insiste le quotidien.
Éviter les projecteurs
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, évoque les cris de «Meurtrier! Meurtrier!» que des députés conservateurs d'arrière-banc criaient la semaine dernière quand l'opposition posait des questions à ce sujet. Il en déduit que cela «venait probablement de conservateurs favorables à la peine de mort, qui voudraient son retour au Canada mais qui, privés de cette possibilité, applaudissent à son utilisation ailleurs». Que les lois américaines sont adoptées démocratiquement importe peu à Simpson. «Vous êtes pour ou contre la peine de mort. Si vous êtes contre, vous ne voulez pas qu'elle soit imposée à aucun Canadien, où qu'il soit. Vous cherchez à le ramener au pays pour qu'il y purge sa peine. À moins qu'en réalité vous ne soyez pour de la peine de mort mais ne vouliez pas prendre le risque de faire le débat au Canada.»
Frances Russell, du Winnipeg Free Press, en conclut que les conservateurs veulent, avec cette politique, rassurer leur base traditionnelle, comme s'ils craignaient que celle-ci ne leur échappe. Elle ne voit pas d'autre raison à la réponse de Stephen Harper, qui dit ne pas vouloir donner l'impression d'un changement à son approche musclée en matière de justice. Elle trouve par ailleurs étrange d'invoquer le caractère démocratique d'un pays pour ne pas intervenir alors que le Canada, tout aussi démocratique, a lui-même connu des erreurs judiciaires graves. Selon elle, ce risque pourrait à lui seul suffire à rejeter la peine de mort.
mcornellier@ledevoir.com
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