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    Médias: La tarte au sucre

    21 mai 2002 |Paul Cauchon | Médias
    Il paraît que plusieurs journalistes pigistes ont de plus en plus hâte que le conflit à Radio-Canada se termineÉ parce que de plus en plus d'employés en lock-out de la SRC maraudent autour des magazines pour obtenir des contrats, histoire d'arrondir les difficiles fins de mois sans salaire régulier.

    Remarquez que si c'est vrai ce n'est pas encore perceptible. Le dernier numéro de L'actualité présente un grand reportage de Jean-François Lépine sur Israël, mais il s'agissait d'un reportage déjà prévu depuis longtemps. Pour le reste, Châtelaine propose ces jours-ci «Un air de Provence» en page couverture, Coup de pouce un spécial BBQ et Elle Québec des photos de Céline Dion en gravure de mode.


    Dans le milieu hautement compétitif des magazines, tous cherchent à se distinguer avec la page couverture la plus originale et la plus «vendeuse». Manque de chance: bon nombre de lectrices et de lecteurs trouvent que les magazines se ressemblent tous!


    C'est le diagnostic que faisait vendredi dernier Micheline Lachance, auteure, journaliste et ex-éditrice de magazine. «Les magazines ne se sont jamais autant ressemblés qu'aujourd'hui, dit-elle. Ils sont interchangeables, on y trouve en page couverture les mêmes artistes et les mêmes tartes au sucre.»


    Ce n'est pas fini: Micheline Lachance a également l'impression que «les directrices de magazines ont abdiqué leurs responsabilités éditoriales» dit-elle, n'imposant pas assez le point de vue de la rédaction face au rouleau compresseur de la publicité.


    Geneviève Saint-Germain, animatrice bien connue qui a longtemps oeuvré dans le milieu des magazines, renchérit : «On dirait que les magazines sont faits pour un seul genre de femmes et que les éditeurs présument que cette femme n'est pas cultivée, ne s'intéresse pas à la politique, n'a pas de convictions sociales.»


    Ces opinions étaient exprimées à l'occasion d'une journée d'étude organisée vendredi dernier par l'Association des éditeurs de magazines, une association qui regroupe presque tout le monde dans le milieu, les gros titres de Transcontinental, Publicor et Rogers ainsi que les plus petits indépendants comme Quebec-Science ou La Gazette des femmes.


    Vous remarquez bien sûr l'utilisation du féminin dans les propos, qui ont pourtant été échangés lors d'un atelier consacré à l'ensemble des magazines québécois. Car les lecteurs de tous ces titres sont d'abord des lectrices (on pourra toujours faire une exception pour Sentier Chasse et pêche!).


    On chiale contre les magazines, mais on les achète, c'est classique. En fait non seulement le nombre de magazines augmente au Québec, mais leur lectorat se maintient, soutient Robert Goyette, rédacteur en chef et vice-président chez Sélection du Readers Digest et président de l'association. Le paradoxe c'est que le tirage, lui, diminue. «Les belles années des magazines québécois semblent être les années 80, dit-il, alors que les gens achetaient souvent trois ou quatre titres en même temps. Aujourd'hui ils en achètent moins. Au total le tirage baisseÉ mais les sondages montrent que le nombre de lecteurs demeure le même. Donc les magazines circulent plus d'un lecteur à l'autre».


    Tous les magazines se battent autour de la même tarte publicitaire, qui est sollicitée par un nombre grandissant de joueurs: radios, chaînes spécialisées en télévision et maintenant internet.


    Ce qui n'empêche pas de nouveaux titres de naître presque tous les mois. Et la nouvelle tendance c'est la «niche», le créneau hyper spécialisé auquel êtes le seul à avoir pensé. «La majorité des succès récents ce sont les catégories dites de niche», soutient Pierre Proulx, vice- président marketing et ventes chez Benjamin, le grand distributeur de magazines au Québec.


    Ainsi on a vu ces derniers mois naître au Québec un magazine consacré aux animaux de compagnie, un autre aux célibataires et un truc hybride, Seed, aux ambitions internationales, qui veut marier sciences et culture.


    Plusieurs de ces valeureux soldats vont mourir au combat. Mais, à moins qu'on nous cache des choses importantes, le milieu québécois des magazines semble quand même en bonne santé si l'on compare à celui des États-Unis.


    C'est un peu ce qu'est venu dire aux participants à cette journée d'étude John MacArthur, l'éditeur du magazine américain Harper's, un homme ironique et cultivé, qui s'exprime très bien en français et qui collabore au Globe and Mail (ciel, un oiseau rare, un Américain qui s'intéresse au Canada!)


    Aux États-Unis il existe d'abord une crise des lecteurs liée à la crise de l'éducation, soutient-il. «Les gens ne savent plus lire, la télévision a démoli la capacité de lire de façon profonde», lance-t-il.


    Autre problème: les magazines vivent une grave crise de leur base de financement. «Les éditeurs ont cassé le prix des abonnements, explique-t-il, vendant les titres à rabais pour augmenter le nombre de lecteurs afin d'impressionner les annonceurs. Résultat: le public ne veut plus payer pour le travail rédactionnel. Le public veut des magazines gratuits avec une prime offerte en cadeau! Et comme les revenus des magazines dépendent de moins en moins des lecteurs et de plus en plus des annonceurs les éditeurs sont de plus en plus sujets au chantage des publicitaires.»


    «Phénomène purement américain», me glisse à l'oreille Lise Ravary, nouvelle rédactrice en chef de Châtelaine, espérant que le public d'ici saura apprécier la qualité journalistique des magazines québécois. Mais pour combien de temps encore?





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