Médias - Concentration des médias, prise 148
Dans moins d'un mois, le CRTC entreprendra à Gatineau une grande audience sur la «diversité des voix». L'activité ne fera probablement pas courir les foules, d'autant plus qu'au même moment le Québec sera plongé dans le grand débat sur les accommodements raisonnables.
Pourtant, cette audience, dont Le Devoir faisait état il y a une dizaine de jours, donnera lieu à la présentation de mémoires fort intéressants (on peut d'ailleurs tous les consulter sur le site Internet du CRTC). À lire ces mémoires, on peut déjà prévoir un affrontement entre, d'une part, les entreprises médiatiques qui estiment que la concentration des médias n'est pas un danger réel et, d'autre part, les artisans des médias, principalement les journalistes et les syndicats, qui croient que le gouvernement doit agir pour contrer une trop grande concentration de la propriété des médias.
Chez Quebecor, par exemple, le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal tentera particulièrement de convaincre le CRTC que les salles de rédaction des journaux de Quebecor et de TVA sont de plus en plus poreuses, alors qu'un code de déontologie mis en place en 2001, lors de l'achat de Vidéotron/TVA par Quebecor, doit garantir l'étanchéité de ces salles.
Le syndicat évoquera autant la couverture excessive dans leur journal de certaines émissions de TVA, que la volonté de Quebecor de «réduire les effectifs des salles de rédaction, d'uniformiser les contenus», dit-il.
Du côté de Gesca, le «Regroupement des syndicats de Gesca» s'en prendra surtout à la montréalisation de l'information autour de La Presse. D'ailleurs, on apprend plein de choses en lisant ces mémoires. Ainsi, les syndiqués affirment que Gesca travaillait sur un projet de fusion des bureaux parlementaires de La Presse et du Soleil, mais le projet est abandonné pour le moment.
Quelles conclusions?
L'audience publique, qui commence le 17 septembre à Gatineau, risque donc de lever le voile sur certaines pratiques des entreprises. C'est intéressant. Mais on peut se demander quelles conclusions le CRTC en tirera.
La FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec) pose carrément la question, en exprimant «un certain scepticisme sur les résultats qu'on peut en attendre».
La FPJQ fait remarquer que le CRTC a lui-même permis à plusieurs entreprises médiatiques d'acheter leur concurrent au fil des ans, ce qui a nui à la diversité des voix en information, dit-elle.
Et puis, il faudra savoir de quoi on parle et bien définir les termes. Pour la FPJQ, la diversité des voix ce n'est pas «la diversité de l'information à laquelle le public a accès». Ce n'est pas le fait d'avoir accès à plus d'information sur Internet.
La distinction est très importante. Car pour plusieurs entreprises, la diversité des voix est garantie par la multiplication des informations sur de nombreuses plateformes sur Internet. Alors que l'on a maintenant accès à des centaines, à des milliers de sites Internet différents qui diffusent de l'information, le concept de concentration des médias serait donc dépassé.
La FPJQ s'oppose à cette interprétation. «Une même information remodelée et répétée sur dix plateformes différentes ne peut pas être considérée comme assurant une diversité des voix.»
Vieux débat
On ne peut pas dire que ce débat soit très nouveau. Sans remonter aux années 70 ou 80, rappelons que le gouvernement québécois avait mis sur pied, en 2001, une commission parlementaire sur la concentration de la presse, qui n'a pas eu de suite véritable.
L'effort le plus récent en ce domaine est venu du Sénat canadien. Après trois ans de travail, un comité du Sénat déposait à l'été 2006 un rapport fort intéressant sur les médias d'information au Canada, assorti de plusieurs recommandations.
Le Sénat, qui n'est pas exactement un repaire de dangereux gauchistes syndiqués, déclarait que la concentration de la propriété des médias était «extrêmement élevée» au Canada, et qu'elle pourrait avoir des effets «néfastes» pour l'intérêt public.
Le comité proposait donc certaines réformes. Par exemple, que la Loi sur la concurrence et la Loi sur la radiodiffusion soient amendées, afin que les fusions des médias soient examinées sous l'angle de l'intérêt public. Autrement dit, que l'intérêt public soit un critère dominant dans la prise de décision.
On sait, par exemple, que le Bureau de la concurrence examine les fusions d'entreprises uniquement sous l'angle de l'intérêt des annonceurs.
Le comité proposait aussi une sorte de mécanisme obligatoire d'examen des fusions des médias, afin de forcer le débat public lorsqu'elles se produisent.
À ce jour, le gouvernement conservateur a réservé un enterrement de première classe aux travaux de ce comité.
Lors des audiences de septembre, plusieurs organismes reprendront donc la demande traditionnelle de fixer des limites, de seuils maximaux au nombre de médias, ou au genre de médias, qu'une même entreprise peut posséder dans une même ville, ou dans un même marché. Mais pour le moment, rien n'indique que le CRTC soit prêt à aller dans cette voie.
pcauchon@ledevoir.com
Pourtant, cette audience, dont Le Devoir faisait état il y a une dizaine de jours, donnera lieu à la présentation de mémoires fort intéressants (on peut d'ailleurs tous les consulter sur le site Internet du CRTC). À lire ces mémoires, on peut déjà prévoir un affrontement entre, d'une part, les entreprises médiatiques qui estiment que la concentration des médias n'est pas un danger réel et, d'autre part, les artisans des médias, principalement les journalistes et les syndicats, qui croient que le gouvernement doit agir pour contrer une trop grande concentration de la propriété des médias.
Chez Quebecor, par exemple, le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal tentera particulièrement de convaincre le CRTC que les salles de rédaction des journaux de Quebecor et de TVA sont de plus en plus poreuses, alors qu'un code de déontologie mis en place en 2001, lors de l'achat de Vidéotron/TVA par Quebecor, doit garantir l'étanchéité de ces salles.
Le syndicat évoquera autant la couverture excessive dans leur journal de certaines émissions de TVA, que la volonté de Quebecor de «réduire les effectifs des salles de rédaction, d'uniformiser les contenus», dit-il.
Du côté de Gesca, le «Regroupement des syndicats de Gesca» s'en prendra surtout à la montréalisation de l'information autour de La Presse. D'ailleurs, on apprend plein de choses en lisant ces mémoires. Ainsi, les syndiqués affirment que Gesca travaillait sur un projet de fusion des bureaux parlementaires de La Presse et du Soleil, mais le projet est abandonné pour le moment.
Quelles conclusions?
L'audience publique, qui commence le 17 septembre à Gatineau, risque donc de lever le voile sur certaines pratiques des entreprises. C'est intéressant. Mais on peut se demander quelles conclusions le CRTC en tirera.
La FPJQ (Fédération professionnelle des journalistes du Québec) pose carrément la question, en exprimant «un certain scepticisme sur les résultats qu'on peut en attendre».
La FPJQ fait remarquer que le CRTC a lui-même permis à plusieurs entreprises médiatiques d'acheter leur concurrent au fil des ans, ce qui a nui à la diversité des voix en information, dit-elle.
Et puis, il faudra savoir de quoi on parle et bien définir les termes. Pour la FPJQ, la diversité des voix ce n'est pas «la diversité de l'information à laquelle le public a accès». Ce n'est pas le fait d'avoir accès à plus d'information sur Internet.
La distinction est très importante. Car pour plusieurs entreprises, la diversité des voix est garantie par la multiplication des informations sur de nombreuses plateformes sur Internet. Alors que l'on a maintenant accès à des centaines, à des milliers de sites Internet différents qui diffusent de l'information, le concept de concentration des médias serait donc dépassé.
La FPJQ s'oppose à cette interprétation. «Une même information remodelée et répétée sur dix plateformes différentes ne peut pas être considérée comme assurant une diversité des voix.»
Vieux débat
On ne peut pas dire que ce débat soit très nouveau. Sans remonter aux années 70 ou 80, rappelons que le gouvernement québécois avait mis sur pied, en 2001, une commission parlementaire sur la concentration de la presse, qui n'a pas eu de suite véritable.
L'effort le plus récent en ce domaine est venu du Sénat canadien. Après trois ans de travail, un comité du Sénat déposait à l'été 2006 un rapport fort intéressant sur les médias d'information au Canada, assorti de plusieurs recommandations.
Le Sénat, qui n'est pas exactement un repaire de dangereux gauchistes syndiqués, déclarait que la concentration de la propriété des médias était «extrêmement élevée» au Canada, et qu'elle pourrait avoir des effets «néfastes» pour l'intérêt public.
Le comité proposait donc certaines réformes. Par exemple, que la Loi sur la concurrence et la Loi sur la radiodiffusion soient amendées, afin que les fusions des médias soient examinées sous l'angle de l'intérêt public. Autrement dit, que l'intérêt public soit un critère dominant dans la prise de décision.
On sait, par exemple, que le Bureau de la concurrence examine les fusions d'entreprises uniquement sous l'angle de l'intérêt des annonceurs.
Le comité proposait aussi une sorte de mécanisme obligatoire d'examen des fusions des médias, afin de forcer le débat public lorsqu'elles se produisent.
À ce jour, le gouvernement conservateur a réservé un enterrement de première classe aux travaux de ce comité.
Lors des audiences de septembre, plusieurs organismes reprendront donc la demande traditionnelle de fixer des limites, de seuils maximaux au nombre de médias, ou au genre de médias, qu'une même entreprise peut posséder dans une même ville, ou dans un même marché. Mais pour le moment, rien n'indique que le CRTC soit prêt à aller dans cette voie.
pcauchon@ledevoir.com
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

