Télévision - Michael et elle
Les documentaristes Debbie Melnyk et Rick Caine avouent eux-mêmes qu'ils étaient de grands admirateurs de Michael Moore, celui qui a rendu le documentaire «sexy». Sexy, bien sûr, dans le sens financier du terme: les recettes de ses films, en salle seulement, se chiffrent en millions de dollars. Du jamais vu.
C'est donc le désir de mieux connaître l'idole de la gauche et la bête noire de la droite qui les a poussés à le suivre, espérant obtenir de lui un long entretien. Dans Michael Moore: ange ou démon? (version française de Manufacturing Dissent), présenté en primeur à Canal D, Debbie Melnyk, micro à la main et devant la caméra, tente d'arracher au cinéaste, ou à un de ses nombreux assistants, une promesse d'entrevue. Peine perdue.
Alors que ses propos devaient constituer le coeur du film, leur quête désespérée, les multiples obstacles qu'ils doivent affronter et l'hostilité ouverte de l'entourage de Moore ont fini par devenir le thème principal du documentaire. Pourquoi tant de méfiance? Cela s'explique par les recherches minutieuses et les rencontres déterminantes faites par les deux documentaristes. Ils ont brutalement découvert ce que certains soupçonnaient depuis longtemps: Moore n'hésite pas à se débarrasser de la vérité si celle-ci entrave la qualité dramatique de ses films. Voilà pourquoi il n'hésite pas à bousculer la chronologie des événements, à utiliser des citations hors de leur contexte, voire à insérer des images fabriquées de toutes pièces pour renforcer ses thèses.
C'est ainsi que l'on apprend que Michael Moore a bel et bien rencontré Roger Smith à deux reprises lors du tournage de son premier documentaire, Roger & Me (1989). Ces images n'ont jamais quitté la salle de montage puisqu'elles venaient démolir son propos: l'impossibilité pour le cinéaste de converser avec le président de General Motors pour lui montrer les ravages causés par les licenciements massifs à Flint, Michigan, sa ville natale. Par ailleurs, celui qui se définit comme un Américain bien moyen, fier de ses racines ouvrières, a plutôt grandi dans une banlieue voisine de Flint, Davison, légèrement plus cossue, mais encore là, ce détail biographique fait plutôt ombrage à son aura prolétarienne.
Debbie Melnyk fait donc de Michael Moore son Roger Smith, utilisant des techniques qui ont rendu célèbre son idole, dont celle des fausses cartes d'identité pour filmer et questionner le cinéaste en conférence de presse. Avec obstination, elle et son conjoint le suivent dans sa grande tournée préélectorale en 2004, incitant les jeunes à voter, mais surtout pas pour George W. Bush. Sa carte maîtresse: Fahrenheit 9/11, une Palme d'or et un autre grand triomphe en salle, qui fera augmenter le taux de participation, mais pas en faveur de John Kerry...
Le portrait esquissé du plus influent documentariste de notre époque n'est pas qu'une longue série de règlements de comptes. Certains de ses détracteurs les plus féroces admettent qu'il a su mobiliser la droite et tous reconnaissent son apport essentiel à la popularité récente du documentaire, même un grand du genre comme Errol Morris (A Brief History of Time, The Fog of War).
En fait, ce que l'on découvre, c'est le parcours d'un homme plus épris de gloire que de vérité, faisant d'abord son cinéma avant de tourner des documentaires, et dont les étiquettes de gauche comme de droite semblent aussi interchangeables que ses casquettes. Ses films suscitent des débats passionnés et mettent en lumière des situations aberrantes et révoltantes; on peut critiquer ses méthodes, mais sans jamais perdre de vue les causes de son indignation.
Michael Moore: ange ou démon? Dimanche 5 août à 19h et en rediffusion le vendredi 10 août à 13h sur les ondes de Canal D.
C'est donc le désir de mieux connaître l'idole de la gauche et la bête noire de la droite qui les a poussés à le suivre, espérant obtenir de lui un long entretien. Dans Michael Moore: ange ou démon? (version française de Manufacturing Dissent), présenté en primeur à Canal D, Debbie Melnyk, micro à la main et devant la caméra, tente d'arracher au cinéaste, ou à un de ses nombreux assistants, une promesse d'entrevue. Peine perdue.
Alors que ses propos devaient constituer le coeur du film, leur quête désespérée, les multiples obstacles qu'ils doivent affronter et l'hostilité ouverte de l'entourage de Moore ont fini par devenir le thème principal du documentaire. Pourquoi tant de méfiance? Cela s'explique par les recherches minutieuses et les rencontres déterminantes faites par les deux documentaristes. Ils ont brutalement découvert ce que certains soupçonnaient depuis longtemps: Moore n'hésite pas à se débarrasser de la vérité si celle-ci entrave la qualité dramatique de ses films. Voilà pourquoi il n'hésite pas à bousculer la chronologie des événements, à utiliser des citations hors de leur contexte, voire à insérer des images fabriquées de toutes pièces pour renforcer ses thèses.
C'est ainsi que l'on apprend que Michael Moore a bel et bien rencontré Roger Smith à deux reprises lors du tournage de son premier documentaire, Roger & Me (1989). Ces images n'ont jamais quitté la salle de montage puisqu'elles venaient démolir son propos: l'impossibilité pour le cinéaste de converser avec le président de General Motors pour lui montrer les ravages causés par les licenciements massifs à Flint, Michigan, sa ville natale. Par ailleurs, celui qui se définit comme un Américain bien moyen, fier de ses racines ouvrières, a plutôt grandi dans une banlieue voisine de Flint, Davison, légèrement plus cossue, mais encore là, ce détail biographique fait plutôt ombrage à son aura prolétarienne.
Debbie Melnyk fait donc de Michael Moore son Roger Smith, utilisant des techniques qui ont rendu célèbre son idole, dont celle des fausses cartes d'identité pour filmer et questionner le cinéaste en conférence de presse. Avec obstination, elle et son conjoint le suivent dans sa grande tournée préélectorale en 2004, incitant les jeunes à voter, mais surtout pas pour George W. Bush. Sa carte maîtresse: Fahrenheit 9/11, une Palme d'or et un autre grand triomphe en salle, qui fera augmenter le taux de participation, mais pas en faveur de John Kerry...
Le portrait esquissé du plus influent documentariste de notre époque n'est pas qu'une longue série de règlements de comptes. Certains de ses détracteurs les plus féroces admettent qu'il a su mobiliser la droite et tous reconnaissent son apport essentiel à la popularité récente du documentaire, même un grand du genre comme Errol Morris (A Brief History of Time, The Fog of War).
En fait, ce que l'on découvre, c'est le parcours d'un homme plus épris de gloire que de vérité, faisant d'abord son cinéma avant de tourner des documentaires, et dont les étiquettes de gauche comme de droite semblent aussi interchangeables que ses casquettes. Ses films suscitent des débats passionnés et mettent en lumière des situations aberrantes et révoltantes; on peut critiquer ses méthodes, mais sans jamais perdre de vue les causes de son indignation.
Michael Moore: ange ou démon? Dimanche 5 août à 19h et en rediffusion le vendredi 10 août à 13h sur les ondes de Canal D.
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