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Vite, il faut faire court

Paul Cauchon   29 octobre 2007  Médias
Les Têtes à claques à Radio-Canada. Cette annonce a beaucoup fait parler la semaine dernière. En bien et en mal. Le passage d'Internet à la «grosse» télévision représente une sorte de symbole pour les Têtes à claques, projet né dans l'anonymat qui avait d'abord été refusé par la télévision, et qui a ensuite créé une véritable tornade sur Internet.

Mais plusieurs se demandent si c'est bien le rôle de la télévision publique de présenter ces petites capsules humoristiques... ou insignifiantes, selon votre point de vue. Très clairement, Radio-Canada veut s'accrocher à l'immense popularité du site Internet pour doper ses cotes d'écoute.

Mais il n'est pas certain que les Têtes à claques contribueront autant à augmenter l'écoute de la SRC. Car lorsque la télévision publique diffusera, pendant la période des fêtes, les 45 premiers clips des Têtes à claques, elle ne fera que reprendre le matériel contenu dans le premier DVD, qui vient tout juste de sortir, et qui se retrouvera sous bon nombre de sapins de Noël. Alors, pour l'exclusivité et l'originalité, on repassera.

Coïncidence assez bizarre, on apprenait également la semaine dernière que l'auditoire des Têtes à claques commence à diminuer sur Internet.

Les données comScore.Mediatrix de septembre, un organisme qui mesure la fréquentation des sites Internet, indiquent que le site des Têtes à claques est maintenant au 24e rang des sites les plus consultés au Québec, alors qu'il était dans les dix premiers à l'hiver et au printemps. L'organisme évalue son auditoire à 1,5 million, contre 2,7 millions il y a quelques mois.

Bon, d'accord, 1,5 million de visiteurs c'est beaucoup de monde, et la plupart des sites Internet québécois en rêveraient. Mais peut-être la formule commence-t-elle à tourner en rond, l'effet de surprise passé?

En tout cas, la diffusion des Têtes à claques à la télévision s'inscrit tout à fait dans une nouvelle tendance, l'attrait pour les émissions courtes.

Au début octobre, un reportage d'Associated Press proclamait en effet que la nouvelle mode dans l'industrie télévisuelle américaine, c'est le «mini», le programme de un, deux ou trois minutes!

Aux États-Unis, le populaire Jerry Senfield vient de produire des mini-épisodes exclusifs de 90 secondes pour la télévision, afin de promouvoir le film d'animation Bee Movie qui sort en novembre. Dans ce cas-ci, le programme court semble d'abord être un outil

promotionnel.

Mais, entre autres exemples mentionnés par Associated Press, le Sci-Fi Channel a commencé à offrir cet automne des mini-épisodes de deux minutes de Battlestar Galactica. Et il existe sur MySpace un canal, Minisode Network, qui offre des condensés de trois à cinq minutes d'anciennes émissions de télévision. Nous sommes vraiment dans le Reader's Digest télévisuel: à quand les versions «compressées» de Lance et compte en cinq minutes?

Aux États-Unis, cette mode du mini est également liée au fait que l'on peut la mesurer. Prenant acte des changements d'habitude des téléspectateurs, la firme Nielsen, qui mesure l'écoute télévisuelle, avait décidé en janvier 2006 de mesurer les émissions enregistrées et écoutées plus tard grâce au DVR, le Digital Video Recorder (l'enregistreur numérique personnel). Nielsen soutient d'ailleurs que la moitié des utilisateurs regardent les émissions enregistrées le même soir que leur diffusion originale, et 90 % les regardent dans les trois jours suivants.

Mais plus récemment, Nielsen a également décidé de mesurer l'écoute des messages publicitaires, un enjeu crucial pour les annonceurs et les diffuseurs, puisque le DVR permet de les éliminer.

Dans ce contexte, le mini-programme est une façon de surprendre le téléspectateur et de le conserver à l'écoute, en s'insérant dans les interstices de la programmation.

Pour le moment, on ignore comment les Têtes à claques seront diffusées à Radio-Canada. Remarquez que la diffusion de mini-programmes n'est pas une nouveauté absolue: TVA avait expérimenté le procédé avec l'hilarant Jour nul de François Pérusse.

Mais on peut prédire que c'est un procédé qui se développera. On peut imaginer que, dans les prochaines années, certains réseaux pourraient proposer des programmations entrecoupées de mini-émissions qui tenteront de conserver le téléspectateur sur la brèche, ces téléspectateurs si infidèles qui ne cessent de zapper, et de naviguer sur Internet lorsque la télévision les ennuie.

Car nous sommes à l'ère de l'instantanéité, du clip rapidement consommé sur YouTube, nous sommes à l'ère des «petits papoutes» qui ont 30 secondes pour vous séduire, sinon vous passerez à autre chose.

pcauchon@ledevoir.com
 
 
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