Revue de presse - Le défi autochtone
La Journée nationale d'action autochtone a rendu bien des gens nerveux, si on se fie aux multiples appels au calme lancés dans les médias cette semaine. Dans certains cas, comme au National Post et au Globe and Mail, on invitait les autorités à ne pas hésiter à porter des accusations contre ceux qui troubleraient l'ordre, en particulier Shawn Brant, le leader d'un groupe dissident de Mohawks de la région de Belleville, qui se préparait à bloquer voie ferrée et autoroute.
Pour d'autres médias, on cherchait davantage à afficher sa sympathie pour la cause autochtone tout en déplorant les coups d'éclat. Le Toronto Star, par exemple, ne doute pas de la légitimité des doléances autochtones. «Leurs préoccupations sont légitimes, car les revendications territoriales prennent des années à être résolues, la pauvreté est endémique et les terribles conditions de vie qui prévalent dans beaucoup de communautés entachent tout le pays.» Le Star invitait donc les Canadiens à écouter les autochtones qui tenteraient de les sensibiliser pacifiquement. Le quotidien déplorait cependant les quelques rares menaces de barricades qui nuisent à l'ensemble de la cause autochtone. «Au bout du compte, il y a plus de chances de progresser à travers le dialogue et le consensus que par l'intimidation et la provocation.»
L'effet boomerang
Le Ottawa Citizen s'est inquiété aussi de l'effet négatif que pourraient avoir des gestes d'éclat sur l'appui de plus en plus grand accordé aux autochtones mais aussi du message contradictoire envoyé par le gouvernement. «Il n'est pas surprenant que des Premières Nations soient tentées par des tactiques d'intimidation, convient le Citizen. L'attribution récente de terres à la réserve de Roseau River, au Manitoba, après que son chef eut menacé de bloquer une voie ferrée, a envoyé le message que le gouvernement fédéral était sensible à l'intimidation. Et même si ce n'était qu'une coïncidence, ça donnait une autre impression.» Le Citizen ne croit pas cependant que l'affrontement améliorera la situation à long terme, en particulier la relation dysfonctionnelle qui persiste entre Ottawa et les Premières Nations. «Tant que cette relation ne changera pas, la politique autochtone en sera une de blâme.»
Paul Berton, de la chaîne SunMedia, croit que la journée d'hier pourrait se transformer en tournant historique. Les autochtones sont à bout, relève-t-il. Les avertissements à ce sujet n'ont pas manqué, mais le problème, dit Berton, est que trop de Canadiens ne s'en rendent pas encore compte et que beaucoup ne veulent rien savoir ou s'opposent à toute action. Selon lui, «les Premières Nations doivent assumer une partie du blâme pour les conditions qui sévissent dans les réserves, mais elles ne peuvent pas être tenues responsables de la situation d'ensemble». Pour qu'il y ait amélioration, dit-il, il faut que les injustices historiques soient corrigées et que les revendications particulières cessent de traîner en longueur. Berton comprend que personne ne veuille négocier sous la menace et qu'Ottawa nie bouger quand il y en a, mais il est difficile de dissocier les deux. Le nouveau système de résolution des revendications particulières a été annoncé à la veille de la journée d'action. Il faut maintenant qu'il voie le jour, avertit Berton, si on ne veut pas pousser les autochtones dans leurs derniers retranchements et vivre des années de manifestations, de barricades et de gestes d'éclat.
Voir autrement
Ojibway ontarien, Freddy Sweetgrass écrit dans le Globe and Mail que les Canadiens semblent avoir une idée vague de la réalité des autochtones. Les gens sont conscients de leur état de pauvreté, dit-il, mais pas de l'étendue du paternalisme et de «la réelle oppression» qu'ils vivent. La journée d'action, explique-t-il, vise justement à les alerter et à faire en sorte qu'ils s'approprient les problèmes autochtones. «Car sans leur appui, poursuit-il, tout mouvement en faveur d'un changement social réel reste sans espoir». Il rappelle les humiliations passées, le fait que la Loi sur les Indiens, toujours en vigueur, a permis aux gouvernements de faire des autochtones des pupilles de l'État, d'accaparer leurs terres, de limiter leur vie économique. Sweetgrass évoque la frustration, la colère et le désespoir qui n'est pas nouveau. L'histoire ne fait que se répéter, laissant peu d'options aux Premières Nations, dit-il, avant d'inviter tous ceux qui partagent leur idéal de justice et de dignité à faire front avec eux.
Margaret Wente, toujours dans le Globe and Mail, adopte un tout autre point de vue. À ceux qui affirment qu'il faut informer les Canadiens de l'extrême pauvreté des autochtones, elle rappelle qu'il s'agit là du secret le plus mal gardé qui soit. En fait, les gens en ont assez de ces histoires de désespoir, de suicides, d'eau et de logements insalubres parce que rien ne change. Selon elle, tout le monde est piégé dans cette version de l'histoire qui trouve la source de tous les problèmes dans les erreurs des conquérants. «Seulement la restitution de leurs terres et de leur culture (et davantage d'argent) rétablira leur dignité», résume-t-elle sur un ton las, avant de s'en prendre à ce qu'elle appelle l'industrie autochtone, avec ses chefs, ses fonctionnaires, ses avocats, ses consultants et ses professeurs. Elle ne doute pas de leur bonne foi mais croit que plusieurs sont un obstacle au changement car certains de leurs remèdes ne feraient qu'empirer les choses. Elle préfère le discours d'un chef de la Colombie-Britannique qui mise sur le développement économique ou encore celui d'un de ses collègues qui a écrit un livre pour vanter les mérites de l'entrepreneurship. Elle déplore que leur message soit noyé dans un discours qui rejette l'économie de marché parce que relevant de la société blanche, une position que tiendraient, affirme-t-elle, les universitaires obnubilés par une certaine relation avec la nature et la sagesse des anciens.
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mcornellier@ledevoir.com
Pour d'autres médias, on cherchait davantage à afficher sa sympathie pour la cause autochtone tout en déplorant les coups d'éclat. Le Toronto Star, par exemple, ne doute pas de la légitimité des doléances autochtones. «Leurs préoccupations sont légitimes, car les revendications territoriales prennent des années à être résolues, la pauvreté est endémique et les terribles conditions de vie qui prévalent dans beaucoup de communautés entachent tout le pays.» Le Star invitait donc les Canadiens à écouter les autochtones qui tenteraient de les sensibiliser pacifiquement. Le quotidien déplorait cependant les quelques rares menaces de barricades qui nuisent à l'ensemble de la cause autochtone. «Au bout du compte, il y a plus de chances de progresser à travers le dialogue et le consensus que par l'intimidation et la provocation.»
L'effet boomerang
Le Ottawa Citizen s'est inquiété aussi de l'effet négatif que pourraient avoir des gestes d'éclat sur l'appui de plus en plus grand accordé aux autochtones mais aussi du message contradictoire envoyé par le gouvernement. «Il n'est pas surprenant que des Premières Nations soient tentées par des tactiques d'intimidation, convient le Citizen. L'attribution récente de terres à la réserve de Roseau River, au Manitoba, après que son chef eut menacé de bloquer une voie ferrée, a envoyé le message que le gouvernement fédéral était sensible à l'intimidation. Et même si ce n'était qu'une coïncidence, ça donnait une autre impression.» Le Citizen ne croit pas cependant que l'affrontement améliorera la situation à long terme, en particulier la relation dysfonctionnelle qui persiste entre Ottawa et les Premières Nations. «Tant que cette relation ne changera pas, la politique autochtone en sera une de blâme.»
Paul Berton, de la chaîne SunMedia, croit que la journée d'hier pourrait se transformer en tournant historique. Les autochtones sont à bout, relève-t-il. Les avertissements à ce sujet n'ont pas manqué, mais le problème, dit Berton, est que trop de Canadiens ne s'en rendent pas encore compte et que beaucoup ne veulent rien savoir ou s'opposent à toute action. Selon lui, «les Premières Nations doivent assumer une partie du blâme pour les conditions qui sévissent dans les réserves, mais elles ne peuvent pas être tenues responsables de la situation d'ensemble». Pour qu'il y ait amélioration, dit-il, il faut que les injustices historiques soient corrigées et que les revendications particulières cessent de traîner en longueur. Berton comprend que personne ne veuille négocier sous la menace et qu'Ottawa nie bouger quand il y en a, mais il est difficile de dissocier les deux. Le nouveau système de résolution des revendications particulières a été annoncé à la veille de la journée d'action. Il faut maintenant qu'il voie le jour, avertit Berton, si on ne veut pas pousser les autochtones dans leurs derniers retranchements et vivre des années de manifestations, de barricades et de gestes d'éclat.
Voir autrement
Ojibway ontarien, Freddy Sweetgrass écrit dans le Globe and Mail que les Canadiens semblent avoir une idée vague de la réalité des autochtones. Les gens sont conscients de leur état de pauvreté, dit-il, mais pas de l'étendue du paternalisme et de «la réelle oppression» qu'ils vivent. La journée d'action, explique-t-il, vise justement à les alerter et à faire en sorte qu'ils s'approprient les problèmes autochtones. «Car sans leur appui, poursuit-il, tout mouvement en faveur d'un changement social réel reste sans espoir». Il rappelle les humiliations passées, le fait que la Loi sur les Indiens, toujours en vigueur, a permis aux gouvernements de faire des autochtones des pupilles de l'État, d'accaparer leurs terres, de limiter leur vie économique. Sweetgrass évoque la frustration, la colère et le désespoir qui n'est pas nouveau. L'histoire ne fait que se répéter, laissant peu d'options aux Premières Nations, dit-il, avant d'inviter tous ceux qui partagent leur idéal de justice et de dignité à faire front avec eux.
Margaret Wente, toujours dans le Globe and Mail, adopte un tout autre point de vue. À ceux qui affirment qu'il faut informer les Canadiens de l'extrême pauvreté des autochtones, elle rappelle qu'il s'agit là du secret le plus mal gardé qui soit. En fait, les gens en ont assez de ces histoires de désespoir, de suicides, d'eau et de logements insalubres parce que rien ne change. Selon elle, tout le monde est piégé dans cette version de l'histoire qui trouve la source de tous les problèmes dans les erreurs des conquérants. «Seulement la restitution de leurs terres et de leur culture (et davantage d'argent) rétablira leur dignité», résume-t-elle sur un ton las, avant de s'en prendre à ce qu'elle appelle l'industrie autochtone, avec ses chefs, ses fonctionnaires, ses avocats, ses consultants et ses professeurs. Elle ne doute pas de leur bonne foi mais croit que plusieurs sont un obstacle au changement car certains de leurs remèdes ne feraient qu'empirer les choses. Elle préfère le discours d'un chef de la Colombie-Britannique qui mise sur le développement économique ou encore celui d'un de ses collègues qui a écrit un livre pour vanter les mérites de l'entrepreneurship. Elle déplore que leur message soit noyé dans un discours qui rejette l'économie de marché parce que relevant de la société blanche, une position que tiendraient, affirme-t-elle, les universitaires obnubilés par une certaine relation avec la nature et la sagesse des anciens.
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