vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 16h31
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Médias - La nouvelle qui fait vendre

Paul Cauchon   22 octobre 2007  Médias
L'appétit des grands empires est sans limites. Quelqu'un peut-il citer l'exemple d'un grand groupe médiatique qui aurait réduit volontairement sa taille par crainte de trop contrôler l'information?

Il y a environ un mois se tenait devant le CRTC une audience publique sur la propriété des médias. Bien que des regroupements de citoyens et des groupes de journalistes aient fait valoir qu'au Canada on avait sérieusement besoin de plus de pluralisme et qu'une intervention gouvernementale pourrait être nécessaire pour stopper l'appétit des grands groupes, le président du CRTC a pratiquement fermé la porte.

Il hésitait à réglementer le fonctionnement des entreprises de presse, de peur d'être accusé de menacer leur indépendance, déclarait-il. «Empêcher une entreprise de posséder une chaîne de télévision et un quotidien dans un même marché, ou insister pour que les salles de rédaction des médias appartenant à un même groupe ne soient pas fusionnées pourrait avoir cet effet», ajoutait-il.

Pourtant, de telles réglementations existent un peu partout dans le monde. Tous les spécialistes qui se sont penchés sur cette question affirment que le Canada est un des pays où la concentration des médias est parmi les plus élevées au monde.

Même aux États-Unis, les règles de propriété des médias sont plus strictes. Remarquez que c'est peut-être à la veille de changer. Jeudi dernier, le New York Times nous apprenait en effet que la Federal Communications Commission, la FCC, l'équivalent du CRTC chez nos voisins du sud, s'apprêtait à tenir un vote, en décembre, pour libéraliser les règles de propriété des médias.

Il y a trois ans, la FCC avait tenté d'assouplir ces règles. Mais elle avait été déboutée en cour, après avoir reçu quelque trois millions de commentaires de citoyens inquiets que l'on ouvre ainsi la porte à une plus grande concentration des médias.

La réglementation américaine interdit à une entreprise de posséder un journal et une station de télévision, ou de radio, dans un même marché. Bon, ces règles sont complexes et présentent des exceptions, mais à tout le moins elles existent. Les grandes entreprises font évidemment pression depuis des années sur la FCC pour libéraliser ces règles, au nom de la liberté de marché et au nom d'une meilleure consolidation de leurs forces pour faire face à la mondialisation (un concept qui a le dos très large, comme on le sait).

Et au Québec? Le magazine Le Trente présente dans son édition du mois d'octobre un intéressant portrait de la «guerre des médias» (c'est le titre du numéro), une guerre à la fois psychologique et économique. Le paysage médiatique est dominé par quelques grands groupes, on le sait, mais on constate que l'information semble vraiment devenue une marchandise, malgré tous les beaux discours sur la démocratie, la pluralité des points de vue, et blablabla.

Dans ce numéro le président d'Influence Communication, Jean-François Dumas, a ce commentaire frappant et assez dur: la job du média, constate-t-il, «ce n'est pas d'informer, c'est de vendre de la nouvelle». Et l'information bénéficie d'une véritable mise en marché, où chaque média revendique son scoop, son enquête exclusive, son dossier choc. La concurrence est telle que l'exclusivité d'un média sera examinée avec méfiance par son concurrent, qui hésite à continuer le dossier à sa place.

L'exemple le plus spectaculaire de cette nouvelle commercialisation de l'information fut probablement la fameuse enquête sur les piscines à Montréal l'année dernière. Les deux médias phares de Quebecor, TVA et Le Journal de Montréal, avaient regroupé leur forces pour littéralement imposer cet enjeu dans l'actualité. Je ne dis pas que c'était un mauvais sujet: je constate simplement à quel point son marketing fut agressif.

Lorsqu'un concurrent, Radio-Canada ou La Presse, s'est interrogé sur la méthode de l'enquête, ces objections avaient soulevé l'indignation chez Quebecor. Bref, il ne semblait plus y avoir de dialogue possible, et aucune remise en question, ni d'un côté ni de l'autre, ne semblait acceptable.

Et lorsque TVA reçoit une concurrente du Banquier dans son téléjournal, lorsque Radio-Canada annonce dans son téléjournal la grossesse de Sophie Durocher, est-ce de l'information véritable, ou une tentative de «vendre de la nouvelle», comme le dit Jean-François Dumas, avec un marketing sensationnaliste?

Non seulement les grands groupes occupent un terrain considérable, non seulement l'information est de plus en plus mise en marché comme un produit, mais s'ajoute maintenant la concentration des ressources sur plusieurs plates-formes de diffusion. Le grand groupe qui possède plusieurs médias est irrésistiblement tenté de faire travailler les mêmes ressources journalistiques sur plusieurs supports.

La semaine dernière, par exemple, le comité de surveillance de Quebecor, mis en place lors de l'achat de Vidéotron-TVA en 2001, blâmait Le Journal de Québec pour avoir publié des photos prises par un caméraman de TVA, à l'encontre de la fameuse «séparation» des salles de rédaction.

On sait tous que Quebecor aimerait pousser encore plus loin cette fusion, mais on remarquera que ce n'est pas une invention de sa haute direction! Dans son programme d'austérité annoncé la semaine dernière, la prestigieuse BBC déclarait qu'à l'avenir les employés devraient travailler pour plusieurs médias, plutôt que de constituer des équipes séparées de journalistes, de producteurs et de techniciens pour leurs différentes stations de radio et de télévision. La pluralité des voix, l'accès à des sources d'information variées et multiples, c'est vraiment un des grands enjeux des prochaines années.

pcauchon@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Charles de la Barre
    Inscrit
    lundi 22 octobre 2007 10h25
    La vache et le prisonnier
    À propos de concurrence, un article de la Gazette montrait récemment la pratique de la télévision chez un téléspectacteur choisi : son obsession consiste à toujours rechercher ce qu'il y aurait de plus intéressant, en coupant le son lors des pubs, et en surfant sur le net quand il s'ennuie. Devant un tel comportement qui ne cesse de s'élargir, les médias n'ont d'autres possibilité que d'être présents autour et alentour. Un peu comme un éleveur qui, plutôt que d'acheter des clôtures, préfère acquérir les terrains voisins : sa vache sera toujours chez elle.
    Il est curieux de constater que bien peu de médias songent à se créer une identité réelle et au contraire se copient à qui mieux mieux. Tant qu'à brouter du foin, qu'importe l'origine. Cette perte d'identité aboutit bien sûr à l'infidélité du spectateur, et on crée ainsi ce qu'on redoute.

  • Jean Bourbeau
    Inscrit
    lundi 22 octobre 2007 10h25
    Corus/T.Q.S.
    Monsieur Cauchon,
    Je suis parfaitement d'accord avec votre article. Je voudrais toucher un autre point qui me semble fort important. Si je regarde le Grand Journal de Jean-Luc Mongrain, l'équipe de cette émission cherche le «Scoop quotidien» De plus, je me suis rendu compte que les journalistes commentant la plupart du temps, des faits divers, ont été, pour la majorité, mutés à d'autres fonctions, j'imagine, et remplacés par de jolies jeunes filles à peine nubiles.
    Pendant ce temps, de nombreuses étudiantes et étudiants universitaires en communication, font des pieds et des mains pour se tailler une place, quelque part, sans nécéssairement trop de succès.
    Un dernier mot au sujet de Corus. J'en suis découragé: on a tout fermé, salles de nouvelles, stations de radio, pour ne laisser la place qu'à une simili-station de nouvelles continues, agrémentées de publicités criardes de restaurants et de casse-croutes.
    Pour la liberté d'information, laissons-nous entraîner à écouter les traditionnels hâbleurs, qui pour la plupart, traînent dans ce décor radiophonique depuis déjà 2 ou 3 décennies.
    Et on se félicite des grosses cotes d'écoute: c'est sûr, quand on a changé la vocation de C.K.A.C., quand on a fermé la salle de nouvelles, quand on a fait de même avec C.K.V.L. et avec C.J.M.S. , c'est évident que le choix n'existe plus: l'auditoire n'avait plus le choix: Corus ou Radio-Canada. C'est sûr que les cotes d'écoute défonceront tous les records: il n'y a plus de concurrence.
    Quant à moi, j'ai choisi: Radio-Canada et Le Devoir. C.J.P.X. pour la détente.

    Jean Bourbeau
    Vaudreuil-Dorion.

  • Frédéric Champagne
    Inscrit
    lundi 22 octobre 2007 11h29
    Ce n'est pas fini ... ce n'est qu'un début!
    Je doute malgré tout que les États-Unis soient un exemple à suivre à voir le placement de produits et l'emprise des grands groupes de l'industrie "culturelle" dans le contenu des émissions grand public.

    Je me souviens d'une critique dans le journal de Québec d'un concert de Marie-Élaine Thibert qui commencait par "Une bête de scène est née". Hein?partialité? Cet article était affichée dans une salle de concert de la région de Québec ... indépendante de Québecor mais qui avait tout de même des artistes à vendre.

    Et aussi de la deuxième ou troisième page du journal de Montréal réservée au sabotage sur le réseau de Vidéotron avec des photos s-v-p lors du conflit de travail avec les techniciens transférés chez un sous-traitant.

    Éthique douteuse chez Québecor média à mon humble avis. Ça saute au yeux qu'on veut vendre la même nouvelle "auto-proclamée" choc sur tous les supports.

    Radio-Canada aime bien se moquer dans son émission "Et Dieu créa Laflaque" de la convergence au sein de Québecor mais utilise le même principe. C'est fait de manière plus éthique il me semble et avec des sujets plus "nobles", mais est-ce vraiment différent?

    Ça commence à ressemble de plus en plus à ce qu'on retrouve à l'épicerie, un semblant de diversité avec toujours les mêmes ingrédients mâchés et remâchés à la sauce industrielle.

    La société de l'information ... qu'on veut bien nous donner.

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    lundi 22 octobre 2007 12h22
    La "réalité" médiatique
    "Les médiocres se valorisent aux côtés d'un chef comme des zéros à la droite d'un chiffre." - Georges Elgozy

    Vu que la réalité médiatique a remplacé, absolument toutes autres versions des faits ; il n'est pas surprenant qu'il ne nous reste plus qu'à constater le désolant niveau de culture populaire et politique qui nous baigne.

    Le Québec profond ne lit pas l'anglais, en fait il n'y comprend pas grand chose non plus. Les Québécois ressemblent de plus en plus aux américains qui ignorent ce que se passe en dehors de leur réalité locale tel que représenté quasi exclusivement par la branche propagandiste du pouvoir économique que sont devenus les médias corporatifs.

    Preuve de concept

    Le guignol, qui pose comme sinistre de la sécurité est un obscurantiste notoire... ("Il fut un temps -il y a 6,000 ans- où les humains vivaient en paix avec les dinosaures." - Stockwell Day)

    Fier de ce qu'il ignore, il cherche maintenant à avancer l'agenda conserviteur from "Coast to F@*ing Coast. " We stand on guard for the...

    OLD NEWS

    TERRORISME : OTTAWA ENVISAGE LES "ARRESTATIONS PRÉVENTIVES"
    Le ministre canadien de la Sécurité publique, Stockwell Day, a préparé une l'ébauche d'un projet de loi prévoyant des arrestations préventives pour lutter contre le terrorisme. M. Day affirme que le gouvernement fédéral a l'intention de donner aux policiers certains pouvoirs qui leur ont été refusés par les partis d'opposition lors d'un vote aux Communes, en février. Les dispositions controversées de la loi antiterroriste permettaient aux autorités d'arrêter et de maintenir en détention des suspects sans que des accusations soient portées contre eux, et de les contraindre à témoigner devant un juge. Le ministre Day a également indiqué que le projet de loi comprendra des mesures pour remplacer les certificats de sécurité. La Cour suprême a récemment jugé que ces certificats sont incompatibles avec la Charte des droits et libertés, tout en donnant un an au gouvernement pour amender cette procédure. Le ministre a aussi indiqué que le Service canadien du renseignement de sécurité prendrait de l'expansion, ce qui lui permettrait de mener à l'étranger des missions clandestines de collecte d'information. - Radio Canada International

    Les médias corporatifs ronronnent exactement comme ils l'ont fait durant la vente frauduleuse de l'invasion de l'Irak.

    C'est la politique du fait accompli et du chantage à l'emploi du complexe militaro-industriel et de l'industrie de la sécurité qui bat son plein, comme la campagne de peur, sans la moindre apparence de réelle obstruction. 9-11 oblige !

    « Le traitement journalistique fait mine de constater ce qu'il contribue largement à mettre en scène. » - A.Rindel

    La passation du pouvoir des gouvernements entre les mains de corporation psychopates s'accomplie sans que le peuple ne soit consulté ou en soit même au courant.

    Merci Mindfuck Inc. !

    "La politique, c'est l'art de consulter les gens sur ce à quoi ils n'entendent rien, et de les empêcher de s'occuper de ce qui les regarde." - Paul Valéry

    Par l'obéissance on assure l'ordre et par la résistance, la liberté.

    "We are watching a poorly staged rendition of Wag the Dog, interpreted for the morbidly stupid and performed by the criminally insane." - Jules Carlysle

    Les privilèges du sang bleu sont aujourd'hui remplacés par ceux des "happy few" mais la chaire à canon provient toujours du peuple qui morflent des deux cotés du fusil.

    Les Québécois ont, au moins, ça de commun avec le canadien moyen. Ils sont complètement omnibulés et gardé dans le noir par l'alliance Big Media/complexe militaro-industriel au sujet de leur participation à l'industrie de la mort.

    "Plus on est ignorant, moins on s'en aperçoit." - Louis Pasteur

    L'ignorance n'excuse pas tout; surtout quand ce sont des femmes et des enfants qui morflent !

    C'est n'est pas du mépris que cet alignement médiatique à la droite de Bush et Harpeur m'inspire... c'est du dégoût !

    PARADOXE TOUJOURS ACTIF
    ...celui qui m'empêche toujours de me taire ;)

    "People who shut their eyes to reality simply invite their own destruction, and anyone who insists on remaining in a state of innocence long after that innocence is dead turns himself into a monster." - James Baldwin

  • Moussa Mohsenzadeh
    Inscrit
    jeudi 1 novembre 2007 16h08
    Un livre intéressant
    Je suis d'accord avec l'article de M. Cauchon.
    Par ailleurs, je pense qu'un moyen de contribuer à la liberté de l'information au Canada, c'est d'augmenter substantiellement le budget de Radio-Canada afin qu'il n'y ait plus de RDI, de Tout le Monde en Parle, de Et dieu créa Laflaque et tout le gratin de stupidité et de cynisme incarné de même que de l'information spectacle, futile, banale et sensationnaliste qui caractérise cette chaîne depuis son contexte de resserement budgétaire et son adaptation au contexte mercantile du marché audio-visuel. Il faut que ce soit comme TV5, jamais de publicité, des émissions variés et lorsque c'est le temps d'avoir le bulletin de nouvelles, alors, ayons le bulletin de nouvelles.

    Du côté québécois, il faudrait augmenter substantiellement le budget de Télé-Québec afin qu'elle devienne une véritable source d'information, libre, complète, variée, rigoureuse et complexe(qui présente les sujets dans toute leur complexité et non pas superficiellement comme c'est le cas partout ailleurs). Cette chaîne publique contribuerait en profondeur aux débats de société, à la réflexion citoyenne et donnerait une place non seulement aux jeunes diplômés en journalisme, mais à toutes sortes de personnes issues de différents milieux avec des parcours multiples qui pourraient donner une perspective de l'information qui serait variée et originale.

    En conclusion, je recommande vivement à tout le monde de lire le livre Une société de chiens Petit voyage dans le cynisme ambiant d'Éric Dupin aux éditions du Seuil et qui trace un portrait fidèle de ce qu'est devenu l'Occident en 2007.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012