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Comment couvrir l'Afghanistan? - En «sécurité» sans armure

Claude Lévesque   24 août 2007  Médias
Claude Lévesque à Kandahar en juillet dernier.
Photo : Pascal Ratthé
Claude Lévesque à Kandahar en juillet dernier.
Le Devoir s'est rendu en Afghanistan à deux reprises cette année. Avec le photographe Pedro Ruiz, j'ai pour ma part séjourné dans ce pays pendant deux semaines, en juillet, avec le mandat d'écrire sur l'état des efforts de reconstruction et de développement qui y sont entrepris.

La préparation pour ce genre d'affectation n'est pas vraiment différente de celle que nécessiterait n'importe quel reportage à l'étranger: lecture de documents, échange de courriels, quelques coups de téléphone, sans compter les formalités relative aux visas et aux titres de transport.

Parce que les nouvelles en provenance de l'Afghanistan sont presque toujours mauvaises, il est vrai qu'on ressent une certaine appréhension à l'idée de s'y rendre. La plupart des horreurs rapportées concernent le sud du pays, dont la province de Kandahar, où sont actuellement déployés les soldats canadiens, mais il y a aussi eu ces derniers temps plusieurs attentats à Kaboul, la capitale.

Néanmoins, il faut souligner que la situation dans cette ville chaotique de trois millions d'habitants ne ressemble en rien à celle qui prévaut indubitablement à Bagdad, par exemple. Dans la capitale irakienne, les attentats suicide sont presque quotidiens et beaucoup plus meurtriers.

En fait, il n'est pas particulièrement dangereux de circuler à Kaboul pour y réaliser des entrevues et même pour prendre le pouls de la vie quotidienne dans n'importe quel quartier, en tout cas de jour. Les risques d'y être victime d'un attentat sont comparables à ce qu'ils étaient il n'y a pas si longtemps dans certaines villes d'Europe. Quant aux risques d'enlèvements ou de rencontres avec des criminels de droit commun, ils sont probablement moindres que dans plusieurs métropoles de l'Amérique du Sud.

J'avais visité Kaboul et deux provinces du nord de l'Afghanistan pendant l'été 2004. Si la grogne des Afghans est aujourd'hui palpable — ce qui n'était pas le cas il y a trois ans —, elle est dirigée vers tellement de cibles différentes que les étrangers qui déambulent sans agressivité ni ostentation ne font l'objet d'aucune animosité. Au contraire.

L'Afghanistan est un pays dangereux, et ce, depuis de nombreuses années. Pourquoi? Vous avez le choix des explications: prolifération des armes de toutes sortes, présence des seigneurs de la guerre, conflits interethniques, faiblesse des institutions nationales, présence de réseaux intégristes comme al-Qaïda, etc. Les experts se perdent en conjectures.

Malgré l'émotion légitimement ressentie par les familles des soldats canadiens qui ont perdu la vie en Asie centrale, il faut rappeler que les principales victimes de la violence sont les Afghans eux-mêmes.

D'abord les civils, dont près de 600 ont été tués dans les affrontements entre forces pro et antigouvernementales au cours des six premiers mois de 2007, selon les Nations unies. En comparaison, on a compté 144 décès de militaires étrangers en Afghanistan depuis le début de l'année. Il est difficile de trouver des statistiques colligées sur les pertes subies par la jeune armée afghane, mais les rapports disparates laissent croire qu'elles sont au moins aussi élevées que pour l'ensemble des armées étrangères. Les policiers, les employés locaux des ONG et des agences de l'ONU, de même que les enseignants et les fonctionnaires sont également visés par l'«insurrection».

La plupart des journalistes tués en Afghanistan depuis 2001 étaient aussi des citoyens du pays. Les chauffeurs et les interprètes qui accompagnent les reporters (et les militaires) représentent eux aussi des cibles de choix.

La situation dans les provinces du Sud s'est dégradée depuis environ deux ans. Le fait que, chaque année depuis 2005, deux fois plus de militaires étrangers y perdent la vie qu'au cours des années précédentes semble le prouver.

Mais l'impression d'assister à un renforcement important des «insurgés» dans cette région est sans doute amplifiée par le fait que, depuis deux ans, de nombreux soldats venant de pays autres que les États-Unis s'y trouvent. Leur sort intéresse forcément leurs concitoyens, qui réclament de l'information, alors que nos voisins du Sud ont surtout les yeux rivés sur l'Irak, où l'immense majorité de leurs GI's sont déployés depuis mars 2003.

Les deux journalistes du Devoir qui se sont rendus en Afghanistan en juillet n'étaient pas intégrés aux Forces armées canadiennes puisque leur mandat n'était pas de suivre les opérations militaires. Nous avons cependant bénéficié de l'hospitalité des militaires pendant notre séjour dans la région de Kandahar.

Il nous aurait été possible de faire certains déplacements dans les convois de véhicules blindés mais, comme ils n'ont pas manqué de nous le rappeler, les soldats ont d'autres priorités que de faire le taxi. Et vu que nous n'avions pas réussi à trouver un «fixer» (guide-interprète) dans cette région, nous avons tout bêtement négocié avec des chauffeurs qui attendaient près de l'entrée de la base pour nous rendre jusqu'à la capitale provinciale. «Du stop sur la route de Kandahar!», se sont esclaffés les collègues «embedded» quand ils ont été mis au courant du fait. Ils exagéraient un peu.

En fait, comme on l'a tragiquement constaté à plusieurs reprises, ce sont les «véhicules blindés légers» qui constituent les cibles de prédilection des talibans et des autres «insurgés», qui utilisent des explosifs de plus en plus puissants.
 
 
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  • Guy Fafard
    Inscrit
    vendredi 24 août 2007 23h42
    Média, Afghanistan (Pays)
    Les pauvres Afgans ont vécu dans un pays sous le joug d'une religion du siècle dernier et sont maintenus dans l'ignorance par celle-ci. Les intégristes religieux minent les esprits autant que leur sol. Les rapts avec pour but ultime d'échanger des otage pour des armes ou de l'argent pour se procurer des armes me semble l'apanage de ce pays malheureux.- Les journalistes qui vont là demeurent des gens très courageux.

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