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Libre-Opinion - Radio-Canada et l'Afghanistan

Alain Saulnier - Directeur général de l'information à Radio-Canada  6 septembre 2007  Médias
La télévision de Radio-Canada fait l'objet de critiques sur la place publique pour sa couverture de l'Afghanistan. Certains jugent excessive l'attention portée à l'aspect militaire de l'engagement canadien, aux risques pris par les soldats et aux familles en deuil. Quelques critiques vont même jusqu'à parler de propagande gouvernementale.

Pour tous ceux qui suivent notre couverture de ce pays depuis maintenant six ans, il est évident qu'elle a été beaucoup plus diversifiée que cela, à commencer par les reportages réalisés sur le terrain, qui ont largement dépassé les limites des bases de l'armée. Les journalistes Céline Galipeau, Frédéric Nicoloff, Alexandra Szacka, Sylvain Desjardins, Manon Globensky, Michel Cormier et, depuis une semaine, Jean-François Bélanger, pour ne nommer que ceux-là, ont tous pris depuis 2001 des risques énormes pour rencontrer les Afghans chez eux.

Ils nous ont parlé de leur vie, de leurs difficultés économiques, de leurs expériences démocratiques ou de leurs relations avec les soldats de l'OTAN. Ils ont produit des reportages sur de multiples sujets comme le sort des femmes, les seigneurs de la guerre, la culture du pavot ou les tentatives de démarrage de nouvelles entreprises.

Patrice Roy et Bernard Derome ont été dépêchés auprès de l'armée, certes. Pas sans risques non plus. Notre caméraman Charles Dubois l'a appris à la dure en revenant sérieusement blessé. Nous couvrons l'armée parce qu'une information complète doit aussi s'intéresser à cet aspect de l'engagement canadien. La présence des journalistes en Afghanistan et, plus encore, dans le sud, où se trouvent les troupes canadiennes, est essentielle. Comment une société démocratique pourrait-elle débattre du bien-fondé de la mission, de ses succès ou de son échec, sans qu'on sache quels sont les résultats obtenus sur le terrain et quels sont les dommages physiques ou mentaux subis par les soldats, autrement dit, sans que les journalistes soient là?

Non seulement notre présence sur place est normale, mais nous estimons qu'il est de notre devoir d'y être, malgré les risques. Cela n'a rien à voir avec de la propagande. C'est de l'information pure. Même les reportages sur les retours des dépouilles mortelles n'ont rien de complaisant et font partie de l'information essentielle. À preuve, le gouvernement américain a un certain temps interdit qu'on filme les retours de soldats d'Irak dans leurs cercueils. À preuve aussi, les autres critiques que nous recevons de ceux qui favorisent l'engagement et qui souhaiteraient qu'on cesse de couvrir les craintes des soldats ou de leurs familles pour ne parler que des aspects positifs de la mission.

Laisser entendre que Radio-Canada ne donne pas l'antenne aux critiques est un mensonge. Entre autres voix, les chefs des partis d'opposition Dion, Duceppe et Layton ont tous été entendus plusieurs fois sur ce sujet sur toutes nos antennes. Le documentaire de Jean-François Lépine et Jean-Claude Burger sur les dessous de l'engagement canadien à Kandahar, diffusé lundi soir, était en préparation depuis des mois et a nécessité des investissements considérables. On peut encore le voir sur notre site Internet à l'adresse suivante: http://www.radio-canada.ca/audio-video/index.shtml. Le débat qui a suivi au Téléjournal avec les invités de Céline Galipeau n'avait rien de complaisant. Et, cet automne, nous avons bien l'intention de donner une large place au débat qui s'amorce aux Communes et qui a cours au sein de la population.

Laisser entendre que tous les journalistes expérimentés et aguerris qui se sont rendus sur le terrain pour Radio-Canada ne sont que des naïfs qui se laissent manipuler par les relationnistes de l'armée est une absurdité. Bien sûr, à Kandahar comme ailleurs, il faut travailler et chercher à contourner les relationnistes pour faire son travail et décrocher la vérité morceau par morceau.

On a aussi laissé entendre que la télévision de Radio-Canada censurerait la critique en ne conviant dans ses studios que des invités favorables à l'engagement militaire. C'est faire injure à tous les spécialistes que nous avons invités, y compris d'anciens militaires à la retraite, souvent eux-mêmes très critiques de l'engagement canadien.

Le débat sur l'Afghanistan est loin d'être clos sur les ondes de Radio-Canada. Il y a eu beaucoup d'accent cet été sur la couverture militaire parce que c'était l'événement dominant. Mais une chose est sûre: nous avons l'intention de poursuivre notre travail journalistique en respectant nos traditions et en abordant le sujet sous tous ses angles. Et nous sommes persuadés que le public y trouvera son compte.
 
 
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