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Radio-Canada frappée par la réalité de la guerre afghane

Paul Cauchon   23 août 2007  Médias
Sylvain Lafrance, le grand patron du secteur français de Radio-Canada (à gauche), et Alain Saulnier, vice-président à l’information. Radio-Canada ne remet pas en question en soi la couverture journalistique en situation de guerre.
Photo : Jacques Grenier
Sylvain Lafrance, le grand patron du secteur français de Radio-Canada (à gauche), et Alain Saulnier, vice-président à l’information. Radio-Canada ne remet pas en question en soi la couverture journalistique en situation de guerre.
Radio-Canada a été frappée de plein fouet hier par la réalité de la guerre en Afghanistan. Malgré toute la préparation que le diffuseur public peut faire auprès de ses journalistes, «nous avons assisté à une véritable démonstration que ce n'est pas juste de la théorie», indiquait hier soir Alain Saulnier, vice-président à l'information à Radio-Canada.

Patrice Roy et le cameraman Charles Dubois étaient sur place depuis deux semaines, et ils devaient demeurer six semaines en Afghanistan pour alimenter autant la télévision que la radio et le site Internet de Radio-Canada.

Selon le grand patron du secteur français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, Radio-Canada ne remet pas en question en soi la couverture journalistique en situation de guerre, parce que c'est le rôle du diffuseur public, dit-il, mais chaque situation doit être examinée à la pièce.

Ainsi, Bernard Derome et une équipe devaient partir ce soir pour l'Afghanistan, afin de réaliser le Téléjournal sur place dans la première semaine de septembre. Sylvain Lafrance n'a pas voulu confirmer hier que le chef d'antenne de Radio-Canada partira. «Nous prendrons la décision dans les prochaines heures», a-t-il dit.

Même prudence en ce qui concerne le rapatriement possible de Patrice Roy, ou son maintien sur place. De toute façon, la décision finale appartient toujours aux journalistes, rappelle Sylvain Lafrance, puisque ceux-ci partent sur une base volontaire.

Le cameraman Charles Dubois en était à sa quatrième mission en Afghanistan. En janvier dernier, il expliquait sur le site Internet de Radio-Canada que son frère est un militaire installé à Kandahar. À la question de savoir s'il était conscient de partir pour une zone dangereuse, il avait répondu: «Ce n'est pas parce qu'on est meilleur qu'on y va, c'est juste parce qu'on l'a en soi.»

Le terrible accident d'hier soulève toute la question de la couverture journalistique en situation de guerre. Cette question se pose depuis que les médias existent, mais depuis les attentats du 11 septembre 2001, l'armée américaine a développé une nouvelle pratique, celle du embedding, du journaliste «encadré» par l'armée, qui dépend complètement de l'armée.

Cette pratique, reprise par l'armée canadienne, a soulevé la controverse. D'un côté, les médias n'obtiennent ainsi qu'une vision partielle du conflit. De l'autre, c'est souvent la seule façon de couvrir les événements. Chaque média doit donc évaluer à chaque fois si le jeu en vaut la chandelle.

Par exemple, Radio-Canada a décidé de ne pas envoyer ces temps-ci d'équipes en Irak. Pour l'Afghanistan, cette fois-ci, son équipe était intégrée à l'armée alors que, par le passé, des journalistes ont été plus libres de leurs mouvements.

Au Devoir, le journaliste Claude Lévesque et le photographe Pedro Ruiz se sont rendus cet été en Afghanistan non pas sous la couverture de l'armée, mais avec la collaboration de l'ACDI. Tout s'est bien passé. Au printemps, le journaliste Alec Castonguay avait fait le voyage, lui, intégré à l'armée, comme l'équipe de Radio-Canada.

TVA vient tout juste d'envoyer Richard Latendresse en Afghanistan. L'agence La Presse canadienne (PC), elle, a un journaliste dans ce pays depuis longtemps. La PC a d'ailleurs formé quatre journalistes pour se rendre en Afghanistan à tour de rôle, mais elle vient d'en former quatre autres, signe de l'intérêt grandissant du public envers ce qui s'y passe.

La Presse canadienne observe d'ailleurs l'arrivée ces dernières semaines de journalistes francophones en Afghanistan, alors que le conflit était surtout couvert par des médias anglophones. Les médias suivent le même chemin que les soldats québécois maintenant engagés dans cette guerre.

L'armée impose aux médias certaines règles. Ainsi, elle ne permet pas qu'un journaliste demeure sur place plus de six ou sept semaines. Il est également interdit de parler d'opérations militaires en cours ou à venir, pour ne pas permettre à «l'ennemi» d'obtenir des informations stratégiques.

Lorsqu'il y a mort d'homme, l'armée a l'habitude d'imposer un blocage de l'information, par exemple en empêchant les communications par satellite.

Officiellement, on veut ainsi prendre le temps de bien informer les familles des disparus. Mais cette pratique soulève toujours des tensions avec les médias, qui soupçonnent souvent les militaires de vouloir contrôler le message. Hier, la Société Radio-Canada a été informée vers midi trente de l'accident survenu à son équipe. L'information a rapidement circulé dans toutes les salles de rédaction de Montréal, mais ce n'est que vers 17h45-18h qu'elle a été lancée sur les ondes.

***

Avec Lisa-Marie Gervais, Le Devoir
 
 
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  • Bernard Tremblay
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 08h06
    Droit du public à l'information ?
    Comment expliquer que les militaires aient accepté que des journalistes soient à bord d'un véhicule de combat, même avec des risques minimes, comme ils disent.......

    Il y a un peu d'irresponsabilité dans toute cette histoire...autant du côté des forces armées que de Radio-Canada. Le citoyen n'exige pas que l'on mette en danger des journalistes, même au prix du droit du public à l'information...

    Il y a moyen d'informer, en se tenant loin des cibles, surtout dans un véhicule de combat....

    Bernard Tremblay

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    jeudi 23 août 2007 19h49
    Frappée raide
    Pour être frappée, notre Société l'est pas à peu près pour vouloir envoyer Bernard Derome à Kandaar! Ça fait pitié de voir le sensationalisme dans lequel patauge Radio-Can depuis que des québécois y participent. Où est l'information dans tout ça? Leurs collègues anglophones ont bien raison de s'en moquer.

    Claude L'Heureux, Québec

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