La télé éducative au berceau, un leurre?
Photo : Jacques Nadeau
Les plus jeunes bébés semblent apprendre le langage beaucoup plus facilement lorsqu’ils sont en relation directe avec leurs parents et leurs éducatrices.
Lancée dans la controverse aux États-Unis, la chaîne BabyFirstTV a fait une entrée discrète au Canada en juillet. Mais voilà que la dernière-née des câblodistributeurs donne déjà des maux de tête aux parents et aux pédiatres, nombreux à s'interroger sur les effets à long terme d'une telle programmation sur le développement des nourrissons. D'autant qu'une nouvelle étude américaine suggère qu'en voulant produire de petits génies en série, les émissions éducatives destinées aux tout-petits finissent plutôt par nuire à leur apprentissage si on en fait un usage abusif.
Ces vidéos éducatifs, offerts en DVD et sur certaines chaînes spécialisées comme BabyFirstTV, portent des noms sans équivoque comme Bébé Einstein, So Smart et Brainy Baby. Leurs promesses sont, bien sûr, à la hauteur de leur appellation. Le hic, c'est que leurs véritables avantages sont nuls, explique le signataire principal de cette étude à paraître aujourd'hui dans le Journal of Pediatrics. «À mon sens, l'élément le plus important de cette étude, c'est qu'on ne dénote aucun avantage à utiliser ce genre de vidéos. On voit même que cela peut nuire à l'apprentissage des jeunes enfants», précise le professeur Frederick Zimmerman, de l'Université de Washington (UW).
En fait, il semble que l'écoute de vidéos de ce genre ait un impact direct sur l'acquisition de nouveaux mots et la maîtrise du langage des bébés au moment crucial où ceux-ci commencent à nommer le monde, soit entre huit et seize mois. À cet âge, chaque heure passée devant le téléviseur fait en sorte que l'enfant maîtrisera de six à huit mots de moins que celui qui n'aura pas encore goûté aux plaisirs de l'écran cathodique passé au filtre éducatif de ces entreprises. «Le résultat net, c'est que plus l'enfant regarde des DVD et des vidéos spécialisés, plus l'effet [négatif] est notable», explique le professeur Zimmerman.
À partir de l'âge de 17 mois toutefois, l'effet négatif disparaît, sans que les promesses des fabricants se réalisent pour autant, précise l'équipe américaine, qui fait état d'un effet nul pour les 17 à 24 mois. Afin de colliger ces résultats, les chercheurs ont réalisé des entretiens téléphoniques auprès de 1000 familles du Minnesota et de l'État de Washington afin de documenter la «trajectoire médiatique» d'un millier de bambins. À leur grande surprise, ils ont constaté que seuls les vidéos éducatifs avaient un impact sur l'apprentissage des rejetons tandis que les autres émissions, qu'elles leur soient destinées ou non, les laissaient de marbre.
«Les résultats nous ont surpris, mais ils tombent sous le sens», croit le codirecteur de l'Institute for Learning and Brain Sciences de l'UW, Andrew Meltzoff. «Les jeunes bébés sont éveillés et alertes pendant un nombre fixe d'heures. Si cette période est consacrée à écouter la télévision plutôt qu'à côtoyer des gens qui leur parlent de cette façon plus mélodieuse et plus appuyée que nous utilisons avec les plus petits, les bébés n'ont pas la même expérience linguistique.»
D'autant que de tels vidéos comportent souvent peu de dialogue. Ils misent plutôt sur des scènes courtes et des images parfois déconnectées de leur contexte. Ce faisant, ils passent, à tort, à côté d'un élément fondamental: l'interaction. «Regarder des DVD qui visent à maintenir l'attention ne remplace pas une interaction humaine à ce très jeune âge», fait remarquer le professeur Meltzoff. Les plus jeunes bébés semblent en effet apprendre le langage beaucoup plus facilement lorsqu'ils sont en relation directe avec leurs parents et leurs éducatrices, qui restent leurs meilleurs professeurs. D'ailleurs, dans ce même échantillon, ceux à qui on lisait des histoires maîtrisaient mieux leur langue que les autres enfants.
Sans vouloir condamner l'usage de tels vidéos, les chercheurs invitent les parents à la prudence. «Dans le cadre de ma pratique clinique, les parents me demandent fréquemment quelle est la valeur de ces produits. Les preuves dont nous disposons indiquent qu'ils n'en ont aucune et qu'ils peuvent même être nuisibles», tranche le Dr Dimitri Christakis. Selon ce pédiatre au Seattle Children's Hospital Research Institute, le fardeau de la preuve doit revenir aux manufacturiers. «C'est à eux de prouver la véracité de leurs promesses lorsqu'ils disent que le fait d'écouter ces émissions peut favoriser le développement cognitif des enfants.»
À l'Académie américaine de pédiatrie, on soutient totalement cette position. En fait, on va même plus loin en recommandant carrément aux parents de garder leurs tout-petits à l'abri de la tentation télévisuelle jusqu'à ce qu'ils soufflent leur deuxième bougie. De ce côté-ci de la frontière, la Société canadienne de pédiatrie (SPC) est plus souple. Elle conseille de limiter l'écoute quotidienne de la télévision à un maximum d'une heure chez les enfants d'âge préscolaire.
Elle recommande toutefois de privilégier des émissions de télévision éducative qui enseignent la gentillesse, la collaboration, l'harmonie raciale, l'alphabet et des notions d'arithmétique simples, comme Sesame Street. «Il est démontré qu'en raison de sa valeur éducative, Sesame Street, en particulier, améliore les aptitudes de lecture et d'apprentissage de ses téléspectateurs.» Notons toutefois que ces émissions visent un public plus âgé, une différence que la SPC ne relève pas dans son énoncé officiel, actuellement en révision.
Un premier coup de sonde publié au printemps dernier par la même équipe américaine avait permis de montrer que 40 % des bébés de trois mois étaient déjà des consommateurs réguliers d'émissions de télévision ou de vidéos spécialisés aux États-Unis. À l'âge de deux ans, ce pourcentage atteignait les 90 %. Au Canada, on calcule que l'enfant moyen écoute la télévision près de 14 heures par semaine, si bien qu'à l'obtention de son diplôme d'études secondaires, l'adolescent moyen aura passé plus de temps devant la télévision qu'en classe, selon la SPC.
Ces vidéos éducatifs, offerts en DVD et sur certaines chaînes spécialisées comme BabyFirstTV, portent des noms sans équivoque comme Bébé Einstein, So Smart et Brainy Baby. Leurs promesses sont, bien sûr, à la hauteur de leur appellation. Le hic, c'est que leurs véritables avantages sont nuls, explique le signataire principal de cette étude à paraître aujourd'hui dans le Journal of Pediatrics. «À mon sens, l'élément le plus important de cette étude, c'est qu'on ne dénote aucun avantage à utiliser ce genre de vidéos. On voit même que cela peut nuire à l'apprentissage des jeunes enfants», précise le professeur Frederick Zimmerman, de l'Université de Washington (UW).
En fait, il semble que l'écoute de vidéos de ce genre ait un impact direct sur l'acquisition de nouveaux mots et la maîtrise du langage des bébés au moment crucial où ceux-ci commencent à nommer le monde, soit entre huit et seize mois. À cet âge, chaque heure passée devant le téléviseur fait en sorte que l'enfant maîtrisera de six à huit mots de moins que celui qui n'aura pas encore goûté aux plaisirs de l'écran cathodique passé au filtre éducatif de ces entreprises. «Le résultat net, c'est que plus l'enfant regarde des DVD et des vidéos spécialisés, plus l'effet [négatif] est notable», explique le professeur Zimmerman.
À partir de l'âge de 17 mois toutefois, l'effet négatif disparaît, sans que les promesses des fabricants se réalisent pour autant, précise l'équipe américaine, qui fait état d'un effet nul pour les 17 à 24 mois. Afin de colliger ces résultats, les chercheurs ont réalisé des entretiens téléphoniques auprès de 1000 familles du Minnesota et de l'État de Washington afin de documenter la «trajectoire médiatique» d'un millier de bambins. À leur grande surprise, ils ont constaté que seuls les vidéos éducatifs avaient un impact sur l'apprentissage des rejetons tandis que les autres émissions, qu'elles leur soient destinées ou non, les laissaient de marbre.
«Les résultats nous ont surpris, mais ils tombent sous le sens», croit le codirecteur de l'Institute for Learning and Brain Sciences de l'UW, Andrew Meltzoff. «Les jeunes bébés sont éveillés et alertes pendant un nombre fixe d'heures. Si cette période est consacrée à écouter la télévision plutôt qu'à côtoyer des gens qui leur parlent de cette façon plus mélodieuse et plus appuyée que nous utilisons avec les plus petits, les bébés n'ont pas la même expérience linguistique.»
D'autant que de tels vidéos comportent souvent peu de dialogue. Ils misent plutôt sur des scènes courtes et des images parfois déconnectées de leur contexte. Ce faisant, ils passent, à tort, à côté d'un élément fondamental: l'interaction. «Regarder des DVD qui visent à maintenir l'attention ne remplace pas une interaction humaine à ce très jeune âge», fait remarquer le professeur Meltzoff. Les plus jeunes bébés semblent en effet apprendre le langage beaucoup plus facilement lorsqu'ils sont en relation directe avec leurs parents et leurs éducatrices, qui restent leurs meilleurs professeurs. D'ailleurs, dans ce même échantillon, ceux à qui on lisait des histoires maîtrisaient mieux leur langue que les autres enfants.
Sans vouloir condamner l'usage de tels vidéos, les chercheurs invitent les parents à la prudence. «Dans le cadre de ma pratique clinique, les parents me demandent fréquemment quelle est la valeur de ces produits. Les preuves dont nous disposons indiquent qu'ils n'en ont aucune et qu'ils peuvent même être nuisibles», tranche le Dr Dimitri Christakis. Selon ce pédiatre au Seattle Children's Hospital Research Institute, le fardeau de la preuve doit revenir aux manufacturiers. «C'est à eux de prouver la véracité de leurs promesses lorsqu'ils disent que le fait d'écouter ces émissions peut favoriser le développement cognitif des enfants.»
À l'Académie américaine de pédiatrie, on soutient totalement cette position. En fait, on va même plus loin en recommandant carrément aux parents de garder leurs tout-petits à l'abri de la tentation télévisuelle jusqu'à ce qu'ils soufflent leur deuxième bougie. De ce côté-ci de la frontière, la Société canadienne de pédiatrie (SPC) est plus souple. Elle conseille de limiter l'écoute quotidienne de la télévision à un maximum d'une heure chez les enfants d'âge préscolaire.
Elle recommande toutefois de privilégier des émissions de télévision éducative qui enseignent la gentillesse, la collaboration, l'harmonie raciale, l'alphabet et des notions d'arithmétique simples, comme Sesame Street. «Il est démontré qu'en raison de sa valeur éducative, Sesame Street, en particulier, améliore les aptitudes de lecture et d'apprentissage de ses téléspectateurs.» Notons toutefois que ces émissions visent un public plus âgé, une différence que la SPC ne relève pas dans son énoncé officiel, actuellement en révision.
Un premier coup de sonde publié au printemps dernier par la même équipe américaine avait permis de montrer que 40 % des bébés de trois mois étaient déjà des consommateurs réguliers d'émissions de télévision ou de vidéos spécialisés aux États-Unis. À l'âge de deux ans, ce pourcentage atteignait les 90 %. Au Canada, on calcule que l'enfant moyen écoute la télévision près de 14 heures par semaine, si bien qu'à l'obtention de son diplôme d'études secondaires, l'adolescent moyen aura passé plus de temps devant la télévision qu'en classe, selon la SPC.
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