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Télévision - Le Gala des Masques, 2e acte

Louise-Maude Rioux Soucy   25 août 2007  Médias
Transition, mutation ou énième variation sur un même thème? En vérité, il est bien difficile de dire de quoi sera fait cet intrigant 14e Gala des Masques puisque seuls ses artisans seront conviés à la remise des prix cette année. À l'abri des regards, le beau milieu a en effet rendez-vous demain après-midi au Théâtre Denise-Pelletier, où le comédien David Savard posera un regard à la fois critique et ludique sur un théâtre au bord de la catastrophe perpétuelle.

Les téléspectateurs, eux, n'auront droit qu'aux jeux de coulisses, mais ceux-ci seront orchestrés avec faste à l'occasion d'un Bons baisers de France placé entièrement sous le signe du théâtre. Et c'est tant mieux, croit le président de l'Académie québécoise du théâtre (AQT), qui n'a pas eu peur de casser un moule jugé trop étriqué pour les besoins grandissants du petit écran. «On peut continuer à le nier, mais cela n'y changera strictement rien: le théâtre passe mal à la télévision», croit Vincent Bilodeau, qui plaide pour une grande transformation.

Les cotes d'écoute lui donnent malheureusement raison. L'an dernier, la douce folie de la troupe Momentum n'avait rallié qu'un peu moins de 235 000 spectateurs, en dépit des trésors de créativité déployés. «Personnellement, j'ai adoré nos derniers galas», raconte Vincent Bilodeau, qui foule lui-même régulièrement les planches des scènes québécoises. «Mais sur trois heures de show, il y a eu des moments fantastiques dans la salle qui ne passaient pas à la télé et des moments télévisuels forts qui ont laissé la salle de glace.»

Qu'à cela ne tienne, si la télévision n'arrive pas à s'adapter, le théâtre, lui, le fera. «La télévision carbure au vedettariat. On a toujours été pris avec ce problème qui nous forçait à maintenir dans l'ombre des artisans moins connus mais tout aussi méritants», poursuit le comédien. En célébrant l'année théâtrale en deux temps, l'académie fait le choix de ne plus s'embarrasser de ces contraintes télévisuelles. Du coup, elle balaie aussi la délicate question des commanditaires dans la cour radio-canadienne. Et basta!

Le réseau public gagne lui aussi au change. Il pourra enfin parler du théâtre comme il lui plaît. À la barre de ce spécial de 90 minutes, France Beaudoin — secondée pour l'occasion de Pierre-François Legendre, de Béatrice Picard et de France Castel — a reçu carte blanche. Cette liberté, elle entend bien l'éprouver en conviant dans son studio des gagnants tout juste couronnés, mais aussi des finalistes repartis bredouilles et des comédiens qui n'ont même pas foulé les planches l'an dernier! L'idée est simple: tous ceux qui peuvent rendre le théâtre accessible et attrayant pour les téléspectateurs seront les bienvenus.

Dans cet esprit, la nostalgie et les retours en arrière seront réduits au minimum. Certes, les oeuvres plusieurs fois en nomination, comme Coma Unplugged, Scaramouche ou Les Mains sales, brilleront, mais elles devront le faire aux côtés des productions qui formeront la saison à venir, à propos desquelles on a réservé plusieurs clins d'oeil et confidences. Parce que l'ambition est ici parfaitement assumée: il s'agit de «vendre» le théâtre aux Québécois. France Beaudoin en profitera d'ailleurs pour surprendre des gens oeuvrant dans divers milieux en leur offrant des billets de spectacle pour la prochaine saison.

Ce jeu télévisuel ne risque-t-il pas de dénaturer le théâtre? Vincent Bilodeau ne le croit pas. «Ce n'est pas le théâtre qu'on veut changer, mais la perception des gens. Pour moi, ce spécial Bons baisers de France, c'est une porte entrouverte sur le petit écran où nous aimerions avoir notre place à l'année.» D'autant que les tribunes se font de plus en plus rares pour ceux qui font vibrer les planches. «Au Québec, on a des générations d'acteurs de théâtre qui sont restées méconnues du grand public. On préfère consacrer dix pages aux états d'âme d'un joueur de hockey ou inviter des humoristes ou des chanteurs aux shows de fin de soirée.» Demain soir, ce sera l'exception. En espérant que la formule fasse mouche et devienne la règle...

***

Bons baisers de France - Spéciale théâtre!

Radio-Canada, dimanche 26 août, 20h30
 
 
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