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Le soldat devenu antimilitariste

Jean-François Nadeau   1 septembre 2007  Médias
Pierre Bourgault a cinq ans. Derrière la maison familiale, à East Angus, dans les Cantons-de-l'Est, il agite un petit drapeau britannique, l'Union Jack. Comme tout le monde dans cette ville industrielle, il vient d'aller saluer le passage du roi et de la reine d'Angleterre qui, en ce mois de mai 1939, effectuent leur première visite au Canada. Bourgault jugera toujours stupide de croire que sa révolte politique est née directement de telles expériences liées au pays de son enfance. «Il y a des gens qui s'imaginent qu'à cinq ou six ans, on connaît déjà son destin. [...] À cinq ans, moi, je jouais au cow-boy, avec un Union Jack», explique-t-il en entrevue avec Fernand Seguin. Il parlera tout de même de cette expérience jusqu'à sa mort tant elle illustre bien, par son caractère singulier, la situation sociopolitique du Québec où il a grandi.

À 18 ans, Bourgault est jeté à la porte du collège Brébeuf. Nous sommes en 1952. L'année précédente, il avait suivi une formation pour devenir officier dans l'armée. Au sortir du collège, le voilà donc militaire, faute de pouvoir trouver mieux, faute de pouvoir jouer au théâtre, comme il le voudrait.

«Quand j'entends "Canada", écrit Jacques Godbout en 1992, je revois immédiatement Pierre Bourgault sur le terrain d'exercices militaires du camp de Shilo, au Manitoba, il y a 40 ans. En uniforme d'officier canadien, Bourgault se tenait droit sous le soleil, comme nous tous, pendant que le clairon jouait God Save The King, alors l'hymne officiel du pays.»

Un jour, raconte le général Dollard Ménard, un élève officier vient le voir à son bureau. Le jeune militaire se dit furieux d'être victime d'une injustice. «Pierre Bourgault était venu me voir parce qu'il avait parlé français dans le "mess". Le commandant de son école d'artillerie n'aimait pas ça. Il lui avait dit: "Écoutez, ici, on parle anglais."»

Dollard Ménard convoque alors immédiatement le commandant Bailey. Il lui demande de quel droit il empêche un francophone de parler sa langue. «Trouvez-moi, dit Ménard, le règlement qui existe quelque part à cet effet et que vous appliquez!» Évidemment, le commandant ne trouve rien.

Jacques Godbout estime que Bourgault ne voulait rien de moins que transformer l'armée. «Pierre s'était mis dans la tête qu'on pouvait publier un journal en français dans l'ouest du pays. Ce qui était le comble du ridicule, évidemment.» À l'époque, le français dans les Forces armées canadiennes relevait en effet de la plus pure rêverie.

Certains matins, Bourgault prend le peloton dont il a la responsabilité et, plutôt que de lui apprendre à marcher, lui enseigne à danser la samba sur le terrain de parade. Comme on s'en doute bien, la façon de faire de Pierre Bourgault ne plaît pas beaucoup aux militaires, plus habitués à marcher au pas cadencé qu'à valser.

«Je n'ai pas été fou de l'armée, dira plus tard Bourgault. J'ai toujours aimé la parade mais pas l'armée.» Il n'en obtient pas moins, le 23 août 1952, à l'occasion d'«un bal magnifique», un parchemin officiel signé par la jeune reine Elizabeth II. Le document est adressé au «well beloved officer Pierre Bourgault»...

Contre les fusils

Une décennie plus tard, devenu journaliste au supplément couleur de La Presse, Pierre Bourgault affirme désormais son opposition à l'armée. Bourgault évoquera souvent le poète Apollinaire, mort le jour de l'armistice, le 11 novembre 1918, pour dénoncer jusqu'à ces commémorations qui transforment en héros les pauvres victimes du militarisme.

«Il faut combattre, écrit-il, cette exploitation commerciale et intéressée de la grandeur du sacrifice. On peut bien verser une larme fragile sur la tombe du soldat inconnu et faire en son esprit l'éloge du courage et du massacre pour la liberté, le soldat n'en est pas moins mort, bêtement, sans raison. Ce qu'il faut, ça n'est pas discourir sur la grandeur du sacrifice mais plutôt faire comprendre l'absurdité et l'inutilité d'un tel sacrifice.»

Les armes ne l'intéressent pas. «Au lieu de fusils, qu'on nous donne plutôt les moyens de nous épanouir, de vivre noblement, et dans la paix. Qu'on laisse le coquelicot dans son champ et toute autre fleur dans son jardin.» Les gens en uniforme le désespèrent profondément parce qu'ils constituent l'expression parfaite d'un abrutissement intellectuel contre lequel il se battra toute sa vie.

Néanmoins, des suites des deux conflits mondiaux découle une partie des positions politiques qu'il défendra à titre de président du Rassemblement pour l'indépendance nationale, un mouvement lancé en septembre 1960 à l'initiative d'André d'Allemagne et de Marcel Chaput. Une des retombées de la guerre est en effet la formidable montée d'une idée qui veut que les peuples ont partout le droit de disposer d'eux-mêmes.

Au Québec, à partir de la fin des années 50, on appréhende de plus en plus la réalité nationale sous cet angle nouveau. Le concept de décolonisation, présenté dans les oeuvres de penseurs tels Frantz Fanon, Jean-Paul Sartre, Albert Memmi et Jacques Berque, trouve ici preneur. Jacques Berque, ami du poète Gaston Miron, rencontrera d'ailleurs bientôt quelques militants du RIN en France, dont Bourgault.

Son diplôme de l'armée canadienne, Bourgault s'en servira encore dans les années 60, mais cette fois-ci dans une perspective indépendantiste, notamment à l'occasion d'une grande manifestation du RIN sous le pont Jacques-Cartier. Dans un grand geste théâtral, il y déchire alors sa commission d'officier. Son geste a un tel retentissement qu'il recollera le document à deux reprises pour mieux réussir ailleurs ce petit numéro dirigé contre l'armée. À la suite de cette sortie, le premier ministre Diefenbaker finira par l'expulser officiellement hors des rangs de l'armée.






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  • RAYMOND DESHAIES
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 09h06
    Le soldat Pierre Bourgault
    « 2007/09/01

    Commentaire apporté à l'article de du journaliste Jean-François Nadeau.

    Pierre Bourgault était un personnage impressionnant.

    Quand vous parlez Marcel Chaput était-ce bien le propriétaire de la compagnie "BRITISH PETROLEUM" laquelle vendait de l'huile à chauffage aux QUÉBÉCOIS pure laine?

    En 1964 le propriétaire de l'immeuble sur la rue Jacques-LeMaitre à Montréal où j'avais établi domicile me disait être et avoir été membre de l'Ordre de Jacques-Cartier cette organisation qui se devait de combattre l'influence des ANGLAIS sur l'économie, or il était propriétaire à MONTRÉAL dans un secteur on ne peut plus francophone et pauvre de la "MACHINE SHOP BRITISH AND AMERICAN MACHINE".

    Aujourd'hui nous avons nos indépendantistes qui clament bien haut le recul du français à Montréal.

    Regardez-les le jour de la St-Jean-Baptiste fête nationale des QUÉBÉCOIS SE DRAPPER DE DRAPEAUX FLEUR DE LYSÉ ET CHANTER "NOUS SOMMES QUÉBÉCOIS" "ON VEUT UN PAYS" et retourner chez eux après la parade en TOYOTA fait au JAPON, en BMW fait en ALLEMAGNE ou en autobus acheté par le PREMIER MINISTRE BERNARD LANDRY de la compagnie VOLVO DE SUÈDE à pétrole polluant et énergivore par surcroît pendant que l'on oempêchait le QUÉBÉCOIS DESHAIES de fournir des autobus ÉLECTRIQUES HYBRIDES ÉCOLOGIQUES MOINS ÉNERGIVORES ET MOINS POLLUANTS à moins chers que ces autobus décriés dans une récente émission à la télévision de RADIO CANADA.

    Aujourd'hui le gouvernement et ses Sociétés de Transport comme à Montréal achètent toujours ces autobus d'une compagnie SUÉDOISE avec un système hybride fabriqué aux USA à 50% plus chers et 50% plus pesant et 50% moins performants que les autobus fabriqués au QUÉBEC par DESHAIES soit $750,000 comparativement à $500,000 pour les autobus électriques hybrides DESHAIES en plus de donner de généreuses subventions de plusieurs millions de dollars pour acheter ces véhicules plus chers plus pesants et moins performants que les DESHAIES fabriqués au QUÉBEC.

    NOUS TRAVAILLONS TRÈS FORT POUR FAIRE COMPRENDRE AUX GOUVERNEMENTS TANT FÉDÉRALISTES QUE SÉPARATISTES que l'indépendance politique d'un pauple commence par l'indépendance économique.

    C'est ainsi que les gouvernements doivent arrêter d'engraisser les compagnies étrangères avec de juteuses subventions et de lucratifs contrats sans soumissdions accordés au détriment des compagnies qui fabriquent au QUÉBEC comme DESHAIES.

    Raymond Deshaies, ing.

    Montréal

    autocar@consultant »

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 10h54
    Tous les chemins nous y mènent.
    « Il faut savoir donner raison à Pierre Bourgault.

    Pour savoir parler d'une chose,il est préférable d'en parler par expérience. Cet homme intellectuellement intelligent nous en a parlé longuement.

    La peur au cul de certains et certaines d'entre nous, ça aussi,il l'avait comprit. Il l'avait, sans doute également,puisqu'elle fait partie de notre programmation humaine comme étant un test à passer.

    Prendre sa place, et seulement la sienne,il l'a fait ! Il nous invite encore et toujours à le faire.

    Valdor Lagacé-Gallant »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 15h39
    Excellente synthèse...
    « ...dont je retiendrai particulièrment ceci que : "Une des retombées de la guerre est la formidable montée d'une idée qui veut que les peuples ont partout le droit de disposer d'eux-mêmes.. " »

  • Gérard Lépine
    Abonné
    dimanche 2 septembre 2007 12h27
    afghanistan
    « Peut-être que ce nouvel usage de québécois pour servir l'Union Jack fera à nouveau avancer ce qu'en France on appelle le schmilblik...? »

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