Ramdam à La Gazette des femmes
L'avenir du prestigieux magazine féministe fondé en 1973 suscite de vives inquiétudes
Québec — Démission en bloc de l'équipe de rédaction, mise au pas de collaboratrices aguerries, réflexion interne sur l'avenir de la revue... L'avenir du prestigieux magazine féministe La Gazette des femmes suscite de vives inquiétudes.
Publié cinq fois l'an par le Conseil du statut de la femme, le magazine fondé en 1973 reposait, depuis une dizaine d'années, sur les épaules de la rédactrice en chef Claire Gagnon et de son adjointe Annie Savoie.
Leur départ en bloc au printemps a semé la consternation parmi les collaboratrices du magazine, qui s'inquiètent de la direction donnée à La Gazette des femmes depuis l'entrée en poste en décembre de la nouvelle présidente du Conseil, Christiane Pelchat.
La journaliste Valérie Borde affirme même que l'un de ses articles a été censuré. Le texte en question traitait de données controversées de l'Institut de la statistique sur la violence conjugale.
«J'ai un papier qui a été commandé, approuvé et brutalement retiré sans aucune explication. Et la rédactrice en chef elle-même m'a avoué qu'elle n'avait aucune explication à m'offrir parce que ça venait d'en haut», soutient cette collaboratrice de longue date de La Gazette des femmes qui écrit souvent dans L'actualité. «Tant qu'on ne pourra pas me garantir que ça ne se reproduira plus, je ne travaillerai plus pour eux. C'est aussi simple que ça. [...] Ça ne marche pas, c'est de la censure.»
La journaliste Mélanie Saint-Hilaire a vu l'un de ses textes complètement chamboulé et a refusé par la suite de le signer. «Je suis extrêmement inquiète. Je peux témoigner du fait que Claire Gagnon et Annie Savoie étaient extrêmement attachées à leur magazine et je pense qu'elles ne l'auraient jamais laissé sans motifs sérieux. Je pense qu'elles craignaient de ne pas pouvoir le diriger en respectant les principes du journalisme.»
La même inquiétude émane des propos de la journaliste Danielle Stanton, qui a reçu de nombreuses distinctions en journalisme ces dernières années, notamment pour son travail à La Gazette des femmes. «D'après les échos que j'ai eus, ils veulent retourner à un féminisme plus dogmatique qui, à mon sens, n'est plus adapté à 2007. Claire Gagnon et Annie Savoie avaient réussi à faire une revue qui dénonçait des choses tout en ralliant les hommes. J'ai peur qu'on les perde comme lecteurs, qu'on perde les jeunes.»
Pas un magazine indépendant
Ces dernières années, La Gazette des femmes avait traité de sujets plus controversés comme la violence exercée par les femmes et la «tendance pitoune» qui pousse des femmes à suivre des cours de «strip-tease». Depuis sa première publication pour le magazine en 1990, Mme Stanton ne se rappelle pas d'une telle crise. «Je n'ai jamais eu connaissance d'une remise en question aussi marquée.»
Invoquant leur devoir de réserve à titre d'employées du gouvernement, la rédactrice en chef et son adjointe n'ont pas voulu commenter l'affaire. Mais d'après plusieurs sources, leur départ aurait été motivé par une profonde mésentente avec la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme sur l'avenir du magazine.
Depuis leur départ, elles occupent respectivement des postes au ministère de la Condition féminine et au Curateur public du Québec. Une ancienne collaboratrice du magazine La Vie en rose et de La Gazette des femmes, Hélène Sarrasin, vient d'être nommée au poste de rédactrice en chef.
Au bureau de Mme Pelchat, on a confié à une conseillère en communication, Béatrice Farand, le soin de répondre à nos questions. Cette dernière a insisté sur le fait que Mme Gagnon et Mme Savoie étaient parties de leur propre chef et que leur travail n'avait «jamais été mis en cause». Elle a dit ignorer les raisons de leur départ.
Elle reconnaît toutefois qu'une réflexion est en cours à l'interne sur l'avenir du magazine. «Le comité de rédaction doit déposer son rapport en décembre. [...] Tout est vu: le contenu, le visuel, le marketing. C'est vraiment une réflexion complète.»
À propos du cas de censure, Mme Farand souligne qu'il n'y a pas lieu de parler de censure parce que La Gazette des femmes n'est pas un magazine indépendant. «Ce n'est pas un magazine indépendant, c'est un magazine du Conseil. Donc si le Conseil avait fait des modifications, ce n'est pas de la censure non plus.» Impossible toutefois d'en savoir plus sur les cas précis de censure, nous dit-on, le nouveau responsable des communications responsable de l'approbation des textes étant en vacances.
Publié cinq fois l'an par le Conseil du statut de la femme, le magazine fondé en 1973 reposait, depuis une dizaine d'années, sur les épaules de la rédactrice en chef Claire Gagnon et de son adjointe Annie Savoie.
Leur départ en bloc au printemps a semé la consternation parmi les collaboratrices du magazine, qui s'inquiètent de la direction donnée à La Gazette des femmes depuis l'entrée en poste en décembre de la nouvelle présidente du Conseil, Christiane Pelchat.
La journaliste Valérie Borde affirme même que l'un de ses articles a été censuré. Le texte en question traitait de données controversées de l'Institut de la statistique sur la violence conjugale.
«J'ai un papier qui a été commandé, approuvé et brutalement retiré sans aucune explication. Et la rédactrice en chef elle-même m'a avoué qu'elle n'avait aucune explication à m'offrir parce que ça venait d'en haut», soutient cette collaboratrice de longue date de La Gazette des femmes qui écrit souvent dans L'actualité. «Tant qu'on ne pourra pas me garantir que ça ne se reproduira plus, je ne travaillerai plus pour eux. C'est aussi simple que ça. [...] Ça ne marche pas, c'est de la censure.»
La journaliste Mélanie Saint-Hilaire a vu l'un de ses textes complètement chamboulé et a refusé par la suite de le signer. «Je suis extrêmement inquiète. Je peux témoigner du fait que Claire Gagnon et Annie Savoie étaient extrêmement attachées à leur magazine et je pense qu'elles ne l'auraient jamais laissé sans motifs sérieux. Je pense qu'elles craignaient de ne pas pouvoir le diriger en respectant les principes du journalisme.»
La même inquiétude émane des propos de la journaliste Danielle Stanton, qui a reçu de nombreuses distinctions en journalisme ces dernières années, notamment pour son travail à La Gazette des femmes. «D'après les échos que j'ai eus, ils veulent retourner à un féminisme plus dogmatique qui, à mon sens, n'est plus adapté à 2007. Claire Gagnon et Annie Savoie avaient réussi à faire une revue qui dénonçait des choses tout en ralliant les hommes. J'ai peur qu'on les perde comme lecteurs, qu'on perde les jeunes.»
Pas un magazine indépendant
Ces dernières années, La Gazette des femmes avait traité de sujets plus controversés comme la violence exercée par les femmes et la «tendance pitoune» qui pousse des femmes à suivre des cours de «strip-tease». Depuis sa première publication pour le magazine en 1990, Mme Stanton ne se rappelle pas d'une telle crise. «Je n'ai jamais eu connaissance d'une remise en question aussi marquée.»
Invoquant leur devoir de réserve à titre d'employées du gouvernement, la rédactrice en chef et son adjointe n'ont pas voulu commenter l'affaire. Mais d'après plusieurs sources, leur départ aurait été motivé par une profonde mésentente avec la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme sur l'avenir du magazine.
Depuis leur départ, elles occupent respectivement des postes au ministère de la Condition féminine et au Curateur public du Québec. Une ancienne collaboratrice du magazine La Vie en rose et de La Gazette des femmes, Hélène Sarrasin, vient d'être nommée au poste de rédactrice en chef.
Au bureau de Mme Pelchat, on a confié à une conseillère en communication, Béatrice Farand, le soin de répondre à nos questions. Cette dernière a insisté sur le fait que Mme Gagnon et Mme Savoie étaient parties de leur propre chef et que leur travail n'avait «jamais été mis en cause». Elle a dit ignorer les raisons de leur départ.
Elle reconnaît toutefois qu'une réflexion est en cours à l'interne sur l'avenir du magazine. «Le comité de rédaction doit déposer son rapport en décembre. [...] Tout est vu: le contenu, le visuel, le marketing. C'est vraiment une réflexion complète.»
À propos du cas de censure, Mme Farand souligne qu'il n'y a pas lieu de parler de censure parce que La Gazette des femmes n'est pas un magazine indépendant. «Ce n'est pas un magazine indépendant, c'est un magazine du Conseil. Donc si le Conseil avait fait des modifications, ce n'est pas de la censure non plus.» Impossible toutefois d'en savoir plus sur les cas précis de censure, nous dit-on, le nouveau responsable des communications responsable de l'approbation des textes étant en vacances.
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